‹ Œuvres de Georges ChastellainChapitre 51 sur 88 · CHAPITRE LVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVII

Comment une conspiration fut faite contre le roy.

Pour ce temps-cy, le duc avoit son ambassade qui estoit encore devers le roy, jà la seconde fois pour le fait du dauphin son fils, et y avoient jà séjourné longue espasce. Sy y advint un cas d'inconvénient qui grandement les retarda et qui leur estoit matière aussi de perplexité et devoit bien estre; car vinrent nouvelles au roy certaines, que sept avoient fait conspiration contre lui, de le venir prendre dedens le chasteau de Saint-Priest à une certaine heure que pourjettée avoient, et le dévoient en enmener

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à leur plaisir et à force où bon leur sambleroit. Sy en vint Tun des sept conspirateurs, nommé Grisille, l'annoncier au roy et lui en requérir mercy, et lui disoit quoy et comment la conspiration avoit été faite, et comment quatre cens combattans se dévoient trouver pour bouter outre l'emprise, quant il auroit esté levé*. De laquelle chose le roy devint tant peureux et tant doubteux que nul jamais plus et tellement qu'à peine le pou voit-on rasseurer. L'emprise toutevoies par cestui descouvrement demora rompue et ne s'en fit autre chose, mais moult en fut regardée obliquement l'ambassade du duc qui n'en pouvoit mais, et en fut retardée beaucoup et plus indi*gnamment traitée. De cecy se firent murmures beaucoup et diverses ymaginations en plusieurs lieux. Finablement toutevoies, ladite ambassade ne proufita guères en ce pour quoy elle estoit allée, mais fut osté de tous poins au dauphin son Dauphiné, et tout mis en la mtiin du roy parce que ne se vouloit retraire vers lui*. Laquelle chose ainsi faite, lesdits ambassadeurs l'annoncèrent au duc, et lui vinrent cestes nouvelles à Bruges et au dauphin pareillement, qui moult le porta à dur, et non moins le duc de Bourgongne qui considéroit que à sa cause le roy faisoit ceste rudesse à son fils. Dont mu de compassion envers luy et

' Charles vn n^avait pas à redouter |X>ar la première fols les entreprises du dauphin. Au mois de février 1447 (y. st.], on avait arrôté à Lyon un homme nommé GuiUaume Mariette, qui déclara que le dauphin avait formé le projet d*enlever le roi et qu'il a^rissait de concert avec le duc de Bourgogne. Mariette révéla tout à Pierre de Bresé, mais celui-ci méprisa cet avis. (Voy. le Ms. 2044 f. S. Germain, à la Bibl. imp. de Paris, et Dudos, Histoire de Louis X/, III, p. 74.)

' Par des lettres du 8 avril 14^, Charles VU mit le Dauphiné sous sa main, et en donna le gouvernement au sire de Laval, n se plaint vivement dans ces lettres de la conduite du dauphin. Dudos, HisMre de Louis X/, HI, pp. 98 et 96.

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e^pénm le reco&fcvter. Tint derers laj et loi dki : c Qr « çà, mongeigiieur, il a pla an roj, cfinnnie on mm rmft- € porté, Tons avoir oeté rostre pays dn Danphiné qui n es « qu'an seul pays, et estes seigneur anjoiud'ni et prince € sann terre, mais ponr tant ne demorrex-rons point snas « pay«, car tout, quant qnefenay, sont Tostres et les nuets

• en vos mains, et n en Tueil réserver riens fors seulement

• la vie de moy et de ma femme. Sy tous prie qn'fl vous < plaise à faire bonne chière, car si Dieu ne me finit, je « ne vous fauldray jamais. » Cecy disoit non pas poor le plus attraire à lui, ne pour lui donner plus occasion de demeure, mais par compassion de si hant sang estre mis à si basse povreté que de non avoir une roye de terre vaillant un denier. Le disoit aussi par révérence que porter devoit à la majesté royale dont il estoit prochain et dont cestni représentoit le thrône en l'absence du père. Et non obstant tontevoies que ceste manière de parler et de faire lui procédas! d'honneur et de vraie dilection, sy futelle par delà toute interprétée et tournée à mal, et disoit- Ton qu'il le faisoit à certaines fins proujettées pour le plus obliger et faire tenir demeure emprès lui, disans en leurs argumens que, si aussi bien on lui eust monstre rudesses et non fait les curieuses et solempnelles réceptions l'une après l'autre, il ne se fust pas amusé par deçà ainsi, ne affecté aux pays du duc, et en effet ceux de par deçà eussent bien voulu que de toutes telles amours et honneurs on se fust passé, et que nature et sang de par deçà se fussent monstres bastars et frois envers luy, en contraire de la condition ancienne du duc, qui en tous temps fl'estoit monstre plein d'honneur et de noble courrage en tous ses faits et souverainement envers tout noble royal sang, là où moins devoit faillir donques droit-cy que nulle

part ailleurs. Pour munnures toutevoies, ne pour nulles interprétations contraires, onques ne se voulut desmovoir pour tant de son train ancien, ne plus, ne moins désister de bien faire et d'avoir honneur devant ses yeux, jà-soit-ce que ce lui estoit annuy en cœur, de quoy bonnes œuvres chéoient en mauvaise interprétation et en ingratitude.

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