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41g ^^^ EXF0S1TID!V
les circonstances et conditions des choses temporelles , qui k^soug^nent d'autant de personnes diverses, comme les événemens sont sauvages et de diverses natures.
Escrivans, dame, en louenge , ou ils raffermeut et encouragent les tons en bon persévérer tous Tivans j ou ils exaltent les esvanouis du siècle et les couronnent en renommée» lors quand ceux qui reprennent et détestent aigrement les fautes conçues, profitent souvent, et réduisent les délinquans de leurs vices, parce que nature raÎBonnaUe , souverainement en prince , doit affecter toujours, avecques haute régnatiou, claire renommée, ou la fin contredit h son contendre ',
Dame, doncques, contente-toy, te prie, de mon re^ pondre, et ne te griève ai les hommes usent de la vocation telle que ont de Dieu » et Gouverainement quand leur user n*efit qu'en office honneste, en œuvre profitable et utile» et conjoint à la vérité souveraine qui est Dieu, qui envoie ses instrumens eu terre tels qu'il lui plaist, et comme il voit catre utile et expédient. Et te recorde , pour fin de mon conte : que comme le marteau est instrumeot au fèvre diversement, à l'un pour rompre fer et le fdanîer par force et vigueur, i l'autre est instrument pour ouvrer en or et argent qui sont métaux précieux , là où le £érîr dessus est doux et amiable : pareillemœt est-il ainai de
■ Le Vénitien Laurent Justiniani, adressant au prince de Galilée, à un descendant des Lusignan, une vie de Cimon, fils deMiltiade, y joignait ce noble éloge deriustoire : « Sachez, 6 prince 1 qa*il j a dirrerses « branches des lettres qui peuvent être Tbonneur et Tomement des a hommes illustres, mais Thistoire est surtout utile à ceux qui, comme « TOUS, sont appelés à prendre part à de grandes ehoses. L'histoire ea- » Beigne aux grands comment ils doivent vivre, et elle ne peut ôtre ni « assez cultivée, ni assez méditée. C'est lliistoire qui est Taignillon de « la vertu, et combien sa mission n*est-elle pas féconde, quand elle tt s'adresse à des princes qu'anime d^à la passion de la gloire ! »
SUR WtBÏÏÈ UAL PRISE. 419
rhumain engin. En matières roides et rigoureuses, il convient férir dessus à Tavenant de leur nature pour les amollir ; et en celles qui' sont douces et agréables aux sentemens , là volentiers se délite et j preste main décora* tive, pour encore le& faire plus belles et plus claires par son art, et que les autres, qui les regarderont après lui, puissent prendre délectation en son œuvre.
Et à tant je mets fin à ceste contention avec toy, et te dis adieu.
Lors comme les paroles estoient fînées entre ces ai^ans à ma cause, et que je perçus aussy soudainement esvanouir tout, comme soudainement s*estoiént venu apparoir à moy leurs personnages, alors, tout revenu à moy et resvertué en mes esprits, commençai à rendre grâces à Dieu du fruit que tiré avoîe de ma vision, et de la trèssaine et honneste réparation que avoit fait Entendement qvlt mes escrits, dont hautement me tenoie joyeux. Mais, comme une chose encommencée si substancieusement comme ceste, et déduite par tels personnages comme droit-cy ont esté oys, ne devoit avoir que terminàtion de mesme par aucune glorieuse issue , au point proprement où tous les autres s*estoient esvanouis et perdus, ne savoie où, advis m*estoit que de loin visse ouvrir unes courtines asurées, semées pleines de fleurs de lis d*or, là où estoit dedans la très-noble et très-humaine personne du roy, qui arrestéement contint ses yeux en ma très-povre personne, sans les en retraire. Donc moy doubtant que ce ne fist par aucun mistère, fust de malveillance ou d'autre couvert appétit, et que raison aussy me enseîgnoît que révérender dévoie la noble représentation de sa vive image, me laissai cheoir à genoux.
Et lors, par espoir de lui pouToir attendrir le cœur, si mu Tavoit à rencontre de moy à Taventure, ou de le pouvoir traire à bénigne a^cout , si envers autrui pouvoit avoir intaution non profitable, fondant larmes des yeux* avec gémîôsement de voix, commençai à crier en haut et à dire :
ORATION AU ROY
FOUB FIM DE LtVBE..
très-chrestien roy des Frans, trèa-noble et très-excellent roy Charles , que tant ont vu hommes en affliction dure» tant circui h tous lez dlmpugnation ennemie, qui conduit toutesvoies tousjours et non relenqui de la main de Dieu, as vaincu tout et 8upp«5dité par vertu, as triumphé sur la moqueresse fortune en constance, et tirant frnît de ton vertueux persévérer en labeur , es monté glorieux et tout FJ^^o PU la sublimité do la roue , là où te regarde par admiration confuse celle qui te soloit faire la moue jadis , en desrision costumière ! très-glorieux roy doncques, roy esmerveillable et prodigieux , roy plein de luîstères et de divines ostentions, que sens ne parataignent, ne entendemens à comprendre suffisent ! ici preste Wnignes oreilles, droit-cy atourne tes royales clémences, et qui congnois toutes précieuses fleurs croistre sur estocq humble, dévale doncques ta précieuse nobilité un peu envers ma personne, qui suis, comme le poulieul * de la terre, tout povre, et toy le précieux cèdre de Lyban, là où convenience ne peut avoir aucune, proportion nulle, ne confor-
* Ce mot manque dans les glossaires.
mité, sinon d'autant que ta hautesse se pourra humilier envers ma basseur et me prendre en grâce non digne.
le soleil des princes , ciel reluisant sur les mortels hommes, plein de dyaprure céleste, plein de glorieuse impression divine , plein d'exaltation de fortune, plein de faveur et de dilection de nature, qui tout le précieux de son contenir rue à tes pieds, tout Tabscons de son cloistre te présente en service, et non ayant riens autre que or précieux et gemmes en dignité emprès toy, les estime non comparables !
perle des roys, roy très-clair et luisant, roy juste par succession légitime, mais plus roy encore par dignité de personne, qui as en toy mœurs et conditions royales, et vertus à régalité requises, et par lesquelles non-seulement ta personne , mais les bautesses et dignités du haut nom de roy sont décorées! Roy très-humain, roy trèsexpert et prudçnt, roy exalté plus par vertus que par fortune, roy régissant et régnant, roy que non nom seulement mais fait glorifie : moy ton très-humble orateur, serviteur indigne et scabeau de tes pieds, requérant gr&ce et merci , miséricorde et clémence, non pas seulement de pardon, mais debening ascout, à vue déclinée en terre, aujourd'hui, à genoux révérons et mains jointes, à voix souspirant et à larmes missives , viens ^aourer ta face , viens rouver ta bénignité intériore, viens exclamer et requérir ta toute humble débonnaireté et bénivolence , laquelle, par gr&ce, non par mérir, mais par noblesse de bonté propre je exore que me soit donnée !
N'es-tu l'exemple des vertus humaines? n'es- tu te cofifre de toutes mœurs et conditions nobles? n'es-tu la balance du vrai poids et équité du monde? sy es, voir! Donc, sans ce que tu soies l'estoile des roys très-daire, sy
4^ ExiusmuN
6b4u la roclie inexpugnable aussy et invincible que redouble fortune, que fortune craint et fréirdt de aherdre ; comme qui vaincue est en ta vertu , matée et ruée à Tenvers; et rompue confusément et fmissée entre tes mains^ g'est rendue à ton sceptre ancien et t'a abandonne clef et eschielle de sa roue.
O roy très-noble et clément, roy de cui bonté et vertu tant se sont perçu d*homm^, tant se sont sautu et expérimenté diverses créatures» roy proprement insécuteur de divine condition qui e^ miséricorde et bénignité, modestie et clémence j espargne de sang et tardivité h fureur : par peur aucune qui m*eat prise que ne puisse avoir offensé ton regard, commu aucunement tes royales entrailles» pour icelles, si ainsy estoit, remettre en leur piux, poar à toy exhiber gloire et laudations condignes, pour procurer au monde ealut et transqnillité , et à moy propre justification libéralement aacoutée, après Texposition de mon livre droit-cy que £%t€ndemmi a fait du tout et en tout, je m en viens mettre en tes mains» je m'en viena rendre en ta correction et chastoy; et qoi, par pendre peut-estre mes paroles plus aigres que je ne les ay pensées» as pu avoir sang altéré de toute la corrosiveté d'icelles, j'expëte miséricorde , protestant devant Dieu et toy, que riens n*ay dit et escript que à intention de bien« & affection de salut et de paix , et par condoléance de Taustëre marastre fortune d'aujourd'hui , qui toy et mon maistre» ton humble frère et parent , ton léal vrai cordial serviteur et ami, tient et a mis en question , en frivoles et murmures ensemble, et en froideurs et dampnaUes diffidences, de quoy les expectations du monde sont de mmo* vais espoir, et k moy causes de mon aigre escrire.
Donc, et afin que tù pardonnes à ma fragilité, congnoisses
aussy la bonté de ton léal humble parent, et à toy-mesme tu profites et vailles en honneur et salut, quérant union et concorde entre toy et mon nourrisseur, transquillité par le univers siècle, en rudes et mal assis termes viens exorer ta bonté, imjdorer ta grâce et clémence, et suadant paix et retour de ton ire , présenter à ton oye aucune en moy concq)tion fructueuse.
O très-humain prince! et s'il te plaist que présentement ouvrir puisse mon estomac, et que je monstre lévéramment à tes yeux ce qui s'y cœuvre, sire , tu y peicevras douleur justement causée, et intention bonne et honneste tendant à fin utile. Donc, pour toy attraire béoivotent envers moy, et toy donner à entendre la vérité de ma «ause, comment me suis mu et enaigri ainsi, non pas envers toy, mais envers tout autre à qui il touche, sire, mon premier mouvement sy fut : que un jour passé, à mes yeux intériores se présenta en mon estude mon maistre le duc, lequel tout vestu de ses armes, mais d'un manteau long tout noir où estoient tissus dedans multitude de larmes avecques lettres d'or qui disoient : Etmim Sûderumtprii^ cipes, et cdeersui» me loquébantur; senms 4intem tuus exerceb€tur in jnstificationibus tuis \
Lequel, comme ainsi vestu s'estoit monstre devant moy et que le regardasse ententivement, ne me donnai gazde que âoodainement le vis cheoir à géaoux. Donc, esmerveiUié de la cause , et devant qui ce fist, surlevai les yeux un peu. Et me sembloit que de loin visse ta noUe personne laquelle il révérendcHt , et du doy touchant la lettre du manteau par embas, te monstroit la clause qui vers toy s'adiessoit, répandant larmes abondamment avec l'ostension.
* PmZm, cxviii, 28.
EXroSiTÎOîÇ
Et moy, prestement privé de ceste vision mentale et glosant sur renteiideraent d*icelle que je compris, et me semblûit piteux: en mistère, commençai à plorer aussy par compassion du cas, de qui je tiroie douleur touchant lune part , et de l'antre grant joye pour sou fructueax donner entendre* Car me sîgmfioit la clause première, haynes et machinations mauTaises à rencontre de ton noble parent, en pleine congrégation d^ princes : dont, avec antres choses précédentes beaucoup que j^avoie recueillies, je ne pouvoie riens traire fors noises et débas, rumeurs et tribulationa misérables renouvelées arrière en ton royaume, que tu si glorieusement avoies purifié. Sy m*en es toit la conjecture finablement désespoir, et lexpectation non autre que de mourir en tribuîation povre, comme je fus né. A quoi veullant prévenir par remons^ trance, j'en ai un peu vuïdié trop légièrement ce que j'en a Y oie en courage, où toutes voies la fîn de Tintantion doit parer Tardant aigreur du procéder.
La seconde clause, sire, qui me donnoît joye et m'estoit fondement très-seur d'un noble édifice , icelle certes je attribuoîe à toy, comme j'avoie vu qu'en icelle s'estoit humilié envers toy la personne de mon maistre , qui non Content de toy monstrer la lettre une avec son courage, la séella des larmes de ses yeux pour t'en monstrer l'origine; car lui qui avoit fons véritable, cœur noble et léal, comme prince qui recongnoit Dieu et soy-mesme, qui aime juste opération et fuit blâme, dolant de la charge et malignité de ses hayneux , devant tes pieds se laissa cheoîp himible ; et veullant, comme devant son juge et seigneur, remonstrer leur tort, se prononcia; et disoit : Servus au^ tem tuus exercehatur in justijicationibus tuis. Sire , ton serviteur humble a esté toujours net envers toy, ne s'est
en riens desvoié en ton contraire , mais s'est embesongné toujours vertueusement en ce qui te doit estre agréable et à lui juste. Donc , de Tinterprétation que je y conçus , avec la réalité que je congnois estre ainsi, ensemble et que mes yeux virent ceste humilité cordiale, et voient tous les jours, je Tai mis second fondement de mon œuvre dont Tindignation m'a esté causée.
très-clément roy ! souffre, te prie, que maintenant, en délaissant la cause de mes ruineux escrits de pièca, je te remonstre la cause de mon venir droitrcy et de mon humble et clamoreux parler de si loin, qui ne voy que ta figure comme en un miroir. Sire, te plaira-il de livrer ascout, ne de prester yeux à l'affection d'un si povre homme que moy? Tourne doncques droit-cy ton humilité, et te rabaisse à entendre ce que ardeur d'amour et prononce.
Sire, la cause de mon clamer droit-cy, sy est paix affectée, et guerre à l'autre lez que je redoubte. Donc, comme paix est une félicité commune en quoy Dieu se sert et se glorifie, le monde prend salut et repos, le bien public se augmente, et le privé se multiplie; par contraire, guerre est la goule et le gonfle de l'ennemi, qui humaine salut absorbist en son ventre , le monde désordonné et desrigle, félicité désempare, chrestienté mène à perdition, et toute stabilité terrienne démolit et renverse.
Sire, qui est plus expert au monde de ses conditions que toy? Qui est-il qui en est plus sage que ta personne, qui né en la grippe de sa malédiction toute horrible, y as parcru dedans, plein de haulx jours, premier qu'en trouver vuidange, là où les assais d'adversité mainte, lesimpugnations d'austère fortune marastre, te ont fait le plus haut sage roy, le plus expert esvertué prince, le plus purifié en la fomaise d'examination aspre, qui oncques nasqui
guferes» et buvant le vin dVmertume^ t^>ut jeu, [et] pûlâ de doukur enceudré de méraucolie, tout Ticl, iiprictnes es parvenu au goust délitable et à saveur nourrissant digeative. Doue, recordautle^ inquiétudes passées, les dou* lenr^et afflictions juvéniles, midotenant tu trouvos repos , naaiutenaut tu trouves solasetquoyeté, ette&aveuremieux une lieure de vivre, que tout leage passé, Pourquoy? ctrtee» par le reudage de paix que Dieu t'a transmise et
Ikimmj, 4oiMqpieii, glorifié lilnt^^
A$mt>k(n par m mcdr obtenu vietoife» wm ta senddb^l qpi0 la «antear 9mèm em champ dba «unitiia dk tepuw^ xiaût ewfler péril et fafva apparoir jwidt 4ÏBtfi«tauiiai limàcffaàidra? noa pas iaiit aeulemini en ta peiaaùie, Qtata ^u tout rànirers t^ ta as €& gaida« et lefaal m IttitaeteluaqpioBiii^ da quarante ans, le wntani TO a go» ta as mené enfin en terre de promission» en transquillité de vie et de labeur y et en obtention de la grâce de Dieu et de paix, qui maintenant arrière, toy scient, ce semble^ branle et vaucre en péril, et pend à un fil de soie non torse, en périlleuse aventure.
O tu, roy noble et humain , ô tu roy tant précisément expert des misères du monde , 6 tu qui par adversité tant es devaiu sage, par diligence et sollicitude tantes devenu glorieux, et oncques n'exposas vertu nulle, ne vigueur que à intention de paix obtenir : maintenant quand tu Tas embrassée, ne la dois-tu tenir estrainte? ne la dois-tu tenir jointe k tes flans et prochaine , et non souffiir eslongier de ta garde celle qui est proufitable et salutaire à tout l'univers siècle?
Sire, tues le plus esprouvé chevalier des vîvans; tues le plus expérimenté eu lice estroite, qui oncques çaindi espée; battue jeunesse t'a fait grave en haulx jours, «t meurté de jours graves te redonne espoventement des batures passées. Doncques, quand sens est en toy par aj»^ surc^ et nous Yj véons et sentons par expérience, et que la vérité est telle qu'en sens et vertu seule tu règnes et floriSi tu es monté et glorifié jusqu'aux nues, ne veux-tu, en ce par quoy tu es monté en prospérité, persévérer oonstamment et en ferme proupos, de peiur de non redescendre?
non plaise k Dieu, sire, qu'en ce tu failles 1 n'avienoe jamais que non cludant tu cecy ignores, et que tu, qui es si glorieux roy eagié, tant décoré de précieuses gemmes esquises,tu offusques celle splendeur glorieuse par aucuae povreté de passions, que tu, en vertu dont tu es plein, dois vaincre et dompter, et monstrer que, qui as sçu vaincre et surmonter légions d'hommes, as bi^i sçu vaincre aussy et triompher sur tes passions projM^s.
roy excellent, et s'il loist clorre un œil devant ta majesté excelse, s'il loist non regarder d'icelui ta haute dignité radieuse, et l'autre ouvrir envers ta personne comme mortel homme, et te semble-il à autrui pouvoir in^ férer guerre et «observer propre paix? et quand l'occasicm aucunement y pourroit estre juste , que la {Mroduetion en peut estre salutaire aux jours où tu es parvenu , qui es déjà venu à eage lûen avant , et plus encore près de soleil abscons celui en qui tu te troubles? nenny voir! il ne t'est possible, et encore moins portable à ta raison, qmb présentement, quand tu vois l'Église de Dieu désolée vau* crer et mendkr en emprunt , la fby estre impugnée de main vile, icelle prévaloir sur le divin peuple, menacer la religion chrestienne criant sur toy et pleurant comme
4ÎS ^^ EXPOSmOÎS
p03teau de son attente, et ta, endurci en oœur^ fuyant Tnp^ part^nir de ta vocation, et obéissant tout à volonté ireuse encontre ton propre sang , encontre tou humble cordial serviteur et ami , qui mesme se veut exposer en ton deffaut en ce que propre dusses entreprendre, tu resmusses guerre, tu renouvelasses tribulation passée, tu ren chargeasses mortalité sur plaie endoriniep et que tu, qui es la tresmontaiue des chrestiens , le ciel immobile des roys et des princes, spectacle de paix et de bonnes mœurs , et as purifié ton centre de toutes ténèbres, décoré i celui glorieusement de félicité, tu arrière mettant le monde en desvoy, et toy propre en affliction personnelle pour frivoles , pour questions non honnestes , pour passions vicieuses, pour privées causes et rancunes, tn cousentiroies le fait de Dieu estre oublié , sa foy estre non chalue, chrestienté non reconfortée, la chose publique non réduite à ordre, et povreté et tribulation humaine non estre mise en estime ! non plaise à Dieu , non plaise au roy de lassus, que tu» anblieux de tant de grâce reçue et rêveleux en la grâce de ta félicité, tu te refasses' d'un roy de paix, d'un roy possesseur de salut acquise, d'un roy conduit jusques ici du bras divin, plein de gloire et de clarté, un roy infélice, plein de malédiction et de mauvaise issue! Tu par cy-devant domptas fortune par sens ; tu la vainquis par diligence ; tu la mis à tes pieds par courage; et Dieu joint avec toy, tu déboutas guerre hors de tes mettes , par main chevalereuse. Sy ne voudroies mie rèn- . trer, j'espoire, en quoy tu es né, et ne voudroies prendre issue en ce où tu pris doloureux commencement.
Tu nasquis en guerre et tribulation, et tu ne contends mie à rentrer en celui eage. Tu pris commencement de règne en pestilence, et tu ne désires mie à vuidier par
celui destroit, ne prendre issue, quand rapprochement du dernier jour de tout homme, la povreté aussy d'apesandie vieillesse, pour félicité souveraine ne demande que transquillité de courage, paix et repos de conscience, pour percogiter les mésus de jeunesse, et pour soy pouvoir en son compte rendre où il se convient traire.
Donc, ce qui plus doit donner peur aux princes, parfonde et longue frémison en leur âme, c'est en examinant bien et au net leur vocation, si icelle ont exposée en vanité et privée gloire, ou en l'exaltation de la gloire de Dieu et de l'utilité commune.
Que feroie-je longue persuasion à celui qui a bénigne esprit, oreilles flexibles et débonnaires, nature toute pleine de bonnes mœursfi Seulement, si tu crains Dieu et si tu quiers sa gloire, si tu quiers propre salut et celui du monde , paix seule doncques t'est nécessaire , paix est ta rédemption, paix est le giron de ton repos, et ce en quoy Dieu veut que tu le serves, que tu exposes tes vertus et valeurs, et les autres chrestiens tu avoies et amesures en tes exemples-. Donc, comme paix est une chose divine, àtoy glorieuse et salutaire, guerre aussy est production de l'ennemi, douloureuse confonderesse de tout le monde, à laquelle, quand tu luy donras voie et la mouveras contre celui que l'on craint, tu la mouveras contre un dont honneur une fois et nature te donront remors , et lequel, quand tu l'auroies submis par amie fortune , tu auroies obscurci largement du plus beau de ta gloire. Car est le plus beau perle de ta couronne, le plus léal de ta progénie, le plus humble envers toy de tout le siècle , et aussy net chevalier et preud'homme qu'il en est nul en la terre chrestienne.
Donc, et si tu autrement crois, c'est pitié; et qui autre-
.iSÔ EXPOSITION
meiit te rapporte, ce lui est faute. Car, quel est enTet^ Dieu, e^ envers mj; et ne fait à croire que qui e&t e:ieinple d'humilité "envers toat le monde, que envers toy son soiiTefrain sire, le chief de sa gloire et s^plendear, dust enrudir en mœurs, dust abast^irdir en condition noble» et soy monstrer pervers contre jugement de raison saine.
Hélas! sire, moult po^^^ chose est que la vie de Thomnie,
quand exposée neat en vertu; et moult est chose ïecaio-
mandable aussy, quand déduite est, par bien faire, à fin
t fructueuse, Sy n*est pas tant félicitée , régner austèrenienl
rsur les hommes, comme est immortalité de haut titre, parattaindre à Taffection de leurs (XBurs, laquelle ne se peut conquérir par force, posé encore que les corps constraiotement i^e supploient h tîrannie. *♦
^ L amour, sire, des courages* est la richesse des princes;
i-y- et débonnaire tractance de Bubjet, cest ce qui renforee
^ seîgnourie. Or est tout clair ton royaume, ton thrône
purifié ; tout y est tranquille et paisible, ce qui à toy et à autrui peut donner béatitude; et ce qui à mes yeux a esté royaume de malédiction , cité de Tenneitli misérable, est royaume de félicité maintenant, cité de Dieu glo* rieuse, par la paix que tu y as mise et par la guerre que tu en as deschassée par main forte. Donc ne reste mie fors que division arrière n'y rentre par tes deffaulx, et qu'en avancement de salut propre et commune, en exaucement de la gloire de Dieu , par tes prudences et vertus, tu Teoa tiennes fourclose. Car est chose vraie : qu'en union et amour avec tes suppos, il fest plus expédient d'entendre en ton dehors, qu'en esvertuant force encontre toy-mesme, revigorer tes ennemis, mesmes quand ton bras belliqueux, ta main r triumphante est requise maintenant en cas plus nécessaire,
4 » Des courages, deBcœMTB.
en œuvre plus méritoire et de plus grand fruit y qu'en soy enaigrir en questions privées, en querelles et chétiretés non honnestes, de chrétien à autre, de parent à parent, de seigneur à subjet, par Vattisement de Fennemi, qui le monde parvole et pertrasce, et encheme la rondeur chresh tienne ; dont, ô tu hélas ! as les miroirs qui te dcûvent non seulement commouvoir les entrailles , mais fondre tonte ton &me et tes pensemens en larmes de compassion pt* teuses, par volonté d'y remédier, comme celui dont ks progéniteurs nobles d'icy devant en œuvre pareille ont acquis ce très-glorieux sublime titre» comme d'estre nommé le Trës-Chrestien roy, non pas en confliction certes de chzestien contre chrestien, non pas en exposement de force par ardeur de convoitise, mais en estre bras deffea»deur de l'Église, invadeur de ses ennemis, expugnatenr de ses hérésies , permainteneur de sa liberté, et répareur véritable et protecteur de la généralité chrestienne.
O roy françois, roy glorieux si tu le sçais entendre, roy bienheuré si tu le veux recongnoistre ! ô que tu me constes larmes aujourd'hui t que tu me donnes pointures et douleurs! que tu m'envoies angoisses et passions intériores, quand tout plein de dilection envers toy , plein de tes bauht et glorieux faits et vertus , plein de tes mœurs et de tes nobles conditions fructueuses, dignes assez pour estre second Auguste, nouvel César triumphant sur le monde , autre Charlemaine victorieux, je frémis à l'enccaitre de ce que je crains que tu n'attemptes, et que de main propre injurieuse à toy-mesme, tu ne dérompes ce glorieux dyadëme qui te circnist et te préfère, si tu y pardures, sur le thrône des roys.
comme peur m'est que celle clarté ne se contourne en ténèbres ; que celle radieuse glorification parobtenue
ne redescende en estât infélice : que impossible est toutesvoies, sinon par donner voie à division, place à envie en dedans ton clos, dont fait se ponrroit sourdre, guerre y rentrer et renaistre, et toy et autrui faire encourir en fin reproclialile et confuse. Donc, comme de la fin se trait le titre de Thomme, et que les titres vol entiers ensièvent les mœurs, tu qui auroies en disposition pour estre exalté avec les preux j par tea vues et passions volontaires malbetiréement seroies devenu abjection et pied choulé des nobles. n'es-tu celui qui représentes en terre Timage de Dieu, et qui ensievir dois au plus près du possible ses conditions? Oy voir! Doncques, si tu es y mage de celui qui est Ixinté souveraine, donne doncques ce qui divin est, et tes mcBurs les conforme avec tou estât; donue paix à toy propre; donne salut et soulagement au monde qui sous toy respire; et qui as guerre enchâssée pour fin de paix, entretiens icelle aussy pour fin de béatitude. Car est paix la damière expectation de félicité; ceêt l'exultation souveraine des angels; c'est le solas et consolation des hommes; c'est le repos de la terre, la seule envie de fortune, et qui seule tient en estre et en vertu toute la construction de l'œuvre divine.
doncques , qui as icelle en ta possession , et qui par si longue labeur l'as acquise et parobtenue, ne la dois-tu craindre à reperdre? ne la dois-tu tenir clause et estrainte entre tes mains , quand par icelle , tant que tu la tendras chière, tu surpasses les roys de mil ans, tu survoles les princes de l'univers siècle, et tant plus et plus hautement, comme les fortunes en jeune eage plus et plus te ont esté basses?
Sire, s'il te plaist l'entendre, amour vraie engendre peur, et dilection vers aucune personne cause soin en
Tamant. Donc, je puis dire que amour aucune envers toy me donne soin de ton estât, et que la peur que j'ay de ton mescheoir, me procède d'amour, tant par congnoissance que j'ay de ta royale glorieuse dignité à qui nul ne se acompare, comme par nourriture que j'ay prise sous ton ombrage en longue habitude avec ta chevalerie, là où mon heur a esté ample outre mon mérir , et ma fortune large et amie sur mon appartenance. Sy m'en restent encore les impressions jadis conçues ; et me causent amoureuses souvenances souvent les fréquentations que je y ai prises, quoyque imputé m'est d'avoir aigrement parlé, d'avoir mis termes avant, farcis de venin, qui ne l'ai fait toutesvoies sciemment, ne à ce voulu contendre. Donc, s'il peut ou doit estre ainsi tourné, sy m'est-il parti de cœur adolu , d'estomac pressé en mérancolie sur les choses que je véoie, là où cuidant parler en équité entre frère et frère, entre père et enfant, entre amant et aimé, sans regarder conditions, ne personnes, dignités, ne précédences, qui plus, ne qui moins, je me suis eslargi peut-estre et eschauffé en mes paroles; et quérant fin bonne, qui est paix, par aigres remonstrances j'ây esvidié mes passions à l'oye des princes, comme à mortels hommes, sans toucher oncques toutesvoies à ta hautesse royale, ne à la glorieuse inviolée clarté de ta personne , fors à iceux seulement en général qui parçonniers en ceste présente action, froids ethayneux, te distraient les oreilles de bénigne ascout, et te fourvoyent à l'aventure et destoument de bonne œuvre. Donc, mani en cœur, je crie contre eux, priant Dieu, ou qu'il les révoque temprement de leur erreur et envie, ou qu'il fasse punition publique de leur démérite ; car n'est à maintenir en cœur de roy perversité nulle, malice à hon-
m BEBoânoÉ
fteiir royal c^ntrEire^ corame celui mesmes mainteattil dont tu te desfies , et qui est si vertueux et si noble en reofoûsure, qn'il ne von droit avoir pensement envers toy , que tel qoll vouldroit avoir son léal serviteur ou fils en vem lui, jà^soît-ce que moult de diffidences s'y entre-trouvent, par rinstinction de lennemi, qui impugne ta félicité et la sienne, et ne contend que à rompre le neu entre toy et lui, pour ambedeux perdre, et ce qui en deppend, qui froids maintenant et pleins de rumeurs par malignes personnes, dussiez estre féablenient conjoins en amour et dilection charitables, Tun comme roy eoTers son très-eher parent humble, et lantre comme serviteur, léal mainte* neur de sa querelle envers son souverain sire, par supploiement de Vun envers Tautre, selon Teschéance des fortunes et des opportunités auxquelles il convient approprier les aflFalres, par considération que besoin fait que une main tousjours lave Vautre, et que le moins suffisant, en autrui perfection et humanité, se parfasse et emprunte, quand par telle accommodation, par telle amiable et lîbé-
. rftle prestance de l'un à l'autre , le monde dès oncques se gouverne et pardure. roy singulier! et quelle cause de hayne m*est-il, si je deffends celui que, toy seul réservé^ je congnois la perle des princes régnans, le réceptacle des gloires et des gr&oes de Dieu , le coffre de léauté et de preudliommie, Tespargne des honneurs et des chevalmee du monde, que toy-mesmee dois cont^mplw, que tu propre dois honorer et chérir, quand du irone de ton précieux arbre est partie plante si glorifiée que ton thréne mesme en resplend.
cœur plein de prudence ! ô noble roy«l nature pleine de humanité! c'est d'icelui dont jej>uis dire : SuscUans â terra iftopem, et destercore érigent paupe¥êm^ ut cMocel
SUR YÉAITÉ Mal prise. 455
eun cu^ printipihus populi sui'. Il m'a suscité dé terre povrô homme, et de povreté et ordure m'a fèît sourdre en haut pour me loger avec les princes de son peuple; lequel, jà-soitrce que clair asi^ez Soye de génération, et que Inotilt noble et Vertueut ventre mé répandi en màiii dô mattonè, ne fust toutestoies de la grftce de DiéU et de lui, qui potré nasquis et petit en comparaison pour attaindre à si haut que d'avoir tin tel maiàtrô, que d'avoir habitude et congnoissancé dé sa noble personne, et de le coilgnoistre en fons et éû mœurs , ne fusse parvenu jamais là où je suis, là où j'ai obtenu en ses yeux grâce et béùivolencé, outré mon mérir, outre mon valoir et apparteùif , et par quoy je suis tenu , tant par bénéfice reçu , comme par certainement congnoistré sa tioble nature, de l'extdller W louer, de le défendre et parer, et de le proféret et juger tel qu'il est et que je lé cognois, et cbinme je l'osé bien certifier et conclure non estre autre.
Boy très-prudent, donne soin, te prie, et disposéméùt à la crémeur de Dieu ; donne voie à toute noble condition royale ; donne lieu à vertu ; résiste à passion fragile ; et qui par vertu et haut sens as obtenu gloire, par vertu atissy et bon persévérer tienà serve fortune, et ne te Soit riétiS désormais céste povrété présente, ceste malheuréé sùsjféétiop venue entré toy et ton humble parent; né té soient riens cestes douloureuses matièrei^ esletéeâ, non utiles, non nécessaires , non honnestes , ains ruinénset^ et confuses, dampnÀbles et infamieuses. Tu as Dieu en objet et sa foy sainte ; tu as l'ennemi de la chrestienne Religion, invadeur de l'Église ; tu as la corne des infidèles dressée en ton front ; tu as desriglement en l'univers siècle ; tu as
« Pw/w, cxii, 7, 8.
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^damevxB h tonales de lapwrerailé du monde ^ue to deis figleTt ^œ ta dds feiErteaiiidvp et eomgsçr^ que ta dok ezenqpier et laettze à JVfisme, et iMm toy «dooner à tieaioi ehoBesjpetiteB, à prapies priiréeaftflbctiioiiB paitieoliàBes |^ #^ se lit pfiê^ don^M fin»- ob qa*^ topape , ut paami iBrtipliimneste, etiaoïBseBy^^
PiBifoy doBcqties tonteaqpB» glorieux royl parftj-le ea gloire; par&74e en 1)éatiitade et eu erémrar de I)iea; pa^74e en bénignité et d&nenoe ; parfay-te ra et eompÊmon sur hmnaine sajutl Et si fBaAm waiùmÈ» de eounoux peut ou doit aydor vde en toy miTe»iaiieu&uuy, je xequieni doncques que ee adt en ma tièe-fone et «rèft-prtlte penonne, non utile à riens, non dVraeuae jireBttaiee à ]& diose puldique, et non digne d^aiùslBie re* eommandaticHi. Car ioelle libéralement je pazoflbe à tes .plaisim; et baissant le eol à Tezploit de ton ire» ai ion cœur y est, je prosterne le eorps sous ton glaive, req[uétant toutesvoies miséricorde, à laquelle je me reoommande, en laquelle je me confie et repose. Et finablement jne subordonne et dispose à ta très-humaine bonté et royale noblesse, qui, d'autant, comme le ciel est plus haut que la terre et Toccident lointain du levant, d'autant a-il distance entre ta noble nature et la mienne , d'autant a-il ^fférement entre ta perfection et ma povreté, d'autant lointaineté entre ta glorieuse vertu et mon vice, lequel j'ose bien submettre à ta correction, priant mercy, et par bumbles prières clàmoreuses exorer Dieu pour ta bonne vie et salut.