‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 5)Chapitre 23 sur 43 · ÀU BON DUC PHILIPPE DE BOU&GONGNE · texte numérisé non relu

ÀU BON DUC PHILIPPE DE BOU&GONGNE

•^>co^8ooo ■

Lyon bandé de riche lyoison D'or et d'asur, qui de lis reflamboye, Non seulement en paroles foison ', Hais en splendeur d'extrême luison Dont l'œil s'esteint, qui regard y employé, Tymbré au front d'excellente monjoye, Du noble cry, dont le haut ciel résonne :

Yçy entens à moy qui t'araisonne*.

Entends à moy, lyon de trois vestures; Lyon fameux, entens à moy, te prie ; Donne à ton sens ententives pointures Et à tes yeux soingneuses ouvertures, Pour prendre en toy ce que ma bouche escrie.

Plus a en toy règnon et seignourie

* Publiée d*après le ma. 120 de la Bibl. Lanrentienne à Florence, oollationné sur le ms. 5311 (ancien 9887>^ La Mare), de la Bibl. imp. de Paris, sur le ms. '783 de la Bibl. roy . de La Haye et sur le ms. 21688 de la Bibl. roy. de Bruxelles.

* Var. : non en clarté, non en gloire Jbison,

* Toute cette première Qtrophe offre une allusion aux armes de la maison de Bourgogne, qui étaient bandées d'or et d'azur, mais qui rappelaient aussi la royale origine de ceux qui les portaient, par les fleurs de lis dont elles étaient écartelées, et par le cri : Mon^oMSaini-DenU!

ié» ÉPISTRE

Et de haut sang de royale origine, Et plus en doit raison y estre affine.

Les divins dons et les hauts faits louables, Dont en toy voy si extrême exceflence, M*ont fait mouvoir mes désirs charitables D'en faire icy aucuns recors notables , Servans en los h ta bénévolence; Mais, regardant ta gloire et précellence.

En foible engin certes je me ravise, Car n'ay pouvoir, ne sens qui y suffise.

Mon œil regarde en ce que cœur admire ; Amour me trait là où peur me reboute ; Honneur m'astraint de parler et d'escrire Ce dont le poids me condampne et retire.

Et juge en moy de non y voir goutte ; De propre sens je me deffie et doubte Et suis en guerre ainsy ^n dedans moy, Pour contempler * les hautesses de toy.

Donc et affin que Dieu premier ait gloire De toy, et toy que tu-mcsmes y vises Sans toy bouter en vanité, j'espoire, Ton corps produis et te mets eu mémoire, Dont tout le siècle en tient tant do devises, Où les clartés et splendeurs sont assises; Par plus, par moins, Ih voit-on qui esclaire. Rends grâce à Dieu : du plus je me veul taire.

Nature en toy a esté ententive D'y mettre ester et pouvoir et faveur; Ce qui s'en voit, n'est pas chose doubtive ; Santé, longs jours, vie consolative,

> Pour contenter, ms. de La Haye.

AU DUC DE BOURGONGNE. m

T'en ont sieuvy en joyeuse saveur, Dont moy qui sçay que tu n'es réprouveur Vain, ne ingrat ayant grant bien reçu* , Je parle ainsy comme je l'ay conçu.

Et posé or que tu-mesmes supposes Par grant vertu peu estre ta personne, Et à mes dits gaires tu ne reposes, Ains aigrement argues et proposes Le droit envers de ce que j'araisonne, Le bruit qui court toutesvoyes et qui sonne Parmy les aers touchant au firmament, Celuy en fait le certain jugement.

Grâces d'en haut te sont administrées , Mœurs et vertus en telle multitude Que s'en ton cœur ne sont enregistrées , Au moins les tient ce monde à si monstrées Que tu assers * à toy sa plénitude, Et va jugeant toute béatitude, Tout divin don, estre infus en ton corps ; Ce sont d'autruy, non pas les miens recors.

Loy a en soy et veult que chacun prise Ce que peu est et de tarde advenue, Et que de chose en coustume et apprise.

Ne doit jamais merveille estre comprise, Ne cheoir grant part d'aucune survenue.

Donc, si j'ay bien ma leçon retenue.

Très-peu eschiet, et sy n'avient pas moult, Qu'estre un haut prince et bien compris en tout.

• D'un si grant bien reçu, ms. de Paris.

* Apers, ms. de La Haye.

•i^iii>*^^*^

iM ÉPISTRE

Souvent en un ou en autre deSaillent^

Posé qu'en biens et substancee abondent.

S'ils sont puissanSy à vanité se baillent»

Et s'ils sont beauXf petit de bruits * en saillent.

Leurs noms, leurs temps, leurs régions confondent;

Très-peu en a, à qui toutes respondent

Gr&ce et vertu, titre de ma matère :

Donc, s'un en vient, c'est bien cas de mistère.

Pépin le roy, prince chevalereux, Plein de vertus et de notables fedts, S'en l'un endroit. Dieu le -fit valereux, De l'autre lez le laissa dolereux D'estre en la forme et petis et deffais.

Sy ne dy pas qu'il n'y ait des parfais Princes beaucoup, et des Pépins assez.

Hais tout exquis ils sont cler entassés.

Seul le recort d'Octavien Auguste De toy tout seul m'est figure et exemple, Lequel, tout bel, tout vertueux, tout juste, Tout sage et bon, tout vaillant et robuste, Mit tout en soy ce dont le monde s'emple; Et tant avoit de grâce enmy son temple, Et de hauts dons si très-plénière somme, Que plus sembloit divin que mortel homme.

Fortune à luy se rendit toute serve :

Largue et prodigue en toute sa puissance,

Et luy submit en paix et en conserve

Le monde entier sans quelconque réserve,

Tçy par sens, et là par redoubtance.

Ses mœurs, ses yeux portoient l'attrayance

* Fruii4, msB. de Florence, de Bruxelles et de Paris.

AU DUC I» BOURGONGNB. 151

De tout regard, de tout humain oouiaga.

Guidant qu*en luy eust divin quelqtue oxabxags.

Josne , il régna haut et victorieux, Tousjours donné à louable exercice; Et viel vesqui en soin laborieux Pour trespasser plein de jours glorieux Soubs le record d'aucun haut bénéfice.

Vertus aimoit et déprimoit le vice; Il quist honneur pour sa royal vesture :

Honneur aussy le mit en sépulture.

Et si le vray m*est souffert maintenir, En approuvant ma figure certaine, A toy seul donc, j'ose bien soustenir Sur tous régnans devoir appartenir Geste excellent comparison hautaine.

Et qu'il n'est prince en région longtaine.

Ne d'aujourd'huy, ne de longs jours devant, Qui tel titre ait, ne gloire si avant.

Si je mets haut la matère que j^osnvre,

Jà nul pourtant contre moy ne s^aimmve;

Ge qu'il en est, la vue se descœuvre

Quel est l'ouvrier et de quel pris boo OBUTve:

Il se perçoit par ce que Yoa y trouva;

Non les hauts mots mais les &its donnent preuve

De ce de quoy le monde parle et dame:

A hautain fiait sieut glori^ise lama.

Où est celuy qui aujourd'hui s'appére A toy, haut très-glorieux noble homme?

Qui est ton per en fortune prospère?

Ge ne fu pas le trave* de tpn père,

> U trave, triaaTeol ; on lit : Vt^tave dans les mss. de La Baye et de Bruxelles.

Ne roy régnant, ne empereur, ne promme.

Gaires nuls tels ne prent Troye, ne Borne, Far ses escrits, quant de tous me reoorde : Ce n*est pas gas, quant preuve s'y accorde.

Que diray- je des dons et des hauts offres De ta riant longue amie fortune.

Qui en ouvrant Tespargne de ses coffires, T*a tant complu, que de bon droit tu offres.

Grâces à Dieu, plus qu'autre soubs la lune.

Par donnoison reçue non commune, Hais singulière entre tous les régnans , Voire et sur tous tes hauts appartenans.

T'a présenté le royal déadème, Le sacré sceptre impérial du monde.

Et mis trois fois ceste gloire suprême Devant tes yeux à grant prière extrême Four l'entier bien de la fabrique ronde, Lors qu'en vertu de constance parfonde.

Pour amirer et faire gens confus, Content du tien, tu en fis le refus*.

T'a donné grâce et vertu préférée Au siège saint des pasteurs de rÉglisc, Sus royal titre et majesté sacrée *, Non regardant personne, ne contrée.

Fiant peut-estre en gloire vielle acquise, Mais en mérite et vertu propre exquise, Par mesmes toy et en propre vertu , Exempt sur tous , grâce t'a revestu.

» Fojfe», dans le t. Vil, \a Déclaration des hauts faits du due Philippe.

* Au concile de Mantoue, lo duc de Clôvcs, envoyé du duc de Bourgogne, siégea au banc des rois. En une autre circonstance. Simon do Lalaing usa, en présence du pape, de privUéges réservés à Temporeur.

Roc as esté des pays non muable, Prest exploitant de leur toute exigence, Secours, confort de la foy charitable, Lorsque tous rois, en leur force doubtable.

Ont endormi leurs cœurs en négligence.

Et au regard d'affaire et d'indigence, Touchant pité et publique salut, Oncques nul fut, qui autant y valut.

Quel œuvre a fait jadis en ton contraire Le roy des Francs , si offenseur parent, A qui fureur et sang te devoit traire Pour terre* honneur et vie luy soustraire Et au party son dampnable adhérent?

Mais par pité du cruel différent Trop ayant cours, vainqueur de propre annuy.

Tu propre en toy remédias en luy.

Ton prochain sang longuement fortuné Abandonné de toute main amie, Après l'avoir par armes impugné Et saintement ton yre refréné.

Tu l'as jeté de prison ennemie'; Lorsque pité estoit toute endormie Partout ailleurs et peu cœur d'y entendre.

Lors as voulu piteuse main luy tendre.

De tes vertus ne vueil plus faire histoire.

Qui sont de nombre et d'excellence pleines.

Quant par recours au vray du répertoire J'y treuve tant de haut fruit méritoire.

Qu'à jugier sont plus divines qu'humaines.

Donc et si Dieu en gloires et demaines

* Terre (du latin : tero), écraser, broyer, fouler aux pieds.

Ton noble estât sur tous augmente et oonivre Avec bon heur, sy vient-il de bonne œuvre.

Mais n*e8t d*oubly le haut eslèvement De la Toison, haute et divine emprise.

Que pour confort, ayde et réparement De notre foy, en long proposement.

Tu as mis sus, divulgée et emprise, Soubs autre grant religion comprise Touchant honneur et publique équité.

Pour estre mieux envers Dieu aoquité.

cy-après, que diray-je en ton los, haut prince, qui per n'as en la terre?

Ton los emprendre, h moy est un deslos, Quant plus t'esliève, et plus te prise et los, Que moins suy sceur de los propre y acquerre, Pour ce qu'en toy il fault si haut enquerre Et vouloir tant d'entendement subtil, Que quant je vueO, dur beaucoup sy m'est-il.

Si j'ay recours h tes chevalleries, A tes hauts faits d'éternelle mémoire, Et dont les cours des hautes seignouries Sont résounaus, décorées et flories Sur aujourd'huy toute autre neuve histoire, Certes j'y voy tant de gloire sus gloire, Et de splendeur ton thrône si remply.

Qu'en y pensant l'œil m'en est affoibly.

Quels armes fit ton bras chevalereux, En ton jeune eage, au circuit d'Abbevillo, Là où par titre amer très-dolereux, Comme un lyon triumphant valereux,

Mis à Tenvers tes ennemis par mille.

Vainquis Testour, c'est humaine évangille , Et s'y trouva ton fer plus redoutable, Qu'ours ou dragon, pour mort espoentable '.

Arrest ne fay sur les guerres françoises Que tu maintins mortelles et longèves.

Ta gloire y crut de haut plus de cent toises ; Aussy enfin, par tes bontés courtoises, Dieu t'en donna les fruits de nobles sèves; C'estoit amour, paix, union et trêves.

Gloire et honneur en haut los salutaire :

C'est un grant don, mais c'est cas solitaire.

Les fiers Escos, aspre gens bataillière.

Devant Crevant, fis cheoir en ton espée; Le dire est peu, mais l'œuvre non légière D'avoir acquis victoire avantagière Sur la fureur d'une telle troupée.

Fortune y fit une horrible grippée, En ta faveur, jeusnes armés encore, Qui est un cas non digne de forclore.

Tenant l'espée empoingnie en la dextre.

Contre les Francs joins aux Englès crudelles. Tu pris l'escu sus Tespaule senestre.

Pour envair l'anglois duc de Glochestre, Par tout effort de batailles mortelles, Là où tes faits et aigreurs furent telles Que ton acier sa route termina.

Et mise à mort sa hauteur domina.

Peuple hollandoîs, fiëre gent maritine, Zélandois forts, robustes et terribles,

Fo^tomeW, p. 203.

A juste droit et équité divine.

Tu les submis en ta franche saisine

Far long travail en armes très-pénibles,

A quoy pluseurs rois, nations horribles,

Ont contendu en y quérant victoire.

Dont nul jamais fors toy n'eust celle gloire.

Barrois, Lorrains, Allemans un grant nombre.

Le duc Renier, Barbasan de haut pris.

Joints en bataille en ton mortel encombre Tu desconfis et en fis brief descombre, Barbasan mort> et leur duc mesme pris Que puis long temps, h son chier coust et pris, Devenu roy, tu tins en ta prison A son grant dur et à grant marisou.

Liégeois après, peuple très-furieux, Drus et puissans, orgueilleux et doutables , En armes durs, aux champs laborieux, Pour embarbor un haut roy glorieux Par luy donuer encontres redoubtables, Soubs le pouvoir de tes bras non portables Tu les fis cheoir vaincus, humiliés, Par ton jadis haut père ainsy ployés.

Chastelois*, peuple espris de félonnie.

De sang rebelle et de vouloir inique.

Pour résister h telle vilounie , A peu d'amas de no])le baronnie Tu corrigeas leur erreur hérétique, Tant qu'aujourdlmy confusion publique

* Il faut lire : Casselots, habitants du pays do Cassai. Sur los faits auxquels Cliastellain fait allusion, voyez Lofebvro Saint-Rcmy, 164, et lo récit fort intéressant de la chronique manuscrite de La Haye.

S'en treuve encore entremy eux trèstous Pour exempler tous mauvais et rebous.

Calais, depuis, Tespargne des Anglois, Tu assiégeas et attemptas le prendre.

En quoy combien que par desroy peuplois Fortune en fit venir povres exploits.

Au moins François onc ne Tosa emprendre:

Et fait autant à louer et comprendre Ton hardy cœur du poids y soustenu , Comme du plus s'il y fust advenu.

Quelle œuvre fis, ne quelle haute prouesse En estroit clos de Bruges ta rebelle.

Là où bataille et horrible compresse Te courut sus en très-mortelle aspresse Pour t'enverser du plus haut de la selle, De quoy ton cœur qui jamais ne chancelle Paya bien dur les facteurs inhumains Plus par les tiens que par les aultruy mains.

Trèvois, Ardenne et Luxembourg, tannières

De gent sans foy, rapineuse et tirande,

Crouttes* de murtre, anciennes larronnières,

Soubs le desploy de tes rayans bannières

Tu réduisis à légale commande,

Et par puissance en armes fière et grande,

Tu as conquis et asservis à toy.

Tant par bon droit que par divin chastoy.

Gens de Compiengne, escorcheurs renommés, Tu reboutas fièrement à Lions*,

' CnmUes, cavernes.

' Lihons-en-Santerre. Foy^a? tome II, p. 132.

Où les Anglois des François achemfe*

Vinrent en fer batailles et armés,

Grians sur toy comme affamés lions.

Mais oncq pour eux, ne pour leurs millions.

Tu ne branlas demie marche entière,

Ains les quis propre au bout de leur frontidre.

Mais que diray des hautaines merveilles Qu*en tes hauts jours as fait sur les Grantois, En longs travaux, en curieuses veilles D*armes, d aigreurs et paines non pareilles, Pour expugner leur courage mentois.

Lorsque repos mieux duisoit toutesfois A tes jours lors assez glorifiés, Mais non pour tant les maux purifiés?

Cinc ou six fois en batailles rengies Tu as vaincu leur criminel puissance , Là où tes mains sont taintes et baingnies Dedens leur sang et durement vengies De leur souvent parverse obéissance, A quoy onc roy de françoise naissance, N'empereur nul ne parvint à si près :

Sy ont-ils mis mainte estudie après.

Leurs légions et ruineuses cohortes Par pluseurs fois cy et là assemblées, Par tes vertus valereuses et fortes Tu as fait cbeoir jusqu à devant leurs portes, Voyant les yeux de leurs testes troublées :

Donc, si possible eust esté que tremblées Eussent les tours par espoentement, Tremblé fust tout, muraille et pavement.

Il faut lire : oà Us François des Anglois achemés. Àckemés des An^

glois, vaiuqueurs des AnglniH (à Guepbitfny)-

Trente milliers' à Qavre en enTersas Toy au milieu, dix mille* à Riplemonde, A Nieule* cinq, puis au pays de Was Que tu premier par armes entamas Devant tous rois en vaillance parfonde.

Et par ton glaive y fis rougir mainte onde De sang effus constraint à ce dangier Par toy surquerre et ton nom desdaignier.

La tienne main fu là de Dieu conduite Pour escarter tout tel mauvais plantage Et pour verser rébellion construite Tout autrement, semblablement instruite.

Comme tout sang de hautain parentage, Non seulement pour ton propre héritage, Ne pour garder ta gloire non périe , Mais pour tenir noblesse en seigneurie.

Des nobles, donc, tu y fus champion

Et le rabbat de villaines essourses,

Un vertueux aigre fier Scipion

Rongeant l'orgueil de leur brayant lyon ,

Soy enfierant en ses ramages courses,

Dont les assaulx et horribles accourses

Luy ont rongié tant maint ongle et maint dent :

Los en ait Dieu et toy de Taccident !

et depuis, chacun fait cy-après Cœur couronne de splendeur mille et mille, Quant le rapport te fut fait par exprès De la grant perte et du mortel comprès*

> Voye^ tome II, p. 375.

> Six miUe? Voyez tome II, p. 307.

■ Nevele, voyez tome II, p. 269.

♦ Comprès (de comprimer), oppression.

De Constantin, la noble sûnte ville :

Certes bien digne et bien heurée LQle D'en avoir pris les vœux de mainte clause Que tu y fis à celle seule cause !

Mestier ne m'est d'en réciter les titres, Modes, teneurs, coustanges, ne personnes, Mais de si hauts et solempuels chapitres Je n'ay trouvé par lecture en registres Et tous royaux assemblemens, ne thronnes.

Certes ce sont les perles des couronnes Du monde viel et d'aujourdTiuy, sy dis-je:

Si j'en dis trop, qui mieux scet, m'en corrige.

Donc, pour donner vertu & voix promise, Tantost alas vers le haut empereur.

Lequel voyant ta vaillante entreprise Et ta vertu si preste estre submise, Toy non quérant, te fit estre quéreur; Ainsy ton long mouveur et requéreur Te fit emprendre hauts et mortels péris' Et reposa mesmes ses esperis.

Lorsque tous rois au bien propre entendoient Froids et ])récheu3 au salut du publique, Lors tes désirs et tes veines tendoicnt Eu aigre ardeur et peines y reudoient D'y pourvoir par quelque voie oblique.

Dont il t'est née une gloire augélique Que seul tu as le monde desdormy, En povre abus par avant estormy.

prmce auguste, et que diray-jo plus?

Diray-je riens de tes œuvres nouvelles,

* Péris, périls.

De tes valeurs, puissances et vertus,

Par lesquels sont restrains et rabatus

Les cœurs d'Utrecht malement fiers et felles,

Avecques trois fortes cités rebelles

Que tu par siège as à ton ploy conquises.

Non jamais plus par autre effort surquises?

Ne me loist-il que je die et déclaire Ton fier arroy, ta triomphant entrée Qui aujourd'huy, sans à nulluy desplalre.

Porte lueur, resplendit et esclaire Comme un soleil sur umbreuse contrée.

Et dont la pompe et la fierté monstrée Fut si haut prise et si très-exploitant Qu'à Rome à peine en entra oncques tant * ?

Et puis loist-il celer la f^mison, La dure peur, la fraeur, les murmures, Qu*en ce cas a le royame frison.

Par non sçavoir salut, ne garison, Pour eux sauver encontre tes armures, Voyant au dos de toutes ses fermures Danois par maints milliers multipliés, Offerts à toy contre luy allyés?

Tous rois du monde et nations te quièrent, Tout haut princier en ta faveur s'adhère.

Les moins puissans pour renfort te requièrent. Et les tous forts en ta grâce ils acquièrent Gloire et soûlas, qui joye leur confère.

Chacun tes faits et vertus considère.

Chacun perçoit tes gloires et splendeiirs :

Sy en vont tous désirant les odeurs.

Voffû9 tome m, p. 143.

TOH. TI. il

tes ÉPISTRE

J'ay tourné Tœil en sceptre et en oouramie.

Par runivera circuit de cestuy monde.

Les deux je perce et le siècle aYtronne, Mais n'y congnoy siècle royal, ne trotina.

Qui prenne à toy aujourdliuy, ne rasponde.

Ce qu'en appert par yéritô parfbnde Ne peut jamais s*esteindre par envie :

Gloire en chacun prent mesure en sa vie.

N'as-tu toy' le plus bel préseniage De chevaliers de ce monde présent, Et là où g^st si ample et grant partage Dlionneur, de sens et de tout haut froitage Que terre et mer en font famé et piésentt Ce que Tœil voit ou que preuve s'asent, Be peut très-bien pannaiotenir et dire :

Tels n'en a nul, ne France, ne Empire.

Ne sont venus tous long^tains vqyageurs Quérir vers eux congnoissance et adresse, Soubs le péril des armes assailleurs, Pour les plus hauts esprouver et meilleurs Que terre nulle ou région adresse?

Dont oncques nul, tant fust aigpre en aspresse. N'emporta rien de Thonneur des susdis.

Mais eux très-bien sur les autres toudis.

Nul emprès toy en ton gouverne estable, Nul plus entier, ne plus ferme en justice.

Nul plus asseur en cas espoentable.

Ne plus ardant en la foy charitable, Ne plus enclin au saint divin service.

Nul plus amy, nul plus couvrant son vice,

> toy, avec toi.

AU BON DUC DE BOURGONGIŒ. Id3

Nul plus aimé, ne léalment servy, Ne plus léal où il est desservy.

Vive ton nom à toujours miûs et dure, Et meure tout envieux et envie; Et soit où peut ma relation dure, Mais aujourdliuy n'a vivant créature Qui soit ton per, ne ton semblable en vie.

Faveur, ne don, ne rien ne m'en dévie, Mais raison vraye et saine vérité M'en sont pilliers comme à leur hérité.

Trompes, clarons, orgues mélodieuses.

Tubes sonnans, voix humaines et anges, Psaltérions, harpes délicieuses.

Engins floris, natures précieuses.

Sont aujourd'huy décantans tes louenges, Et par le siècle et jusques aux archanges Vont espardant leurs glorieux accords , De tes hauts faits et de ton noble corps.

Le ciel te quiert ; la terre te £aveure.

Papier vers toy s'espanist et délite; Vîel escrit ployé et t'endine et honneure; Ton haut engin t'amire et asseure; Bude et subtil, chacun s'y habilite.

Et comme on quiert la perle très-eslite Comme un trésor précieux en aoquerre, Ainsy t'a festé homme, ciel et la terre.

Plus tost faudra de son droit cours nature.

Plus tost faudra le marbre dur en cendre, Plus tost faudra g^vée en fer scripture'.

Plus tost faudra la terre en fioriture ,

> On Ut dans les mes. de Florence et de Paris : graveur fer eseripture. La leçon que nous publions, est empruntée au ms. de BnxzeUes. Il serait

Plus tost yiendront les montaignes descendre. Plus tost seront tous engins sans entendre.

Plus tost n'auia or, ne métal, ne mine.

Que ton los faille ou ta gloire termine.

Vy, règne en gloire, en vivre te délecte, Règ^e en triomphe et vy immortel homme, Choise' et esly, demande et sy affecte Llionneur du monde et son amour parfecte.

Tout est pour toy, et fortune t'est promme; Ne crains Troyen, ne haut César en Rome, Règne emprès eux et monte en gloire égale :

Nul toy meilleur par sentence légale.

Meurs quant voulras, tes gloires ne mourront. Tu vivras mort et régneras sans estre; Les parfons cœurs par pleurs te raviront; Les^^ieux, les aers, les voix feslèveront, Et tout transy, vif te feront renaistre.

Tu seras rien, et sy seras en estre; Tu gerras cendre en terre obscure et noire.

Dont la noirté resplendira de gloire.

Rends gloire à Dieu; rends g^ces glorieuses; Rends-luy haut los et dévotes cantiques ;

pent-dtre téméraire d'y trouver une allusion à la déconverte de Timprimerie que Pontus Heuterus fait remonter à 1440 {£er. àurçund.,lVy 8). Cf. un passage de la chronique d'Adrien do But, déjà signalé par M. Cachet {BulL de l'Académie, 1839), mais paraissant se rapporter toutefois à une date moins ancienne que ne Ta cru M. Gachet. Chastellain Srt-il pu songer à désigner des caractères en métal servant à Timpression? C'e&t Molinet, continuateur de sa Reeollection des merveilles, qui nous dira :

J*ai vu grand multitude De livres imprimés.

Pour tirer en estude Povres mal argentés.

* Choise, vois.

Rends-luy ton cœur, tes veines curieuses; Joings vers le ciel tes mains laborieuses De tant dlionneur et de gloires publiques.

Quant sur tous rois et princes catholiques, Tu es oeluy qui plus en as reçu :

Or, luy rends donc ce qu'il en est dû.

Betray ton cœur de ce règne finable.

Dont la douceur est flattant ennemie ; Quiers à régner, prince non terminable, Après mortel régner tout pennanable.

Trouvant partout la gr&ce Dieu amie.

J'espoire aussy qu'elle ne vouldroit mie T'avoir donné tant de grâce fertile.

Pour te vouloir faillir au plus utile.

Tu as esté un certain duc paisible, ^

Bien exploitant sa commission sainte; Et au plus près de ton juste possible.

Tu as esté vers ton peuple entendible, Pour le mener à salutaire atteinte.

Encontre toute entreprise et empainte De Pharaon parmy la rouge mer:

Sy t'en doit bien remérir et aimer.

En ta valeur et vertu singulière,

Dieu a béni ta terre et tes suppos.

Et y tramis grâce particulière,

Transquilité, paix, gloire séculière.

Trop plus qu'ailleurs et de plus long repos.

Los en ait-il en ton noble propos.

Qui par ton heur nous fait bien heureux vivre.

Mais toy faiUy, peur dure nous enyvre.

Honneur du monde et parement de France, Salut greigneur du peuple chrestien,

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