RÉFORMATION
Estes France la débonnaire?
Je croy que ouyl ; ha ! France, France !
FBAKCB.
Je vous pri que j'aie audience
Par votre moyen au concil :
J*ai esté et suis en exil,
Tant que ne sçay plus que je fasse;
Mais, si je puis avoir espace
De parler tout en général,
J*ai espérance que mon mal
Allégera, et pour ce suis
Cy venue, car plus ne puis
Celer mes maux ; ils sont trop clers.
PAIX
Vous y trouverez de bons clercs Et meslnes de votre pays.
RéFOBMATION.
D*uDe chose trop m'esbays :
Que ceux qui veulent dominer Sur vous, ne scevent terminer Vos maux, et non à vous attraire.
FRANCE
C'est pour néant, il s'en faut taire.
Chascun fait à sa voulenté, Sique ne puis avoir santé :
Pour Dieu, menez-moy au Concil.
PAIX
Voulentiers, aussi nous a-il Envoyés pour vous y mener.
CommaDdez, nous voulons pener A vous complaire, sur nos vies, Combien que nous ayez bannies; Mais je croy que n'en pouvez mais.
BéFORMATION.
Ha! ma sœur, n*en parlez jamais.
Elle en a assez à souffrir.
Présenter la faut et offrir Au saint Coneil et & TÉglise.
Saint Coneil, nous avons tant quise La voix, que nous Tavons trouvée.
C'est France, jadis bien nommée.
Qui tant est serve, et en vil point.
CX)NCILB.
France, je ne la cognois point; France n'a point si laid maintien. •
HBBliSIB.
Pourquoy non? je les en croy bien ; Elle a si bien fait parler d'elle Comme moy qu'il est grant nouvelle Par tout le monde de nous deux.
Elle est en ce point, ce m'aist Dieux !
Comme on voit, par les tiens vassaux Qui pour moy ont fait maints assaux, Aux Boesmes et Pragiens Que j'ay tenu en mes liens :
C'est guerre, famine et la mort.
FRANCS
Hélas ! vecy petit confort
Pour moy mettre le cœur asseur.
HiftRÉSIB.
On m'a cuidé faira grant peur Pour dire, que si France eust paix, Je ne régneroie jamais.
Dieu mercy, encor n'ay-je garde D'elle, car quant bien la regarde, Je ne la craing, ne ne la doubte, Tant que soit ainsi. Somme toute, Ainsi la veuille Dieu tenir !
L'iOLISB.
On ne scet qui peut advenir :
Tu parles bien trop. Hérésie.
PAIX
Ne vous chault de riens qu'elle dye; Vos bons amis vous aideront.
FBAMCB.
Hélas I Faix, m'amie, feront?
COMOILB.
Bien soyez-vous venue, France.
Puisque c'estes vous, prenez place.
FBANCB.
Église, à vous soit révérence I
L^éGLISB.
Bien soyez-vous venue, France.
BÉFOHMATION.
Elle vient à obéissance, A secours.
PAJX.
Prenez-la en gTkoe.
Bien soyez-vous venue, France.
HÉBâSIB.
Puisque c'estes vous, prenez place.
FRANCS
Puisque l'Église voy en face.
Je prens en gré ce que j'endure.
Elle est douce de sa nature Et pleine de miséricorde, Sique pécheur qui se raccorde A elle, ne périra point.
Chascun re^it. Je ne plains point Riens qu'elle ait eu de moy jadis ; Car grâce à Dieu de Paradis Il me semble qu'elle l'emploie Très-bien, supposé que j'en oye Et ay ouy plaindre pluseurs De mes subjets. Oncques couleurs Ne rendirent chose tant belle.
Ce semble une douce pucelle; A son vis, c'est toute plaisance.
l'^olisb.
Vous vous décevez, fille France, Et savez mal ma maladie.
Pour ce faut que je la vous die :
Vray est que pardevant suis belle.
Mais par derrière, je chancelle; Regardez : j'ay jà dit pourquoy.
20 LE œNClLE
FBANOB.
Pour Dieu, Dame, pardonnez-moy; Certes, je n'en savoie riens.
L'éeusB.
Vray est que j'ay eu de vos biens. Dont bien me souvient; car TÉglise Pluseurs fois avez sus remise.
Sans les autres qui sont sans somme, On les scet assez bien à Bomme , Hais tout s'en va comme il vient; J'ay grand deuil quant il m'en souvient Comment j'ai esté gouvernée ; J'aimasse mieux n'estre oncques née, Si brief remède n'y est mis.
CONCILB.
Vous avez cy de bons amis.
Créez» chascun labourera Si bien que vous amendera.
Si Dieu plaist, ains que je départe.
PAIX
Ha! ce seroit trop grosse perte.
Si je ne suis remise sus ; Tout le monde seroit déçus D'estre venu y ci en vain.
BâFOBMATION.
Je y ay mis et mettray la main.
C'est raison ; car en bonne foy.
Vous ne pouvez régner sans moy ; Pour tant en vueil-je prendre soin.
DE BASLS. SI
FRANCB.
Hélas ! il en est bien besoin :
Certes, vous avez tout attaint.
HÉBÉSIB.
Gomme chascune se complaint !
Je ne vy oncques celle galle.
Mal seroie venue à Basle, S*il advient ainsy com pourpense.
Or faites, faites, car je pense Que partie en demourra.
Je brairay si hault com morra*.
Je ne vueil riens dire en secret :
Il n*y aura par Dieu décret Contre moy, qui suis Hérésie, Ne contre ma sœur Symonie, Ne contre les concubinaires, N'autres, ce croy, qui durent guères S*ils ne sont à chaulz et à sablon.
Né cuidez pas que nous fablon :
Fols et folles dient paroles Souvent qui ne sont pas frivoles.
Je vous en dy ma râtelée *, Et ne puis-je qu*estre brCdée :
On en verra Texpérience.
L*âQLISE.
Concil, si par votre science, Moyennant Reformations
* Je ne comprends pas œ vers. Y a-t-it ici une allusion an chant bruyant des Morabites, dont le nom serait exprimé par abréviation? Faut-il lire : &an morra pour qu'on mourra?
* Ma râtelée, ce que j'ai réuni avec mon rftteau, ce que je sais.
Ne m*e8t faite provisiou
Telle que Paix soit sus remise,
Il n'est plus riens de moy Église.
La douleur que j'ay, trop m'altère,
Quant je regarde et considère
J*ay de mal tant en tous estats :
Quoniam a planta pedis usqne ad 9erHێm
Non est in me saniUu ' .
Je sens partout le corps malade ;
Sans riens excepter, je suie fade;
Mon corps est partout diffamé
Perfilios quos enutHù et exaltani :
Ipsi autem spreverunt me *.
Chascun, soit clerc ou séculier,
Tend & son prouffit singulier.
Plus n'ay enfans qui tiennent compte
De moy, par quoy je vis à honte.
Je perds, entre les autres choses.
De pièca, deux trop belles roses.
C'est assavoir fioesme et Franoe,
Dont trop ma doubie, car sans doabtanc&
Bien reparoient mon chapeau.
Perds-je pas aiissi de nouveau
Partout mon principal demaine?
Quant je y pense, je me demaine
Tellement que j'en perds mon sens;
Et tout ce vient par mes enfans
Qui ont bannie charité.
Justice, paix et équité,
Et se sont du tout empeschés
En tous vices, en tous péchés.
En moy laissant & la volée
Cf. Deuteronom. xxviu, 35.
InOe. I, S.
Comme yesve desoonfortée,
Dont fort me dueil, n'en doubtez mie.
Bien pour moy disoit Jérémie :
FocUl est quasi vidua, domina gentium :
Priîiceps praninciarum faeta est sub tributo';
Celle qui estoit la princesse
Sur tous christiens et maistresse,
Est devenue tributaire.
FBANCB.
Moy aussi, ne me puis plus taire Que, comme l'Église, ne die A vous, Concil, ma maladie; Car je souffre en espécial Ce qu'elle dit en général, Tant qu'à moy peut toucher et touche.
Nul ne sauroit dire de bouche Les m^ux que j'endure à grans cas Soubs elle, par mes trois estas*.
Par eux, je n'sfy jour de repos, De heure en heure mue propos Et souffre du pied jusqu'au chief.
Tant et tant, que c'est tout meschief.
Toutefois, je les nourrissoie Es temps passés et eslevoie, Tant que chascun estoit contons.
Or sont-ils tous en tels contemps.
Par leur orgueil, par leur envie, Qu'ils m'en feront perdre la vie.
Ce que je dy, c'est à ma honte, Ne plus ne tiennent de moy conte.
* Lament. Jerem, I, i.
* Une assemblée des trois États da royaume de France, tenue à Paris, ratifia le 6 janvier 1420 (v/st.) lo traité de Troyes.
Car j'estoie bien renommée Partout en chascune contrée, Sique chascun venoit apprendre De moy. On ne pourroit comprendre Que c'estoit, quant je m'en r^nembre :
•festoie soubs TÉglise membre Qui les corps moult embellissoie ; Mais on m'a bien mis jus ma joie.
Car il mo convient mendier.
HéBÉSIB.
N'y a-on sceu remédier?
FRANCE
Sy eust bien, mais on n a voulu.
HâB^SIB.
M'aist Dieux ! oi^eil vous a tollu Votre honneur, comme a fait la gueule A Prague. Vous n'estes pas seule :
A elle et vous, ce les enporte.
FBANCB.
Cecy guères ne me conforte.
Dieu amende les Pragiens!
JFrance et Prague, entre christiens, Estoient jadis comme l'œil*; Mais par leur gresse et leur orgueil Ils ont fait de leurs vertus vices, Sique [ont] par leurs soubtils malices Aucuns d'elles moult hault levée,
» Voyez t. III, p. 872.
DE BÂSLE. 25
Non pas des miens. «Tay renommée De tous temps estre catholique ; N*oneques ne nourris hérétique.
Ne jà ne feray : sy m'ait Dieux !
HÉBâSIB.
Et de combien valez-vous mieux?
Jà-soit-ce que ne soyez pas
Venue jusques & mes las,
Sy avez-vous de la semence
Dont je viens, qui voit Tordonnancé
Des filles d'orgueil que descript
Saint Grégoire, en un sien escript,
Aussi, qui voit ai GhUathas
Saint Pol, au quint ^ : il met grant tas
Des faits crueux où on en peut
Trouver, et autre part qui veut;
Mais pour brief cy fais mémoire
Des filles que met saint Grégoire,
Qui, pers* qu'à moy, vous ont servie
Par très-long temps de votre vie.
Je les nomme inobédience.
Noise ou contention, vantance,
Pertinaxité et discorde ;
Mais devant ce, bien me recorde,
En ordre va ypocrisie.
Et puis moy, qui suis Hérésie
Mets à la queue en la fin ;
Car en moy gist le fort venin :
FOia, inquity inanis gloria sua
SuperUa, sunt inobedientia,
ConUntio, jactantia, ypocrisis.
* Au quint, au cinquième chapitre.
* Pers (pariter) semblablement, aussi bien qu'à moi.
LE GONOLË
Pertinaeia, ditoordia^ novUaùum
Prasumptio.
Or me dites : que signifie
De nouveautés présumption,
Autre chose, fors hérésie,
Selon sa définition?
Quia novitaium prasumptio est,
Cwn quiê nova vel dicit vel
Invenit ut laudetur.
Puis donc que vous estes fournie
De racines dont me vient vie
Et dont je descens par lignage,
Il me semble, qu'à brief langage.
Entre Boesmes et FraDçois»
Moy ostée, n'a pas chois.
Je dy : quant au gouvernement ;
On le voit assez clèrement.
Et c'est ce que dire vouloie.
FRANCE
Ne me sçais-tu faire autre joie?
Ce que les autres ont meffait.
Ne m'alége guôres mon fait ; J'ai failly, je n'en doubte mie.
En ces dits, au moins en partie. Mais les Bougres se sont soubsmis A toy , et hors de la foy mis ; De tant se doivent plus haïr.
Quant à moy, je vueil obéir, Et ay tousjours, à Sainte-Église.
Qui eust pris garde aux dits Moyse, Qui sont en son livre, c'en nomme En vulgal : Deutéronome
DE BâSLE. S7
Au vingt-huitiesme chappitre ' ,
Point ne chussions à si bas titre.
Bien sçay que par oultrecuidance
Et faute d'obéissance
A Dieu et ses commandemens,
Avons-nous tant dénombrement,
Et tant de grans d'afflictions :
Toutes les malédictions
Qu'à eux et moy sont advenues,
Et encor sont plus contenues
Où j'ay dit, qui y veult garder
Les dix commandemens de Dieu.
Quant à moy, je suis eu tout lieu
Maudite, aux champs et à la ville.
Il n'est créature plus vile
Que je suis, mais c'est de grant pièce.
On m'a destruite pièce à pièce,
Sique ne me puis soustenir.
On n'ose aller, ne venir
Par tout mon pays à la ronde ;
Toute iniquité cy abonde.
Je ne sçay lequel me fait pis :
Ils sont tous tant faulx et despis,
Que je ne le sçay à qui dire.
Ils n'ont pitié de mon martire.
Ne qu'ils auroient de pourceaux.
Ils s'entretuent & monceaux.
Sans pitié, sans compassion;
Si Dieu n'en a rémission.
Ils y perdent et corps et àme.
A brief parler, j'en suis inf&me.
On ne sauroit compter en brief
' C'est dans le vingt-huitiôme cliapitre du Deutéronome quo MoTse annonce les malheurs qui frapperont les transgresseurs de la loi divine.
28 LE œNClLE
Ce qu^ils font, les maux et le grief; Tout est perdus, empersonné * , Destroussé, pendu, rançonné , Ou au mieux venu à pastis ' ; Et qui n*est de partir hastis, Dieu scet quel meschief on Fy fait.
Jusque au bouter le feu de fait.
Plus n*y faut quérir labourage De tout; ny a pas un village:
Tout est le pats régalle ' ; Ne n'y a chante*, ne balle.
Ne croi, ne calice en Téglise, Où on devroit avoir francise.
Encor pis, femme, enfant ou prestre, N*est espargné où que puist estre ; Les églises sont violées Et les filles dépucelées ; Brief , tout est plein de mauvestié ; Plus n y a douceur, ne pitié, Ne foy aussi, ne loy gardée.
Ainsi suis partout gouvernée :
Ils ne cuident jamais mourir; Je ne sçay plus où recourir.
Dieu ait Tàme des trespassés !
Il a plus de trente ans passés, C*on me commença ceste dance; Mais, or peut-on dire : c Adieu, France, * « Le doux pays, la bonne terre!
i Tu fineras tes jours en guerre < Non obstant quelconque famine
* Bmpersonné, pour emprisonné,
' Venu à pastis, mis à contribution.
* Tout est le pats (ou pas€\ régalle, tout est dévoré par la régale?
« Omnte, chanterai? livre d'église? peutr^tre. CkauU, biUe. Ni biUe, ni balle serait en ce cas une locution proverbiale.
€ Qu'auras par vengeance divine ;
Car cruelle mortalité ,
Sy n'ay-je ville, ne cité
Qui nagaires ne Tait eu grande ;
Toutesfois nul ne s'en amende,
Ne ne corrige ses excès.
Vous avez fait bien long procès ;
Sy n'avez vous riens icy dit^
Que eux n'aient sans contredit
Et pis d'assez, je vous affye,
Car ils m'ont par long temps nourrie
Et feront encor, si je puis.
Si Dieu plaist, toutesfois je suis
Bien contente, car, comme il me semble,
En maints points convenez ensemble.
Cest grant bien d'avoir compaignie :
Vous serez, quant Boesme guérie.
Qui pour moy a cy audience.
FRANCE
Concil, ayez pitié de France :
En cest estât ne puis plus vivre.
BÉFOBMATION.
C'est grant fait d'oyr sa meschance.
PAIX
Concil, ayez pitié de France.
hiSbésib.
Aura-elle si tost délivrance De ses maux?
Tay-toy, rote* et yvre.
L*âQLI8B.
Concil, ayez pitié de France.
En cest estât ne puis plus vivre ; Vous avez ouy à délivre La grant douleur et le meschief Que j'endure et ay tant en chief Et en membres : je péris toute; Qui ne le voit, il ne voit goûte.
Pour Dieu, ayez de moy mercy.
CONCILB.
Et pour ce suis-je venu cy.
C'est toute mon entention
Qu'ayez par réformation
Paix avec vous en général
Et aussi en espécial;
A mon pouvoir, n'en doubte nuls.
En vain seroie cy venus
A ceste fin, par monts et vaux.
Sont cy arrivé cardinaux,
Patriarches et arcevesques.
Aussi multitude d'évesques,
Abbés, prélats et clercs sans nombre.
FRANCB.
Je vous requiers ô sans descombre Afin que m'en puisse sentir.
BÉFORMATION.
Vous diray-je voir sans mentir?
Certes vous n'aurez jà remède ,
> BoU (du flamand : rot), pourrie^ gâtée.
DE BâSLE. 51
Au moins en tout, s'on ne procède De bon vouloir en charité, Sans vouloir par subtilité Quérir cinq pieds en un mouton.
PAIX
Je vous prie, ne nous bouton En matière qui nous délaye.
Je croy et tiens pour chose vraye :
Chascun est bon ou il périt ; C'est le fait du Saint-Esperit :
Autrement dire, c'est errer.
BéFOBMATION.
Si chascun se laisse ferrer, Tout ira bien, je le conclus.
Toutesvoies, je ne puis plus Moy taire contre vous, ma soeur ; Il semble qu'ayez jà le cœur, Sans coup frapper, du tout failly :
Bien défendu, bien assailly, Laissez-moy faire mon devoir.
Chascun peut bien appercevoir Que nulle part ne régnerez Sans moy; j'ai cy grant intérestz.
Pour ce ne me faut-il plus faindre.
J'ay ouy l'Église à plaindre Devant nous tous piteusement.
Et France aussi semblablement.
De quoy Hérésie se moque.
Qui de riens ses mots ne révoque.
Mais tout quique a, pent à soy hache :
Sy vueil-je bien que chascun sache.
Ce qu'elles ont, c'est par leur vice
3â LE CONGLE
Et par le mien, car mon office «Tay exercé mauvaisement.
Je le vous dy publiquement ; Je m*en confesse, il m'en desplaist.
Le saint Concil, s*il lui plaist, M*en absoldra, il a puissance ; Dieu m'a donné recognoissance De mon mesfait, je Ten mercie.
Faites tous ainsi, je vous prie.
Car nul n'y a qui n'ait mespris Envers Dieu, dont sera repris S'il ne s'amende ainçois qu'il meure.
Mourir convient quelque demeure.
Nous véons les plus grands mourir ; Pour tant vueillons tous recourir A celle très-sainte leçon :
Medice, cura te ipsum.
Toy qui veux autrui corriger, Yueillez avant tes faits juger :
Ce doit tout catholique faire, Et s'aucuns dient le contraire.
Je vous promets ipropierea Emginabo gladium meum Et interjidet eos manus mea * .
Pour ce c'en a dissimulé Au temps passé et reculé.
Et encores c'en dissimule Au temps présent et c'en recule, • En tous estats, moy la première, Est l'Église, en telle manière Déserte, comme elle raconte.
Je ne sçay comment on n'a honte :
Chascun doit avoir conscience.
Mais tous appliquent leur science
« Exod. XV, 9.
A vouloir autrui surmonter.
Quoy gagne de si haut monter ,
Puisqu'à la fin faut tout laisser?
11 convient chascun abaisser
Envers Dieu par humilité.
Par bonne amour, par charité,
Qui voudra que sa voix proffite :
Au saint Concil, je m'en acquite. v
Ainsi les appostres faisoient,
Ce scèvent ceux qui leur fait voient :
Erat eis cor unum et anima una ' .
Je promets qu'à Basle n a
Qui sache si jamais verra
Le temps que Concile sera,
Si Dieu ne lui a fait savoir.
Pour ce fasse chascun devoir,
S'il peut, de remède quérir
Pour l'Église, c'en voit périr ;
Et se elle eust esté assemblée
Plus souvent depuis qu'elle est née.
Par bonne réformation
Et sans dissimulation,
Je croy que tout fust chrestien.
Que nous dit le bon ancien
David : Quibus est forma morum,
In omnem terram exivit sonus eorum >
Les appostres partout preschèrent
Quant la foy ceux commentièrent* :
A quoy tient donc, que tout n'est un.
Fors que, les temps passés, chascun
N'a pas du tout fait son devoir.
Pour quoy dy, com peux percevoir,
» Cf. Act. Apost IV, 32.
» Cf. Psalm. XVIII, 5 et Epist. B. Pauli ad Rom. X, 18.
* Commentièrent, commentèrent.