CHAPITRE XXXIX
Comment le duc de Boargongne esclairci la matière par unes lettres au roy, dont fut encbargé son chevaucheur.
Or convient receoir en conte sur le duc deBourgongne, lequel estoit en son siège de Deventer et avoit fait surattendre Perrinet, le messager du roy, pour lui mander clères nouvelles, car a esté dit jà qu'après les lettres du prince d'Orenges, prestement il en reçut unes autres de par son marissal de Bourgongne, lequel lui signifîoit qu'à la très-grant instance et prière du dauphin, il l'ammenoit par devers luy en sa diligence et conduite, de quoy ledit duc, comme j'ay dit, se trouva durement entrepris et ne savoit quel chose y penser, car pesoit moult le cas. Toutevoies, comme çeluy qui ne pouvoit à l'encontre du plaisir du survenant , convenoit bien qu'il en presist son aventure et qu'il le reçust et conjoïst en grant honneur comme autrement faire ne devoit. Donques cestes nouvelles venues du dit marissal, le duc fit venir Perrinet devers luy et lui dist ce que sentu avoit par ses lettres, et comment par leur contenu il estoit tout esmerveillié dont cecy venoît,
* Une note marginale ajoutée à la chronique manuscrite de La Haye est ainsi conçue : « Moult euist gaingnié ledit marischal à le lalssier (« prendre et non le rechevoir ; car depuis que ce Loys fut roy, il baiUa « gendarmes au ûls du duc de Lorraine, alors marquis du Ponty nommé <« Nicolas, pour guerroyer et ruer jus les places dudit mareschal, et fût « cause que la dite maison de Neufchastel fut grandement amoindrie. »
car onques n'avoit oy parler de ceste venue, et partant, pour s'en acquitter envers le roy et mettre Texcusation devers luy, telle qu'il y séoit, dist audit Perrinet que • au roy il envoioit par ses lettres toute la déclaration, telle comme il l'avoit reçue, sans riens y adjouster, ne mettre, que ce qu'il y savoit, priant au roy pour tant qu'en ce le voulsist tenir pour excusé et lui mander et signifier sur ce [ce] qu'il lui plairoit qu'il en fist sur le surplus ; car à toutes fins et comment que fust, il en voudroit faire et laisser par son ordonner et bons avis, et soy emploier au bien de la matière léaument et à son pouvoir, priant toutevoies que ne voulsist estre mal content sur luy, si, son fils estant arrivé en ses pays, il le reçust et honorast comme le fils de son souverain seigneur, lexpectant de la couronne, comme faire le devoit, et redonderoit en grant honte et blâme à sa maison par faire le contraire. Lors fit baillier à Perrinet ses lettres, lequel prist congé de luy et se remist & retour vers son maistre, lequel jà pièça, et premier qu'arriver pust devers luy, savoit jà tout ce qui en estoit, car le dauphin mesme lui avoit jà mandé par ses lettres dès Saint-Claude qu'il s'en venoit vers son bel oncle de Bourgongne, mais cela ne savoit point ledit duc. Et partant, comme le roy de ceste allée devers luy estoit en dure souppeçon, le duc faisoit bien de s'en excuser et de l'en avertir par manière véritable, comme qui riens n'y entendoit que preudommie. Et de fait, le roy par les lettres que Perrinet lui apporta, et [par ce] que ledit Perrinet aussi lui <;onta de ce qu 'avoit vu et cognu à l'œil en la preudommie de ce prince, s'en mist un petit plus à sa paix que n'avoit esté, espérant, par envoier devers luy homme notable, pouvoir recouvrer sa querelle.
DE CHASTELLÂIN. 191