‹ Œuvres de Georges ChastellainChapitre 14 sur 88 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Comment lo duc d'Alençon fut pris à Paris par le commandement

du roy.

Envers ce temps, comme es kalendes de juin, fut pris dedens la ville de Paris, Jehan, duc d'Alençon et conte du Perche, par commandement du roy, envers qui il avoit cuidié commettre crime bien grant et de grant plaie à tout le royaume, car avoit conspiré avecques les Angles, ce disoit-on, et tenu paroles de leur baillier aucunes de ses places en Normandie, pour leur faire recouvrer icelle. Sy en fut le roy averti, et fit prendre ledit duc et saisir au corps par les mains du bastard d'Orléans, conte de Dunois, envoie à Paris pour ce faire; et de fait, ledit de Dunois vint à Thostel du duc d'Alençon, qui de riens ne se donnoit garde de ceci, et là, s'enclinant bien bas devant luy, luy dist : a Monseigneur, il me desplaist durement « d'une commission que le roy m'a donnée sur vostre per- « sonne : il convient que je vous face son prisonnier et « partant je mets main à vous de par luy. » Quant le duc d'Alençon ce vit , se trouva durement esbahy , mais ne rebella point, mais il dist : « Cousin, j'obéiray volentiers « à monseigneur le roy, mais que me demande-il? » — « Monseigneur, je ne sçai, dit le bastard, il ne m'en a

DE CHASTELLÂIN. iOi

€ riens dit, mais je fay ce qu'il m'a commandé. » Or estoit le bastard fort là entour et bien accompagné. Sy lui pria que doucement voulsist monter à cheval sans faire esclandre, car faire le convenoit et s'en yroient comme faignans d'aller esbattre dehors la ville, et ainsi firent, et fut mené ce soir en lieu seur, dont de cinc ans après il ne vuida de prison, que de là, que d'ailleurs, comme cy-après vous orez que grans contes s'en feront et de bien piteux mistères. Ceste prise se fit droit envers ce temps que les chevaliers de la Toison tenoient leur chapitre, et estoient encore ensemble tous à La Haye, dont, parce qu'ils doivent réparer et deflfendre l'un l'autre en tous cas d'honneur, fut dit que Toison-d'Or s'en yroit devers le roy pour sçavoir de la cause de sa prison, et si prière pourroit mettre remède en sa détention. Sy y alla Toison-d'Or ysneUement, mais peu ou riens y profita, car trop estoit le cas grant et de grant playe, et le convenoit vuidier par justice, lui fut respondu, et non par prière, ne faveur nulle.

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