CHAPITRE m
De rassemblée des trois estais de la haute Bourgongne qui se fit à
Salins.
En la ville de Salins donques se fît l'assemblée des trois estats de la haute Bourgonf^e nommée la conté , là où le duc, par la bouche de Tévesque de Toul qui avoit esté à Eainsebourg avecque luy, fit faire la relation de ce que
* A la suite se trouve un feuillet blanc, et il faut en conclure que ce chapitre, au moins dans le texte que nous avons sous les yeux, est incomplet. Il ne faut pas perdre de vue ce qu'écrit Molinet, disciple de Chastellain : « Grand plenté de ses œuvres sont demeurées impar- « faites, qui donneront labeur intollérable à ceulx qui voudront par- « attaindre à la fin de ses conceptions. » Ailleurs Molinet parle de « certains volumes par luy très-grandement avancés. » Tout annonce que la chronique de Chastellain n'a jamais été terminée, et ceci explique pourquoi elle a été si peu connue des historiens contemporains, et pourquoi les manuscrits en sont si rares.
avoit en cœur, touchant son voiage de Turquie, les causes aussi qui le mouvoient de ce faire et les dangers de son honneur qui le pressoient d'y entendre , et leur fit prier que, attendu le cas quel il estoit et en quelle disposition, que ils le voulsissent aider et secourir d'une somme de deniers selon la portion du pays, en confort de son dit voiage, et comme qui plus saintement ne pooient emploier aide qu'en cestui endroit qui estoit universel à toute la crestienté, et qu'onques ne les avoit pressés pour nuls de ses affaires, fors que ceste fois seule, dont la nécessité n'estoit point à luy , mais au divin service et à la foy crestienne. Et en effet aussi, les nobles hommes de la dite conté sont si francs que leur prince ne peut tailler leurs subgès sinon de leur consentement, et encore quant ils consentiront à lever tailles sur leurs hommes, ce que guères n'eschiet, sy en tourne le tiers ou une grande portion devers eux, qui redonde en leur bourse. Or fut oye la pétition de ce duc et bien agréablement reçue de ses subgets, lesquels à chief de trois jours entre deux pour avoir avis
dessus, lui ottroièrent la somme de par
condition que ceste somme ne s^it jamais levée jusqu'à tant que ce voiage de Turquie m feroit et que asseur on f ust que [en] nulle riens autre ne seroit convertie, car lorsque les aucuns des seigneurs consentoient en ceste aide par faveur espéciale envers luy, les autres à danger y condescendoient pour maintenir francise selon la nature du pays, qui à ceste cause se nomme France-Conté , comme celle entre toutes les autres du monde là où les nobles hommes vivent plus francs et plus aiant seigneurie sur leurs hommes, non pas que pourtant ils ne soient humbles et cordiaulx à leur prince pour le servir en tout estroit besoing, mais avecques ce gardans les anciennes francises
U GUHONIQUË
et libertés de leurs pères, dont ne veulent estre formenés par nulles occasions nouvelles.