‹ Œuvres de Georges Chastellain (volume 5)Chapitre 36 sur 43 · TOI. TI · texte numérisé non relu

TOI. TI

â|il EXPOSITION

si racteur voulsiat dire : o Je m ose bien fier èE escrita de ff Tofl propres hîstoriograpbesj qne voua D'y trouverez a riens mal, non plus que nous, » Et monstre bien cela par la chose qu'il adjoint après ;

L'on vous dit bien ^ Ciel et met ont ânrée, Ufds plu a possible est demain toue deux rompre, Que son hamt cc&ur de mauTaîsté corrompre.

Lh monatre-il bien qu'il ne vuide podni de ses termes, et que toujours a son regard en un lien , combien que la figure qu*il fait du ciel rompre avec son cœur, n'est mot éTangélique» ne article de la toj ; mais il le dit par un© manière de conSrmation de sa preud'hommie et léauté, en quoy il est résolu pour mourir, premier que les rompre.

Dame, doucques puisque une chose peut avoir deux enten démens, et que Tacteur en prend devers lui le meilleur, n est pas de nécessité pour tant que celui qui reste, mauvais et poingnant, soit imputé à Tacteur à charge, quand sciamment il désavoue et révoque tout mal ^t| et souverainement en la personne royale.

Et que ceci vrai soit, lacteur le monstre en son cînquante-huitiesme article.

Cecy met Tacteur notamment et tout de gré à rencontre de plusieurs clercs et officiers, non tous, mais aucuns hautement promus, qui non nobles, ne de sang, ne de mœurs, occupent les sièges et dignités souvent en court des vrais nobles en cœur et en fait ; et les accompagne na*turellement plus volenté que raison, plus affection oblique que discrétion grave, par flatterie, par ccnnpiacence, par regart à privé bien» et parce que la gr&ce du monde leur

est plus quise que la gloire de Dieu par vérité essourdre. Encontre telles gens doncques, met Taeteur ce qu'il dit : € Ne tous vos clercs, ne toutes vos contreuves, ne € sauront riens mettre avant, comme loings, ne parfont ils « le voisent quérir, de quoy ils puissent ternir sa gloire, € de quoy ils puissent noircir sa renommée, ne de quoy « ils le puissent prouver avoir délenqui en<;ontre honneur, « ne encontre devoir, ne encontre équité nulle. » Sy te dis, dame, que sans que désormais tu me mettes guëres plus en question, moy-mesme te veux mettre en termes les articles qui encore y restent scrupuleux, pour tant plus abréger nostre procès, qui jà longuement a duré ; et saillant de Tune clause en Tautre, viens au cinquante<-neu* viesme article, là où Tacteur arguë encontre François.

Es deux premières lignes de cestui couplet, Tacteur, en confessant l'envie des François et leurs liayne$, remonstre la grâce que a dd Dieu et du monde, son maistre qui est tenu et jugé à preud'homme de tout le siècle et de ce qui est dedans, roys et empereurs, lesquels l'ont tenu et tiennent le coffre d'honneur et de haut los. Par quoy, condoléant en François et en la régnation d'aujourd'hui, dit suspiramment :

Vous donc, hélas I que le siècle tant nomme Haulx et fameux, et le juste agravez ; et pensez quel los propre y ayez !

« Vous les François qui estes si haute et si glorieuse « nation que nulle vostre pareille, et agravez et chargez « le juste, l'avez en hayne et en despection pour sa glo- « rieuse fortune, ruez et machinez en sa ruine par envie, c qui riens toutesvoies ne vous demande, ne empesche,

m FAl^SlTlOPi

â mais fuit vofi mains belliqueuses, vos extrêmes cheva- * leureiises puissances, et renonçant à fierté et oi^ueil « encontre vous, vous offre service et révérence hum- < blés : oh ! pensez quel los vous voua acquérez en vous « tenir en ces termes devers hii ; » comme s*0 vouloit dim : « Vous vous en faites blùmer par tout le monde, et 4 en mettez vos âmes en grand péril. »

Or sçai-je bien que cy-après, en son soïxantiesme article, il y a un mot qui te cuit beaucoup, dame, et lequel par aventure tu notes estre assis en tout excès d* outrage et de fel orgueil* Sy désire bien h t*en esclarcir un peu la fantaisie, comme qui sais bien que tu y muses beaucoup, et est un des principaux points sur quoy plus tu arrestes.

Et ne dit bien vrai Facteur, dame, quand il dit : que mouvoir guerre à son maistre vous est bien possible, puîsqu il est eu vostre franc arbitre ; mais il dit après ; que le proufit qui en pourra venir h vostre part , cestui^à certainement n'est point sçu , car il glt celé en fortune ;

Mais si la cause en est juste ou loisible, Ou scelle est moins à faire ou plus taisible, Cela scet Dieu qui règne sur la lune.

Droit-cy dit-il vrai aussy. Et n'est œil si troublé qui ne voie bien et entende ceste lettre, qui n'a besoin d'exposition autre que telle que elle porte , parce que nul autre ne sepourroit donner plus claire. Mais dit après: « Soit « vostre querelle noire ou claire, soit juste ou telle que t peut estre, quand François vendroient pour confondre « son honneur.

Il est non roy, mais duc pour eux respondre. »

Non roy, mais duc pour vous respondre, notent François et prennent à aigre, je pense, et en grand ravalement,

parce qu'il semble parler pair à pair en compagnon, et que Tun ne donroit à l'autre avantage d'un chivot ^ ; comme s il vouloit dire : « Si tu me quiers, tu me trouves ; je suis « homme pour toy. »

Dame, à ceste difficulté il convient respondre et donner l'interprétation saine qui y siet. L'acteur droit-cy, par les choses ainsi que les voit disposées, et que à tous lez on circuit subiillement pour avoir bras dessus ce prince pour le faire ployer , et qu'en icelle quisition pour venir h ses fins les moyens sont moult divers et de très-évident péril, si Dieu ne les contretient contre la volenté des hommes, suppose l'acteur et craint pouvoir advenir ce qu'il voit en disposition de non pouvoir faillir, qui aucun temps long y persévère : c'est guerife et tribulation, dont nourrice aura esté envie, et nulle riens autre. Par quoy venu jusqu'à là, et que nécessité constraindra l'aignel de devenir loup, qui tousjours aura fui la meslée, toujours se sera monstre sage et souffrant homme de paix et de léaulté vive, et néanmoins lui voudra-on courir sus, le mordre et le mener à confusion en ses vieux jours, qui oncques ne fut humilié par force, jamais ployé, ne mis à subjection par menace, ne par hautement entreprendre : dit l'acteur de lui-mesme et en faveur de celui, lequel il congnoit invincible en courage et sans peur : « Il est non roy » ; comme s'il vouloit dire : « Il est celui qui n'a pas puissance d'un roy pour égaliser « la sienne à l'encontre des Frans, mais il est duc pour « deffendre son honneur, pour deffendre ses terres et ses « pays à rencontre de vous, quand vous le surquerrez de « desraison. » Et ne dit pas « duc pour vous respondre » , par entendement qu'il le veuUe faire égal avec le roy, ne

^ Jo ne sais pas ce que ChastoUain entend par : un chivot.

EXPOSITIOÏI

qu'il le die par orgueil, ne despection à rencontre três-noblij perâonnei mais pai* confession de %*érité, qaii Uàle cQ effet : qu'il est noo roy et non si bon que de IW iTO» mais il ^i duc po^re eraprès lui» plein de courage tfkiategvoieâ pour oser deffendre son honneur et sa quenUe, coDStraint, contre voua les François tous autres ré- ■erré seul le roy; Donc, et si le fait est plus grand cboaa que parole» encore est plus permissible à homme de relâonstrer aigrement ce qui peut advenir, que n'est de faire de fait ce qui peut porter dommage et danger- Or autrefuiSj dame, ont princes non roy s * comme caitui, donné des affaires beaucoup à ceux qui roys e^oient trèâ-pui&sans, et n'ont point ressongnié» par la hauteur de leurs titres, & deffendre fièrement leurs querelles en moindres possesëions de seignouries. Exemple de plusieurv contes de Flandres, qui toujours n*ont pas esté concor^ dans avec les roys françois» mesmes leur ont donné des vexations beaucoup et des répugnances très-dures et roidfô plus dune. Entre lesquels Ferrand de Portingal, non de sang si bon que de France, se monstra moult felle, et soy exposant contraire à la couronne , en confidence de sa haute fortune, fut humilié toutesvoies et vaincu par le pesché de son descongnoistre. Or n'est mie cestui un Ferrand de Portingal. Ce n'est mie celui qui descongnoit la sève dont il prend estre. Ce n'est mie celui qui, rebelle à la majesté glorieuse, se veulle eslever contre elle à main ennemie. Non! Mais est celui qui assailli de tout le monde, et seulement son roy et son chief mis dehors, s'exposera à la fortune d'un jour pour soy deffendre. C'est celui figurativement que l'on peut dire saint Michel, qui championne avecques le roy de là-haut , à l'encontre du dragon; et n'est mie celui qui adhère au prince de rébel-

lion, au prince d'orgueil présomptieux. Mais puissant sous le bras de son roy plus que nul autre, plus que nul autre voudroit soy exhiber déprimeur de ses contraires, là où conune non roy mais duc très-puissant se peut bien nommer justement prince pour respondre à tous ses ennemis françois mis en un tas, parce qu'entre eux tous, réservé la personne royale, n'a nul de si haute condition que par honneur et licitement il ne puist dire le mot et l'exécuter par fait.

Appaise-toy doncques de ce mot :

Il est non roy ^ mais dao pour tous respondre.

car le respondre ne s'entend point au roy, mais s^entond à tout le remanant en dessous, lequel il veut revérender par amour, et non craindre, par le surquerre en main ennemie. Dit en outre l'acteur en son soixante-uniesme article, continuant sa matière selon lès dispositions que voit tendre à péril :

Bien le pourrez molester et combatre, etc.

ûroit-cy Tacteur, soy arguant en lui-mesme et impatient des choses que voit couver bien douteuses, et desquelles ne peut traire fin autre, en son avis, que guerres et tribulations recommencées, là où les victoires sont incertaines tant au plus puissant comme au plus foible, mais prenant le pire devers lui, dit : t Bien le pourrez < combattre et molester, vous autres qui tant avez la dent « à lui, et à l'aventure le vaincre et humilier, si cela « vous est permis de fortune, ou que sa destinée le porte « ainsi ; mais ne saurez par tout vostre effort, diminuer

m EXIHBITIO?î

« Bon lîoïïïiêuf , sa glorieugie fenommée acquise en * opératîonH paasées, laquelle, quand le corps vidbâ m seroit succombé en tos mains mus honneste et cottra ■ gense deffense, oe seroit pourtant point amendrie, m 4 prosternée avec lui sous la clarté de voetre victoire € aina seroit chu plus glorieux vaincu» que vous, à imu « deseure» ne vous acquerriez gloire Taincuers» paro( t qu'en juste deffense, posé qnll y peut eheoir infof t tune, sj uj peut-il cheoir reproche ; mais est titre ploi < clair, cheoir courageux en juste querelle^ que eetn » vâtncueur en tyrannie. » Et ce considérant Taetem^ avec ce qui est mérî par avant, moult haut et moult clair^ et en quoj sa famé attend glorieux diadème » dit : qoi maugré'vous tous, ceux^ qui avez aiusi envie de ce qti ne vous giiève, meure, vive, sait vaincu ou vainenear^ il aura son iîiége au plus haut du palais d'honneur, avei tûuâ les meilleurs et les plus nets de la terre, s*en ses vieuj jours, et contraire de ses mesura et conditions, il ne se mue et change, et soulle et pollue tout volentiers ce que si curieusement a gardé jusques-cy; que lacteur ne crainl point. Et parle droit-^cy lacteur notamment contre see envieux égaux de lui et moindres, et non pas à autr^. Dit en outre Tacteur en son soixante-deaxiesme article:

Montéïi régnez, amplis tos elosttireB» etc.

Droit-cy Tacteur présuppose le pire encore par devers soa parti, comme tout reconforté du mesehîef, et concède que le hras des François se pourra tant estendre et soy esla^ gir, que le monde et les nations voisines tremblent devant iuy-mesme, pourra faire humilier, si laventure le doit'

L[^^ : Le donnt aimi*

ainsi, cestui duc son maistre de quoy la hayne des François seroit estancée alors : toutesvoies, dit l'acteur après, quand François auroient tout ce parobtenu, et que TassaiUi seroit chu à l'envers, ses pays trascés* et courus, ses hommes et subjets mis à lespée, et dissippées toutes ses ,

richesses et substances, toutesvoies y a-il une chose à laquelle il leur deffend qu'ils ne atouchent, laquelle luimesme a conquestée et est inexpugnable et invincible : c'est l'honneur, la gloire et la bonne famé qu'il a acquises en son temps par léauté, par preud'hommie, par intégrité et par noblement et chevaleureusement vivre avec tous les meilleurs de la terre, entre lesquels ne se trouvera nul plus clair, ne plus net. Donc, en conformant sa raison, il expose plus amplement ce qu'il y entend, et dit en son soixante-troisiesme article ce en quoi glt la custode de son honneur, la garde et conserve de sa splendeur et clarté, qui n'est ailleurs qu'en sept pieds de terre très-glorieuse, que honneur lui garde, et qui sont plus dignes et de plus grand fruit que nulle couronne , es quels tant plein de gloire et de bon nom, plein de mérites et de hautes re- • commandations, il gerra enseveli comme la précieuse pierre est assise en l'or. De laquelle fosse, posé que serpens et venins plusieurs y pourront circuir autour, sy y pourront-ils mourir plustost que y atoucier, parce qu'en la précieuseté de sa famé ne pourra mordre venimeuse langue.

L'acteur, veuUant conformer ceci : que ainsi en est, et que son honneur est si par très-clair comme il afferme, dit, en son soixante-quatriesme article, pour contempner*

* Traseés, envahis.

- Contempner (du latin : contemno), mépriser, flétrir.

Icsi umbîtions et vaioeg gloires de ceux qui parait^ cœurs autrement eu la vanité du siècle :

C'eflt cy 1 actluiMt de «e« loo^ jours féU^»», dCâ.

eanBfi •! Tactetir voulsist dire : c CasCui pomtfi « coûtondement qui est de mourir en nette famé et eùmï fl ûon avoir rieos fait^ oe conseillé qui ait esté contreluid € neur, n^ contre entière preudliouunia, soy eâtre offert! ^ servir Dieu et k choae publique, avoir eDâievi vérité 4 e raison humaine ^ affecté bonnes lacBum et opérattofll « nobles : c'est ici lacqueét de ses longps jours; c est ici k tt cliierté qu'il propose devant toutes richesaeâ et poiiiii « sioDS de sei^noufies, lesquelles mourront avecqnes lu| i maiâ cecy ne lui mouj'ra jamais* » — « Or lui rostti,0

* dit Tactcur, cestui acquest; r'ostez-lui ses Tillea il

* cités ; déprivez-le de toutes ses possessions, par tjrannia;

* vainquez-le et humiliez en bataille; faites-lui du pis ^uà « vous pourrez; au moins cecj ne lui osterejc-TOusjiyiiUfi u et fussiez- vous cent empereurs; car il vous en fait igun, » quand, en la perdition du tout, cecy lui demourraadjoiul

* ceoy lui demourra inséparable à toujours et non ravii' ff sable* Mais vous pourra bien tourner sa netteté en oofr « fusion et en enlaidissement de voâ faces, quand é jmtt fl homme et si noble en tous ses faits, par envie, par dol tt par pure malignité de venin, aurez persécuté et mené i « sa fin, laquelle, vaincu au pis venir, lui sera glorieuse « et à vous dampnable et confuse, vainqueurs. » Et droil cy lacteur, compressé en coeur d'amertume ^ et exdtéi larmes par pitié du cas que parfondément a enfousé, di en ^on soixante-cinquiesme article :

<ï Uestrif m'enuuie, et me poise que né suis de %M

« heure, que traiter me convient telle matière, ne que les « pitiés conçues me sont occasion de baigner ma plume « en propres larmes, qui aimasse mieux avoir autre occu- « pation que ceste, qui est pleine de rumeur, pleine de « mérancolie et d*amertume, et finablement tendant à a ruine et dampnation infallibles , par le conseil et pour- « chas de Tennemi, qui allume tout ce feu et tient les

< cœurs de haute sorte, les cœurs des princes, si vicieux

< et si frois, que honneur n'y a lieu, ne remors habita- « lion. • Donc plein d ennui, de douleur et de passion, et voiant que dire n'y sert riens, ne change, ne ne meut les desvoiés, ^ns persévèrent plus et plus en leurs erreurs, en leurs dolentes et damnables entreprises, dit en son soixante-sixiesme article :

« Pour mettre fin, ô vous François, en mon œuvre, la- « quelle vous semblera plus aigre en son qu'elle n'est t toutesvoies en essence, j'ai peur, si Dieu ne vous œuvre « les cœurs et vous nourrisse d'un autre avis, que la con-

< séquence ne doie estre dure, et que les fortunes et « occultes destinées incongnues ne fassent rapt et exter- « mination finale de ce royaume, par vos péchés, par vos « envies et divisions, en quoy chascun, comme pour soy, c doit le guet pour s'en parer et justifier. » Et dit notamment rapt; car, comme l'escouffle * vient fléchissant des ailes au long de la terre, et ravit le poussin et l'emporte, ains ont esté les autres rëgnations de jadis emportées et transférées d'une main à autre et venues à leur fin; et pareillement pourra avenir, et ne sçait-on quand, de cestui très-glorieux et très-chrestien royaume, qui plein de gloire anciennement et de vertus, chiet à nos yeux et se renverse

* B$cot{fie, milan, oiseau de proie.

EXïosmox

& plénitude de rices. Laquelle chose raeteur et violliiol mettre an front de* François ce qui aut et tout frescbemmiitl^ B^mt mis tout bas, pQtu* iBtir domitf Iiide dti danger où -paaêés sont, leur dit :

« Felliî jfidiâ division murtrière mena pn^ue d

* rojaame jusqu'à finale termination » mais après qn « gr&ca de Dieu len a déjettée, dont il a esté remis sus €

* rdevé assez glorieux, tantost arrière s'y eât reboal4

* dedatiâ; et Tout repria par devers eux les hauts tuai € brea d'ieeliti, à leur piteuse et très-coBfuâe attente, i Et dit Tacteur notamment dittsion muririire^ non pri que par ce il entende nulles vilaines œuvras du teai| pa^âé, maie que divisiciii, en elle-mesme et de sa iiatitï4 est murtrière cauee, et fait avenir murtreâ , hotniddei ruines de peuples, blasphèmes de Dieu, et toutes chosi inhumaines et dyaboliques, que le monde abhominer dcaj et Dieu non tolérer*

Donc arrière, plein de re^et^ Tacteur, et pour fài] mieux apparoir que les choses touchées dessus ne lui pn cèdent point tant de felle courage envers nul, comme d dévotion à la cLose publique et h ou n este, jet tant se^ yen au ciel, invoque Dieu et tout ce qui peut avoir puissanc ou administration en humaine salut, et clame envers foa tune et nature t envers toutes les puissances célestes d lassus, et toute bonne et dévote créature d'icy en ba^ priant que pitié leur puist prendre de cestes si doulorei ses et dampnables questions et chétivetés, qui aajourdTii Be nourrissent, en dure attente et perplexité de l'uni vei monde clirestien et de chascune privée personne, pi rinstruction de leunemi^qui les bons contend à faire pei dre en tribulation , et les mauvais essourdre en règne < durée pour desrigler tout Tunivers. Par quoy^ en cest<

son soixante-huitiesme article, dit enfin : que ne peut percevoir riens autre en cestes rumeurs et tribulations présentes, que fin prochaine en vieilles prophéties, et que nous sommes sur la fin du monde, sur la venue d'Ante- Cbrist, que nostre rédempteur Jésus nous a certifié de venir , et assez démonstre l'eure et le temps par les circonstances que mises y a, et qui maintenant et de pièça appèrent et ont eu continuation longue; car foy et charité fallent par l'univers siècle, amour et cordialité entre parons, nature entre enfant et père, vérité en cœur des princes, honneur et vertu entre les nobles, vergogne et honnesteté entre les prélas ; se prisent vices et desrèglemens; se quièrent vanités et ambitions, flatteries et voluptés de corps; n'est cure aux princes des choses de Dieu; ne leur est cure de la chose publique ; ne leur est soin de félicité commune, moins encore à leurs nobles, moins encore à leurs conseilliers, moins encore à leurs juges et préfets. Mais tous au privé bien entendent; Dieu oublient; honneur ne congnoissent; de pitié n accontent ; au salut ne avisent ; seulement au corps malheureux vivent et l'ennemi servent. Donc à ceste cause sourdent gens contre gens, peuples contre puissances, régions contre royaumes; et les roys et les princes de la terre, par convoitise, par affection desriglée, par ire, par envie, par gloire vaine, par affection de régner, s'entre-ruent, s'entre-mordent, s'entre-confroissent en batailles et en effusion de sang, dont ne leur est ne que de bestes mues ; car pitié n'a lieu en eux, ne crémeur de Dieu. Et par ce dit lacteur : que cestes choses considérées, ny entend autre chose, fors fin prochaine en toutes vieilles promissions. L'acteur met en son soixante-neufviesme article icy la vision de Méronnée, de laquelle ne fait guères ample réci-

êH EXPOsrnoN

tatioi], parce qu'il la remet en la mEtin des clercs et de ceux qui hystoriens sont. Et encore présentement moy tten quiers faire autre déclaration que celle de ractetir, parce que le quérir au lieu où il est escrît, pourra donner coutentacce aux afFcctans, savoir le inistère,

Sy met droit^y l'acteur son dernier couplet, qui fait le soîxante-tlixiesrae.

Cestui article ne besongne de nulle exposition autre que la lettre lui baille, excepté que Facteur donne plainement à entendre par icelui quel homme il est et de quel fons lui est mu son ouvrage, quand il requiert à Dieu pour amendement en tout cela où il fait besoin , et pou? conservation en paix et en bien, ce qui est en bon train. Donc après il recongnoit la povreté de sa passion^ qui a esté cause de son aigre esc rire, et confesse que si le fruit peut estre povre qui eu sera tiré, encore sera le délit moindre qui s'y assavourera par cause de son aigreur.

Dit toutesvoies en sa dernière ligne là où il tout clot^ pour tant mieux pardon obtenir envers les mal prenans : que tel qu'il est, il Ta fait angoisseux et plein de larmes, en son lit. Donc, comme larmes procèdent de racine de charité vraie, présuppose et entend que son œuvre doit estre prise et entendue comme faite à bonne fin, parce qu'elle procède et est fondée en bon commencement.

Dame doncques, françoise Fmagination, vecy le répa« rement que j'ai sçu faire présentement sur le mordant langage de l'acteur dont tu t'es plainte , cuidant y avoir cause plus juste à l'aventure que je n'y entends, si mes spéculations et parfondances de vérité peuvent avoir lieu et prévaloir sur mauvaises interprétations grosses et non bien attaintes en racine , comme il siet considérer plus parfont maintes fois que le sens littéral, lequel en sa pre-

mière conception souvent est tout autre à l'intention de l'acteur. Siques, dame, si mes présentes expositions te peuvent suffire et donner contentement, j'en loue Dieu et en répute mon heur bon, sinon par ce toutesvoies que je ne puis excogiter réparation plus ample, ne plus vraie, Sy convient-il que je m'en tienne à tant, et que j'en attende ton bon plaisir , comme qui ne puis désavouer l'ouvrage qui fait est, et que tu as par devers toy en nom de celui qui en est l'ouvrier.

Donc, jà-soit*ce que je redoubte assez que, non obstant mes solutions, il ne te doie demeurer toudis des soupeçons non bien apaisées, sy m'est-il espoir à l'autre lez, que tu, qui es concierge de tant de nobles et de haulx cœurs» pleins de science, pleins de vertus, pleins de bonnes mœurs, pleins de preud'bommie, pleins de grand sens et de prudence, seras trouvée aussi contentable avec eux, comme avec autres de perverse condition murmurant tousjours et doubtive.

Dame, le lieu de ton habiter, si le ciel a plénitude d'estoiles , sy a-il plénitude aussy de cœurs nobles en son clos; et n'y fallent prudences et profondités graves, ne que au firmament le soleil, sur lesquels, en tout l'estroit paral- 1er, je me fonde et confie. Et ne m'est la difficultation des cœurs volages point tant crémue, que la saine conception des prudens hommes ne me soit plus potence de repos. Donc, et si aucuns non convertissables, comme l'on en trouve beaucoup, disoient : « Que nous est-il des solu- « tionô et des vestemens que tu trouves droit-cy pour « parer un injurieux livre, dont tousjours le venin perce « la couverture î Et nous cuide entendement faire à croire « que blanc soit noir, et que ce que nous voyons noir aux « yeux et au sentement, que par fallaces et par tour-

« noier autour il puist devenir blanc? nenny voir! Donc- « qties ce que Entendement en fait, il le fait constroint, < et parce que lui-mesme perçoit que le cas est mauvais t en soy et plein de venin ; et pour tant contend-il à le a parer et vestir d'une robe de déception, pour abuser B gens; mais toutesvoies ne peut, que tou&jours la ohose « ne demeure en sa nature, telle comme elle est, et que ft Tacteur aussy ne demeure enfangié de l'ordure de son « escrit, »

A oest argument il y cliiet, dame^ response moult belle. Et prends, au nom de Facteur, le pire que telles gens pourroient supposer, et que Pacteur soit vaincu de nou avoir autre sens en son esorit que le littéral, ainsy qu'il gli. Donc, pour lui venir h secours, et que raison veut que la plus foible partie trouve main forte aucune pour la deffendre, je dis pour racteur : que encore en son sens littéral ne peut avoir tant de mespris, qu'en équité et jugement de raison saine ne se puist honnourablement parer et sauver sans encourir grief. Et ce je te prouve par exemple et par induction véritable de ce qui avient tous les jours par fait , qui est trop plus que parole. Tu vois tous les jours vassaux avec leur prince mener guerre encontre un autre plus grand , et iceux mettre main violente en un roy, ruer en lui et se joindre au corps en bataille, le vaincre et occire sous la main de son seigneur. Comme doncques main mise est le dernier exploit d'appétit vindicatif, et que nulle injure n'est si griève que percussion, n'est doncques parole aigre plus supportable que main mise, quand main exécute son ire par fait, et cœur passionné tant seulement par parole, qui ne offense que l'oye? Donc, comme vrai est que Dieu a créé les hommes de divers semblans , les a créés aussy de diverses condi-

tions, de diverses natures et influences, et leur a donné diverses propriétés différentes : les uns a fait naistre à labeurs et œuvres serviles, autres à gouvernement de villes et de cités, autres à préfectures et dignités sur le peuple, autres à marchandises et mutuations de biens , autres à servir l'église en diversités de degrés , autres à maintenir Testât de noblesse en diversités d'ordres, en bacheliers, en chevaliers , en barons et en haulx princes , roys et ducs , qui tous respondent à une vocation finale, qui est de deffendre l'église de Dieu, augmenter et targier la foy chrestienne, garder le peuple d'oppression, madntenir la chose publique et conserver en estât, rebouter force par roideur, tirannie par puissance, rébellion ]par bataille, fortifier paix, esvigorer justice, et soustenir et essourdre vertus et vie tranquille.

Gestes droit-cy sont les propriétés appartenans à Testât des nobles, et en quoy se doivent exposer selon leur vocation. Donc et comme il a ordonné une telle iérarchie de précieux hommes bateiUères, et qui ont cœurs pour hautement emprendre, perfections pour glorieusement conduire, natures non espaourées, corps pour rompre batailles, bras pour vaincre et faire chgoir hommes par milliers : ne peut-il avoir créé aussy et fait naistre aucuns qui ont natures pour loger diverses conceptions , yeux pour spéculer et entendre les choses variables de ce monde , dont les unes sont contemplatives, autres de triste inspection? Et emprès tels regars, comme choses conçues donnent ou passion ou joie, et qu'en Thommen'a membre qui ne serve et n'ait son office, n'y peut-il avoir langue qui profère ce qui est conçu, et main qui mette en escrit la vuidange de son entendre? Certes sy fait. Et sont tels gens aussy nécessaires et de semblable utilité avec les autres, à prendre

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