‹ Œuvres de Georges ChastellainChapitre 16 sur 88 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Comment le duc manda ses gens d'armes pour combattre les rebelles

dUtrecht.

 tous lez se dressoient chemins et ouvertures pour mettre les rebelles d'Utrecht en raison, et pour les faire venir à obéissance au moins mal qu'on pourroit et sans eflFdsion de sang, & quoi toutevoies les dessusdits, et souverainement ceux de Brederode, par nul sens ne vouloient eondescendre, jà-soit-ce que plus grans oflfres on leur avoit fait et promis rescompenses pour leurs despens et intérest, qtd riens n'y firent, mais demorèrent roideset restifs tousjours en leur querelle et maintinrent la ville, maulgré toute la communauté qui estoit pour David. Sy n'y voioiton ne tour, ne remède, sinon de laisser la voye de douceur longuement quise et de venir à celle de force et de rigueur pour rabattre leur orgueil. Et comme j'ay dit que le duc avoit fait venir estoffe devers luy de son chasteau de Lille pour paier gens d'armes si à la guerre venoit, et

' En cès^ en repos.

aussi qu'on leur avoit fait des remonstrances et des figures de celle très-renommée et redoubtable ville, la ville 'de Gand, comment elle avoit esté réduite à subjection et payée enfin de ses longs vieux outrages par ceste propre main mesme qui leur offroit espargne et dont onques ne firent ne conte, ne estime, enfin le duc, voiant leur obstination, envoia le conte d'Estampes en Picardie pour lever gens d'armes et pour les faire venir prestement devers luy, pareillement donna charge & son fils bastard, messire Anthoine, de lever quatre cens lances aussi et les archers, dont le fumissement des deux devoit monter & mille lances et cinc mille archers, qui estoit belle compagnie. Sy passèrent la mer les deux seigneurs et s'en alla celuy d'Estampes à Péronne et en ces marches de là entour, et le bastard en la basse Picardie vers Saint-Omer et Aire sur les marches de Flandres, là où estoit son repairier ; et levèrent gens grant nombre, archers et hommes d'armes, selon le contenu de leur charge, atout lesquels ils se continrent en l'attente qu'on les manderoit pour faire passer la mer, car encore laboroit-on tousjours et assaioit-on si on pourroit avoir par bel cestes rebelles gens sans venir à la force, mais nenny ; on y perdoit temps, car ne vouloient croire que gens d'armes dussent venir jamais sur eux fors que menasces, et par ainsi, après tout essay perdu et et que jà l'aoust estoit tout près, furent faits passer gen» d'armes et descendre en Hollande à tout effort, et alors aprièmes voioient que c estoit à bon escient, et les commença à envahyr peur et ftaeur de courrage'.

*■ Diaprés Matthieu d'Bscouchy, le duc leva vingt mille combattants, dans ses pays de Picardie, de Flandre, de Hainaut et de Brabant.

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