CHAPITRE LIV
Comment la contesse de Cbarrolois se délivra d^une fille.
Le duc Charles de Bourbon, comme dit est icy-dessus, qui estoit père à la contesse de Charrolois, estoit trespassé, jà avoit bonne pièce î, et l'avoit-on celé tout volentiers à la contesse sa fille pour cause de son fruit, de peur qu elle
< Le duc Charles de Bourbon mourut à Moulins, le 4 décembre 1456.
ne s'y fust altérée. Or estoit venu son terme du plaisir de Dieu que sur le commencement de février * elle entra en traveil après midy une heure environ, et n'y estoient point, ne le dauphin, ne le duc, ains s'en estoient allés à Nivelles chasser pour donner lieu et place à la traveillant. Or faisoit le jour moyennement bel et clair, et se monstroit l'aer assez bien attrempé , mais advint ainsi qu'à l'heure du droit et grant traveil de la dame, un merveilleux et trèsimpétueux coup de tonnoire vint férir par-dessus la maison , dont il sambloit que toute la ville dust estre foudroiée, et sans pluvoir, ne tonner plus coup, ne demy, passa outre, et n'en fut plus nouvelles. Donc prestement après, la contesse se délivra d'une fille que le dauphin tint sur fons*, et lui mist à nom Marie après la royne sa mère, là où au baptisement y ot de grans mistères et de hautes magnificences plus que vu n'a esté pour fille. La ducesse porta l'enfant sur ses bras, le dauphin l'addestroit coste à coste, le duc de Clèves, le conte d'Estampes, l'aisné fils de Guéries, messire Adolf de Clèves allèrent devant l'un après autre par ordre et portèrent lun la chandelle, l'autre le sel, l'autre le bachin et l'eaue jusques aux fons qui estoient faits tous propices àCaudebergue. Sy estoit le fons couvert par-dessas d'un riche pavillon vert, toute l'esglise tendue richement, et sans les torches ordinaires de la court, en avoit un merveilleux nombre de la ville. Tous furent nobles hommes, qui portèrent les flambeaux de la court, et les plus notables de la ville portoient les autres ". Le
• 13 février 1457.
' a Dieux I quel parrin ! » (Note marginale de la chronique manuscrite de La Haye.) On lit dans le texte : « De tout ce, ne se doibt-on esmer- R yillier, puisqu'il avoit persécuté son propre père. »
* Éléonore de Poitiers, dans son livre sur les honneurs de la cour, a laissé des détails fort complets sur les règles d'étiquette observées
5t9S CHRONIQUE
duc toutevoies ne voulut onques estre à ce baptisement pour cause que ce n'estoit qu'une fille , mais s'il eust plu à Dieu de lui envoier un fils, il en eust fait grand feste, mais droit-cy ne se voulut onques monstrer.