CHAPITRE LVIII
Comment le dauphin assista à Bruges à la procession du SaintrSang de miracle.
Vint lors le mois de may que ceux de Bruges ont de coustume de faire leur procession le jour de Sainte-Croix et de porter le Saint-Sang de miracle, qui est une des précieuses choses de la crestienté. A ceste procession se trouvèrent les deux princes en deux différentes maisons appointiées pour eux richement, et estoit chose merveilleuse de la richesse et beauté qui là se monstroit à cause du dauphin qui avecques les siens s'en esmerveilloit tout, dont, si je m'en traveilloie d'en escrire, ce seroit chose vaine et superflue, par quoy je m'en passe à légier. Pareillement vueil-je faire d'unes joustes que le conte de Charrolois avoit fait crier, lui quattrième contre tous venans, lesquelles joustes, en cas de pompes et de riche arroiement en armes, estoient outrepasses, car de trentesix heaulmes qui y venoient, n'y avoit nul qui ne fust baissé * de soie, de veloux, de drap d'or, de drap d'argent, d orfavrie, de martres sebelines, de grosses campanes *
» Haissé, garni.
* Campanes, clochettes.
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dorées et blanches et de toutes somptueusités pareilles. Du costé du dauphin en vint quatre moult richement en point : Tun se nommoit George de la TrémouUe, seigneur de Craon, Tautre le seigneur de Cressol, dauphinois, et deux autres bien gens de bien qui bien s'y monstrërent. Ce premier soir, la ville donna le banquet, et le lendemain le conte de Charrolois en donna un autre de moult grant coust et de grande réputation, et en tels festiemens et bonnes chières fit-on passer au dauphin son temps en Bruges à sa première venue, qui tous les jours alloit chasser et voler, et aucuneffois visiter le port de TEscluse, plein de navires \