RÉ70B1CATI0N
Puisqu'il vous plaist, soit fait; adieu î
L'âOLISB.
Yoy le doux maintien qu'elles ont!
CONOILB.
Justitia et pax osoulaia sunt ;
Justice ou Réformation
A baisé, par dilection.
Paix, qu'dle ayme d'amour entière.
HÉBÉSIB.
Dieu mette en mal an la ma mère I Plust à Dieu qu'ils ne vissent goutte î Et où seray-je sur le coûte ^?
On ne me assigne point de lieu, Mais [il] m'en chaut bien peu, par Dieu :
Je seray bien partout logée.
l'éolibb.
Elle parle comme enragée.
CotUe, lit, siège.
COMCILB.
C'est voir : apejoHrota Semper suntjurgia mota.
La pire roue tousjours brait.
Or çà, sans faire plus de plait, .
Faisons pour moy : sommes ensemble.
PAIX
Concil, par congé il me semble Bon d'attendre s'il venra âme.
BÉFORMATION.
Vous dites très-bien, belle dame. Tel ou telle peut estre près, Qui ne pourroit si bien après Estre cy, comme défiant tous.
l'éolisb.
Je suis d'acort avecques tous.
FRANCS
Deus, i% quantis Animus persoêur amantis !
CONCILB.
Qu'est-ce que j'oy ?
H^RÉSIB.
Vo0 damantis,
FRANCB.
Hélas, c'est ime voix piteuse D'une folle désespérée,
iO LE CONCILE
Qui est huy la plus malheureuse, G'oncques fu créature née.
 , * c'est fol ou folle,
Qui ne scet que fait ne qu*un ivre,
Ne point n'arreste en une cole' :
Tout lui est un, mourir ou vivre,
Je suis, que on appelle France,
La sage femme, au temps jadis.
A .... * suis sans doubtance,
Loué soit Dieu de paradis !
Et s'amant par elle se complaint
De faulse amour qui le contraint
A dire mal de ses amours.
Qu'en peut mais, si point ne se praint
De plaindre *
De tous maux, sans avoir secours?
Je suis si fort au cœur navrée
Et en tous membres tourmentée.
Que je ne le sçay à qui dire.
Quand je cuide estre confortée
D'un lez, je me trouve cassée
De l'autre, tant que c'est tout ire.
Il a passé vingt-cinq ans.
Que depuis le pied jusqu'aux dents,
Je n'eus, ne santé, ne repos;
Et qui pourroit estre oontens?
Le plus sage y pert son propos.
Hé ! Dieu ! je ne sçay plus que faire
Pour les grandes oppressions
Qu'on me fait : plus ne m'en puis taire.
■ Lacune. Il faut peut-être lire :
A vray dire, c'est Jfbl ou folle.
3 Cote, accès de fureur, de désespoir.
* Lacune d*un mot.
* Lacune de quelques mote.
DE BASLE. il
J'ay tant d*ymaginations,
D^estranges cogitations,
Doux Jésus, mon frère et mon père!
Que si mes grans afiUctions
Ne cessent, je me désespère ,
Combien, quant je viens à raison,
J'en suis cause par mon malice;
Car j'ay mis hors de ma maison.
Par mon orgueil, Paix et Justice.
Très-doux Dieu ! soyez-moy propice,
Sique ma tribulation
Puisse porter : c'est votre office
De donner consolation.
Dieu, pour l'amour de vous, j'endure
Ceste grant peine, en espérance
Que ce temps g^ères ne me dure.
Sy, par toy, je pry, com s'avance.
De moy aidier : le cœur me lance *
Puis çà, puis là, par desconfort.
Je ne sçay plus ma contenance;
Car plus vay, plus m'agrave fort.
Hé! bon chevalier Francion^
Fils de Hector, de la nation
De Troye, quant me mis nom France,
Ce n'estoit pas t'entention
Que venisse à subjection.
Comme on voit, n'a telle meschance.
Chascun m'abandonne à oultrance.
Je porte sur moy ma chevance
Par la bonne provision
Des miens où dusse avoir fiance :
D'eux et moy, par leur gouvernance.
Se moque toute région.
Quand je pense à ma grant noblesse,
Me tance?
ii LE œNCILE
A mes honneurs, à ma richesse, Et il Testât où suis Tenue, Le cœur me fault tout de détresse ; Ma joye se tourne en tristesse :
Plus povre n'a dessoubs la nue.
Hélas! que suis-je deyenue?
Je suis tant vile et mal vestue Que je ne sçay à qui m'adresse.
Je ne suis plus de nul cognue Par les miens : chacun me desnue ; Dieu leur doint recouvrer sagesse!
Hé! Dieu que pourray-je plus dire?
Plus pense à mon fait, plus ay d*ire.
Que ne me viens-tu quérir, mort?
Plus ne puis souffrir ce martire.
J'avoie envoyé à Tempire, A fiasle, pour avoir confort De conseil, mais tout semble mort.
Nul ne veille pour moy, tout dort.
C'est mon mieulx d'y aller de tire; Car, si là puis venir à port.
Je croy que n'y aura si fort Franc cœur qui pour moy ne soupire.
Sy eussé-je, à briève langage,
Ce voyage Voulentiers certainement Évité, mais nul message
Fol, ne sage Ne m'en vient aucunement.
Que font-ils si longuement,
Si humblement Ne procèdent d'un courage?
Durer ne puis longuement,
Vrayement.
Je yrai par quelque passage ;
DE BASLË. 45
Là devray trouver TÉglise
Haulte assise, Le Concile, Paix et Justice; Mais paour d'estre reprise
Quant m'avise.
Deux, quatre, car comme nice Vais seule, et tout pour mon vice,
Le service Que j'ay, chascun me desprise :
Mal eus onques bénéfice,
Ne office.
J*en vois, et dusse estre prise!
Adieu, clercs, nobles, bourgeois :
Je m'en vois A Basle pour vos mesfaits.
Vous estes monstres aux dois,
Tous François, Que n'avez Justice et Paix.
' Tels joyaux n'aurez jamais :
Je m'en tais.
Je les querray, saufs tous droits ; Peinez-y, comme je fais ;
Et mon fais Allégera de grant pois.
Priez Dieu à haulte voix.
Mes enfans, pour votre mère.
Si je faulx à ceste fois.
Je mourray de mort [très] amère.
HÉBéSIB.
C'est bien raconter sa misère.
Pour une fois, avez oy La voix, sire Concile?
Ouy;
14 ' LE œNClLE
C'est grant pitié, par bonne foy.
l'éqlisb.
Nous deux pouvons bien, elle et moy , Ensemble, car elle se plaint Encor plus fort.
BliFOBHATION.
Point ne se faint :
Sans faulte, c'est piteuse chose.
PAIX
Quoy que ce soit, je croy que n'ose Venir yci et se hontoye.
l'églisb.
Je croy qu'il est bon qu'on envoyé Au devant, pour savoir que c'est.
CONOILB.
Je le vueil bien, je suis tout prest D'y envoier : allez-y. Paix Et [aussy] Réformation.
BÉFOBHATION.
Nous ne voulons désobéir.
FBANCB.
Hélas! je me doy bien haïr.
Car je ne sçay que je feray.
Ne à qui je m'adresseray.
Dieu, ayde-moi, qui tout cognois !
PAIX
Dame, qui tant piteuse voix Avez, cessez votre manière.
DE BÂSLE. i5
FBANOB.
Dame ! mais votre chamberlère M'appeliez. Dame! ce m'est blasme.
Je vous recognois bien par m'àme, Mais vous ne me recognoissez.
RÉFOBBfATION.
Soustenons-la fort : elle pasme.
FBANOB.
Je vous recognois bien par m'àme, Mais vous ne me recognoissez.
PAIX
Pour Dieu, point ne la rabaissez.
J&-soit-ce qu'elle soit mal vestue, Semble-elle de bon lieu venue, Au visage, fait pas, ma sœur?
FBANCB.
Hélas ! vous me rompez le cœur.
BéFOBMATION.
Haa! prenez consolation.
FBANCB.
Haal Paix, haa! Béformation Que je vueil appeller Justice, Autresfois, m'avez fait service ; Mais puis que de vous ne tins compte, Je n'eus bien et vis à grant honte :
Je me rens coupable à genoux.
PAIX
Haa ! mère France, levez-vous :
Vous ne devez pas ainsi faire.
iC . LE œNCILE