‹ Œuvres de Georges ChastellainChapitre 11 sur 88 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Comment le duc aUa en Hollande pour le fait de sa croisade et aussy pour cause de Téveschié d'Utrecht.

Or, retourne à faire mon conte du duc de Bourgongne, lequel s'en estoit allé maintenant en son pays de Hollande envers la Toussains pour soy monstrer droit-là à son peuple qui, passé a dix ans par avant, ne l'avoit vu, et l'avoiton prononcié mort en son voiage d'Allemagne, et y estoit tellement ahurté ledit peuple qu'à nul, tantfust grand, ne voulut onques donner crédence du rapport de sa vie. Sy estoit nécessité audit duc de s'y aller monstrer pour cause des périls et des parties qui droit-là se maintiennent, dont la conséquence eust pu estre mauvaise en fin par continuer les langages de sa mort. Et de fait y alla et se monstra aux parlans, lesquels tous confus se trouvèrent en leur folle légère créance par le contraire de leur cuidier. Sy disoit-t-on alors qu'en la propre première nuitée que vint à La Haye, sa maison souveraine du pays, environ onze heures de la nuit que moult faisoit brun temps, et n'y avoit lune, ne estoile qui apparussent , vint traverser un grant merveilleux feu, par dessus sa chambre, si merveilleusement cler que tous voians s'en espoentoient, et sourdant de devers midy, s'ala férir vers nord en la parfonde mer où il s'uttermina, dont, parce que la nuit estoit toute obscure et que nulles chaleurs terrestres n'avoient cours

TOI. in. ^

alors, car estoit la veille de la Toussains, plusieurs Tinterprétërent à prodige et à aucun grant signifîement sur sa personne.

Or est vray qu'avecques ce que nécessité estoit d*estre venu droit-là pour contenter son peuple par corporelle vue, sy avoit-il deux autres causes grandes aussi qui à ce faire le constraignoient, dont l'une estoit pour faire sa demande au pays pour le fait de son voiage, comme il avoit fait en Flandres et en Bourgongne, et l'autre sy estoit pour cause d'un noble homme du pays, chief des Houx', promu en l'église, et tendant à estre évesque d'Utrecht, lequel estoit en apparence de soy esleveretenfièrir dangereusement à l'encontre du duc, ou au moins d'avoir une grant part de ses volentés au dit paya sous l'ombre de l'évescié, s'il y parvenoit, avecques l'assistmice des Houx, dont son frère et luy estoient chiefs, par lesquels il eust déprimé l'autre partie et mis le pays en guerre et en trouble mal réparable. Et partant le duc voiant cecy , et bien informé du cas et désirant à sauver et maintenir en estât ce qu'estoit venu maintenant en branle de perdition, sagement se trouva conseillié d'y aller et de monstrer visage mesme à ceux qui pouvoient avoir cœur faint» car en longuement attendre il y chéoit péril, comme le seigneur de Lannoy , gouverneur de Hollande pour lors, homme agu et de soubtil engin cler voiant, avoit donné à cognoistre à son maistre le duc, comme celuy du monde qui mieux le savoit, et qui plus cognoissoit en parfont le proposement de cestes gens et de ce qui en ensievroit, qui n'y mettroit remède.

Quant donques le duc pour les causes droit-cy alléguées

> Hoeks, parti oppogé aux Kabeljaums. Yopez tome I<', p. 210.

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estoit descendu à La Haye et là soy monstre à son peuple, manda prestement à venir devers luy les trois estats pour tenir convention avec eux en ses affaires . Sy y vinrent au jour ordonné les prélas du pays, samblablement les barons et nobles d*Hollande et Zeelande, avecques les bonnes villes en députation notable. Et le duc, soy veuillant abrégier en ses affaires, et assis en dais richement paré, leur fit dire et remonter droit-là par la bouche d'un maistre Loys du Chesne la cause de leur mand, et pour quoy droit-là les avoit fait convenir. La relation dudit maistre Loys fut ceste-icy ou telle en substance :

€ Messeigneurs, mon très-redoubté seigneur, monsei- « gneur le duc présent, vostre prince et naturel seigneur, € vous salue trètous et vous mercie de votre présent con- € venir droit-cy à son mander. Messeigneurs, mon très- « redoubté seigneur, monseigneur le duc est venu en cestui € son pays de Hollande, ainsi me faît-il dire, pour visiter € vous, messieurs, et son peuple, et a esté et est bien des- € plaisant que si longuement lui a falu estre absent de « vous autres, s'il Teust pu amender; mais, comme vous « et tout le monde avez cognu et poez percevoir, il a eu € tant de haulx et de pesans affaires en ses autres pays « et seigneuries, que bonnement ne l'a pu amender, ne y « mettre remède si tost comme il eust bien voulu. Sy « vous supplie mon très-redoubté seigneur présent, que « vousrenveuillieztenirpourexcusé, car n'a point tenu par € faute de bonne amour envers vous et de bonne affection. € Toutevoies, non obstant sa longue absence et demeure, € il a entendu et scet bien que vous, en faveur et révérence « de sa hautesse et de sa noble personne, vous vous estes < tousjours tenus et maintenus paisibles et obéissans sous € le gouvernement de ses officiers, lesquels il vous a bail-

« liés, dont il vous mercie tant qu'il peut et vous en scet « grant gré, vous priant que tousjours veuilliez continuer « ainsi, et vous entretenir comme avezjait jusquesicy, et « il vous veut et promet à estre bon, bénigne et favorable < prince et seigneur , et comme de tous temps il a eu « [bonne] volenté envers vous , et encore veut avoir tous- « jours et aura, et pour ouvrir la matère principale pour ' « quoy, mon très-redoubté seigneur, présentement a fait « convenir droit-cy vous, messieurs des trois estats de « cestui pays, il est vray que passé a longtemps jnontrte- € redoubté seigneur présent a esté pressé, adverti et re- € quis à pluseurs fois et par pluseurs lettres de notre « Saint-Père le pape et de l'Empereur , comment un « Sarazin grant prince qui se nomme le grant Turcq, de- « puis quatre-vingt ans en çà, luy et son père, ont occupé « et envaby toute la plus grant part de la Grèce, et en € affoiblissement difpeuple de Dieu et de sa sainte Église, « l'ont toute asservie et submise à leur loy ou au moins « à tribut, qui est chose désolable et de grant ruyne, et « bien digne pour y avoir mis remède, passé longs ans, « qui eust pu , pour cause des conséquences qui touchent € h toute la cristienté, souverainement aux princes cris- € tiens qui sont et doivent estre les deffendeurs de « l'Église et champions contre les infidèles. Or, est ainsi « advenu que puis le temps de trois ou quatre ans en çà, « comme poez bien avoir oy dire , un cruel ennemy de « Dieu tout endurcy en mal, qui se fait nommer comme « son père le grant Turcq, novellement s'est essours, et « ycelui par orgueil en quoy il bouUone et par convoitise « à gloire terrienne, volontairement s'eslève à l'encontre de « la Divine Majesté comme fit Lucifer, et présume d'en- « vahyr toute la terre et l'empire d'icelle et de la mettre

« par puissance et effort de batailles sous sa domination, a disant ycelui affaire estre beaucoup plus possible et « plus faisable à luy qu'onques n'avoit esté à Alixandre, « entendu que de gens et de terres et de seigneuries « et d'avoir et de force il estoit trop plus puissant que « ledit Alixandre quant il emprist à régner, de laquelle « présumption pour en monstrer commencement de fait, « il s'est pris et voulu prendre, comme direct ennemi de « Dieu, à la plus forte et la plus redoutable cité des « autres, clef et bastille de la cristienté vers Orient, la « sainte cité de Constantinoble, et de fait par armes, par « siège, par assaulx et par diverses manières de molestes, « finablement Ta prise, conquise et subjuguée, et mettant « tout à ruyne et à subversion, les haulx glorieux palaix, « maintes dévotes églises et somptueux édifices , Tempe- € reur d'icelle très-noble cité moult vertueux et renommé « prince fit prendre et décoller devant ses pies, avecques a innombrables crudelités faites au peuple et èsquelles il « se délitoit et glorifioit, sans encore les dérisions et blas- « pbèmes autres conmiises es saint» lieux et reliquaires « droit-là trouvés , et desquels il fait à esmerveiller com- « ment Dieu l'a voulu permettre faire ainsi, car onques « pareil cas n'a esté vu, ne si grant playe en la cristienne « église comme ceste, laquelle chose advenue ainsi, il est « vray que mon très-redoubté seigneur présent, estant « en sa ville de Lille, et encore tout frescement saillant tt de sa très-annuyeuse et très-doloureuse guerre, et la- « quelle il lui a convenu mener constraint contre ses « subgectsles Gantois, l'empereurrégnant aujourd'hui Fré- •t rie le Tiers envoia unes letti-es audit mon très-redouté « seigneur par lesquelles il lui signifioit et prioit que pour « entendre au remède et à la résistence de cestui cruel

« infernal tyran, comme prince un des principaux de

< l'empire, il voulsist venir jusques en la ville de Bainse-

< bourg où il mesme seroit en personne, car antreffois, « ce lui mandoit, il s'estoit offert de passer jusques à Asie « pour cestui mesme affaire, lesquelles lettres vues et « examinées, mon très-redouté seigneur présent, mettant

< tous ses propres et grans affaires darrière le dos et dési- <« rant tant seulement faire service à Dieu, s'est transporté « et emblé celéement d'entre ses serviteurs et subgès, et « mettant sa très-noble personne en mille dangiers, s'est ^ mis à petit nombre de gens et à grant peine et traveil

< en ses haulx jours en ce voiage d'Allemagne pour soy

< trouver à la journée de l'empereur, lequel, non obstant « que, pour aucuns certains empescemens, mesme ne s'y t est pu trouver, sinon par notable ambassade, ledit « mon très-redouté seigneur présent et en face des * princes de l'empire, de l'ambassade de nostre Saint- « Père et d'autres rois et princes cristiens, s'est offert et « déclaré de volentiers et libéralement entendre à la ré- «t sistence de ce cryel tyran et d'y comparoir et estre « mesme en personne aveuc tout ce que pourra fîner de « pouvoir et d'effort, voire si trouver pouvoit prince autre « de l'empire qui ce mesme voulsist emprendre et à qui il « se pust joindre en espoir d'aucun noble et haut exploit « salutaire. Et tellement s'y est obligé et offert mon très- « redouté seigneur, non par vaine gloire, ne présump- Œ tion de soy-mesme, que jamais il ne s'en veut retraîre, « ne révoquier et qu'il ne poursieve son saint vœu et pro- « messe, s'il ne veut estre recréan et déshonoré, dont « mille fois mourir lui seroit moins dur, car n'est riens « après son &me dont il fasse dangier que de son bon- « neur. Mais siet bien de vous réduire à mémoire, mes-

seigneurs, que autreffois par cy-devant sous l'empire d'Alexius, un sien prédécesseur, d'immortelle mémoire, le conte Bauduin de Flandres, par sa vertu et haut emprendre, conquist en cas samblable ceste noble cité de Constantinoble sur les mescréans et la mist en main là où elle est demorée de hoirenhoir jusqu'à jourdui, paisible cristienne. Sy en doit mon très-redouté seigneur présent avoir le cœur plus mu et affecté envers elle pour cause d'icelui son prédicesseur si glorieux prince , et de qui l'injure aujourduiredonde comme en sa personne, et est vray aussi que, posé encores que ceste doloureuse nouvelle de la perte de ceste noble cité ne fust encores venue et que du cas ne fust riens, et mesmes quant cestui cruel tyran de nouvel essours ne se seroit encore eslevé, ainsi qu'il est, en orgueil, sy avoit encore mon trèsredouté seigneur, sous la grâce et permission de Dieu, délibéré et conclu le plus tost qu*il eust esté possible, de faire un voiage avec le signe de la croix sur les ennemis des cristiens, par cognoissance des haulx biens, seigneuries et dominations que reçues a du don et de la grâce de son Créateur, et pour soy exposer en l'appartenir et devoir de sa vocation. Donc, pour cemonstrer par effet, jà passé a longs ans et par diverses fois, il a envoie pluseurs notables ambassades vers nostre Saint- Père, devers les empereurs et autres roys et princes cristiens, affin de les solliciter et induire à ce, et d'abondant maintenant et encore depuis ces derraines nouvelles venues, y a renvoyé et y renvoie coup sur autre tant en conventions prises en Allemagne comme autre part, affln que clèrement il appère en toutes congrégations faites pour ceste cause qu'à luy ne tient point, mais qu'il est prest, tout volontaire et tout conclu à

« faire son devoir et pouvoir et riens y espargnier, ne « mort craindre; etmesme pour ceste cause, et pour soy « acquitter en honneur envers le roy, il a envoie devers « luy , si tost que revenu a esté de son voiage, et lui a signi- « fié et fait à savoir tout ce que a esté fait, dît et promis a à Rainsebourg et ailleurs touchant ceste matère, le « paroffrement qu'il avoit et a fait aux princes de Tem- « pire , avecques toutes les conditions et qualités de la « besogne, dont et pour mieux faire sortir à effet son « noble vouloir, a requis au roy qu'il lui plaise lui donner « grâce et congé d aller en cestui voiage, souflWr venir « avecques luy et en sa compagnie ceux de son royaume a qui le voudroient sievir, et que finablement pour le salut « et garant de ses subgès il vousist prendre en protection a et en garde son fils [et] ses dits pays, lesquelles choses a toutes le roy libéralement et de grant cœur lui a accor- « dées, à grant regret toutevoies de l'eslonge de sa périt sonne, et n'entend le roy autrement fors que mon trèa- « redouté seigneur présent demeure ferme et persévère en « son noble vouloir et que les affaires de la cristienté a dont il a esté le principal solliciteur, ne lui doivent don- « ner l'occasion constrainte temprement de le faire, « comme non à vous tant seulement il a fait déclarer u ceste besogne , mais à ceux de Bourgongne pareiUe- « ment comme à vous et à vos voisins prochains, ceux de « Flandres, tout nouvellement et naguères, et comme à v< ses autres pays donra à cognoîstre aussi comme le cas « le requiert. Et pour ce, messeigneurs, que un tel si haut u et si efforcié voiage, et qui touche à l'universelle cris- « tienté, ne se peut faire sans innumérable finance d ar- « gent et de coust, sans multitude de chevalerie et de t peuple sans nombre, et qu'en un tel attemptement il

t convient faire exploit et bouter outre ce qu'on a bien « encommencié, et non aller sobrement garny, par quoy « dérision en pourroit ensievir aux cristiens et encore plus « grant playe, mon très-redouté seigneur vous fait re- « monstrer cecy affin qu'après avoir pris conseil et avis € sur la matère, vous le veuilliez aidier et secourir de vos « biens en telle quantité et manière que Dieu, de son noble « et haut vouloir et de sa noble personne, laquelle il y « paroffre à peine et à mort, puist traire loenge et ser- « vice et la sainte cristienté vaucrant en péril, fruit et « salut*. »

De ceste relation furent moult contens les ascoutans, et leur plut moult le bel humble «emonstrer de leur prince, lequel veoient fort enclin à haute chose emprendre et jugeoient bien en leur discrétion qu il y falloit avoir un grant regard pour libéralement Taidier, mais prians humblement pour jour d'avis et pour en faire rapport à chascun en son lieu au peuple des bonnes villes, et puis pour respondre à la demande, leur fut donné terme, de eux conseiller dessus et de venir rendre response au mesme lieu, là où, à chief de huit jours, après avoir communiquié ensemble, retournèrent, et favorablement lui accordèrent trois cent et cinquante mille clinquars * à payer dedens certains termes par divers payemens, prians humblement,

* Les documents sur le projet de croisade de Philippe sont fort nombreux. Je me borne h indiquer ici la relation de Bertrand de la Broqoière (bibl. imp. de Paris , 10264) , l'avis du sire de Wavrin (bibl. de Bourgogne, 7251], celui de Jean de Thoisy, la lettre de frère Barthélemi de Gônes et une autre lettre écrite en 1448 à Constantinople [bibl. imp. de Paris, fr. fr. 1278) , et enfin diverses lettres écrites par les princes d'Orient (bibl. de Bourgogne, 7585, 11953, 11054). M"« Dupont, dans le tome II de son édition de Jean do Wavrin, a publié la lettre de Barthélemi de Gênes, d'après un autre ms. do la Bibl. imp. de Paris, le n» 7445*.

* Clinquars, écus d'or do Hollande,

atout ce, que leur petit don voulsist avoir agréable et leurs personnes pour recommandées tousjours en sa noble et bonne gr&ce. Sj les en remercia le duc moult grandement et leur dist que sy feroit-il et de tous temps il avoit eu amour et dilection envers eux et qu'encore le Toloit-il continuer ainsi de mieux en mieux. Et ainsi se partit ceste assemblée des trois estas de HoUande et de Zeelande en grant honneur pour ceux du pays à cause de leur libéral octroy et à la grant joye de leur prince et seigneur qui les trouva bons et favorables envers luy tousjours, non obstant toutevoies sa très-longue absence

Or convient un petit amplier ma matière et parler sur le radoubbement des parties et des questions qui estoient au pays et desquelles pouvoient ensievir périls et des grandes playes, mesmcs en la hauteur du prince, parce que la question estoit difficile et en forte main et la partie puissante et à craindre, qui la maintenoit. G estoit le seigneur de Brederode et le Domprévost ' d'Utrecht, son frère, lequel avoit esté eslu pour estre évesque dudit lieu, dont par vertu de ses favorisans et que puissant estoit et sage et chief de ladite ville et de tout le pays, roidement et rigoreusement il tint la main à la croche, et à dur s'en souffireroit deffaire, ce dist, pour quelconque autre, tant fust grant, car se sentoit avoir le droit pour luy et Télection du Saint-Esprit, par quoy sur si bon titre, il oseroit bien attendre une grande rumeur et estrif, premier que le perdre. Et sambloit alors à pluseurs nobles et sages du pays de Hollande que ce qu'il béoit* tant fort et tant roidement à ceste croche, ce n estoit mie tant seulement pour

■ Domprévost, prévôt de la cathédrale.

' Béoit, aspirait, tendait.

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la convoitise de l'honneur, ne du profit, mais pour avoir pouvoir et cremeur sur tout le pays, souverainement sur les Cabillaux, lesquels, lui qui estoit chief des Houx avecques son frère, contendoit à deffaire et à renverser parce que ce parti-là estoit plus en la. grâce du duc, ce leur sambloit, que le leur. Dont , si cela fust advenu et que cestui eslu eust esté paisible évesque et puis eust voulu dominer et bouter sa corne sur la partie adverse, la dépression directement en fust tournée en la hauteur du prince et en sa confusion, et finablement par temps en pou voit cheoir en dangier de perdre son pays et d'en estre bouté dehors, par quoy il loisoit bien et estoit bien nécessaire de y mettre remède ains tost que tard, et de rompre Tinconvénient, premier qu'il fust enforcié de roideur plus périlleuse.

Longuement toutevoies et premier que le duc fust venu droit-cy à ceste fois en son pays de Hollande, sy avoit-il esté averti de cecy par le seigneur de Lannoy, gouverneur du pays, et lui avoit-on dit qu'il estoit besoing qu'il y remédiast par quelque voie hastive, ou autrement il en pourroit escheoir en grant meschief et dont il auroit perte; car desjà ledit de Lannoy en avoit vu plusieurs apparences de mauvaise note et dont les fins estoient de mauvais espoir, car estoit cestui eslu venu parfois à La Haye soy monstrer droit-là, en route et multitude de gens armés et embastonnés, moult hautainement et en grant orgueil, comme pour monstrer barbe à tous autres du parti contraire et donner à cognoistre que maintenant estoit-il cduy devant qui tout se ploieroit, voulsist ou non, car il avoit en main ce par quoy il en seroit maistre, et de fait me souvient bien que audit seigneur de Lannoy, gouverneur du pays pour celle fois, là estant à La Haye, je oys

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dire que moult estoit le contenement de cest eslu hautain et fier en ce lieu , et que assez lui desplut d'en voir autant s'il y eust pu mettre remède , car c'estoit un cas de mauvaise conjecture. Sy fust avisé que le duc avoit un jeusne notable fils de belles mœurs, nommé David, et estoit évesque de Téroenne, et sambloit bien au duc et à ceux de son conseil privé , les seigneurs de Croy et de Lannoy, que cestui-icy seroit et pourroit estre tout propre, par qui le fait de l'autre qui se disoit eslu, se pourroit rompre et mesmes seroit bouté en possession par vertu papale. Sy envoya le duc à Rome pour ceste cause, ferrant battant, et fist informer notre Saint-Père Calixte alors, du danger qui pourroit ensievir si celuy qui se disoit eslu, parvenoit à l'éveschié d'Utrecht et qu'à sa cause moult de maux et d'inconvéniens pourroient venir à tout le pays et mesmement àsahauteuret seigneurie, et lui supplioit pour tant qu'en faveur de luy et en avancement de publique salut, il voulsist annuller l'élection faite et donner le bénéfice à son fils naturel, évesque de Téroenne, homme de bonne vie et de bonnes mœurs, parmy ce que le maisné fils du conte de Vaudemont, frère à la dame de Croy, entreroit en possession de l'éveschié de Téroenne; car le seigneur de Croy l'avoit obtenu ainsi devers son maistre le duc, et le duc y tint la main comme il l'avoit promis, et en fist la requeste. Finablement notre Saint-Père Calixte agréa au duc sa pétition et constitua celui de Téroenne, évesque d'Utrecht, non obstant toute élection faite, et par bulles expresses et pleines de précepte autant que le Saint-Siège appostolique en peut donner, fut mandé et commandé à ceux du chappitre de recevoir cestui et de renoncier et déporter de l'élection faite, sur tous les bans et interdictions que l'église peut faire, lesquels toutevoies

<;happitre et eslu ne s'en esmayèrent que un peu et n'en firent conte non plus que d'une riens , car entendoient tousjours vaincre et porter leur pan* haut par puissance, comme non ayant peur de nulluy, dont vecy aprièmes le dur de la besongne qui commença à grandir et à croistre et multiplier estrif et argu l'un contre l'autre, dont l'un se disoit évesque et n'avoit riens en la cité, et l'autre se disoit eslu et avoit la cité pour luy et toute l'église. Sy en vint depuis grant trouble et fel argu en grant approchement de mal, en quoy toutevoies le duc tousjours ouvra sagement et en mist tondis le bon bout devers luy par froideur, et parce que tondis en permaintenant ceste matière il s'arma de la vertu et auctorité de nostre Saint-Père qui en ce cas droit-cy lui donna exprès commandement d'exécuter la vertu de son don, mesmes au besoing par main forte et violente sur ses contraires *, comme cy-après vous en orez le démené.

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