CHAPITRE LXII
Comment le duc pounrit à rencontre de ceux d*Utrecht et aussy à rencontre des Anglois.
Avec la murmure de ces banquiers de Bniges, sourdit une autre en Hollande à cause de ceuxd'Utrecht, lesquels retournans à leur nature de division et de faveur envers les Brederodes, formèrent arrière nouvelle querelle à rencontre de leur évesqueet en faveur des dessusdits, lesquels se plaignoient dudit évesque, disans que n'avoit point accompli, ne entretenu l'appointement qiy avoit esté fait entre luy et eux par son père, ne payé et qui leur avoit esté ordonné et promis, en quoy ils se tenoient fort agrevés. Sy s'en courcèrent en cœur et en tinrent moins de conte. Et voiansque le duc estoit assez enbesongné ailleurs
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et que de grant temps ne repasseroit la mer pour leur cause, pensèrent bien de porter leur pan à rencontre de leur prélat qui nestoit point homme mondain, ne de grant exploit. Et en effet, grand murmure et rébellion se forma contre luy, jusques à soy trouver en danger de sa personne un jour dedens ladite ville , si à haste ne s'en fust fuy à Ammesfort, une sienne ville, prendre là sa sauveté. Toutevoies, le duc qui encore ne voulut décliner vers nulle des parties, sinon en la raison de chascun, et veuUant pourvoir convenablement en l'estrif, afin de non souffrir sourdre noise en ses pays, y envoia messire Pierre de Goux', chevalier et docteur en loix, maistre Anthoine Haneron*, messire Jossede Halewin, souverain de Flandres, joints avecques le gouverneur de Hollande, le seigneur de Lannoy, pour convenir en journée avecques eux à La Haye pour traiter et appointier sur leur différent, qui en effet, après plusieurs journées tenues riens n'y proufitèrent, et convint nécessairement en la parfin que le duc y envoiast son aisné bastard messire Anthoine, en secours de Tévesque, atout deux cens lances et les archers, lesquels, après avoir très-âprement gale lesdits d'Utrecht et mené dure guerre, [firent si bien qu'ils] revinrent à traité et y firent leurs espées plus de vertu que les langues des clercs.
A l'autre lez et tantost après ceste ruse faite, convenoitil au duc pourveoir en la frontière des Angles, car ceux
* Pierre de Goux, seigneur de Wedergrate, conseiller du duc. Il devint, en 1465, chancelier de Bourgogne. Mort le 4 avril 1471.
' Antoine Hanneron. Le duc le nomma, le 14 octobre 1438, maître d'école de ses enfants bâtards, et, le 21 mars 1440 (il était alors prévdt de Mons), mattre d'école du comte de Charolais. Il mourut, le 10 décembre 1490, prévôt de Saint- Donat de Bruges et chancelier de Flandre.
de Calais tous les jours par terre faisoient choses intolérables en BouUenois, prenoient gens, tuoient, renchonnoient, ammenoient prisonniers, fustoient' maisons et faisoient multitude de dérisions comme en pays d'ennemy, qui toutevoies estoient en trêves et en abstinences avecques le duc en ses pays. Par quoy, vue l'exaction qui venoit de leur part et si énorme, il convenoit bien que le duc y pourvist ains tost que tard. Et comme ceux de Calais faisoient tous maulx par terre, par mer aussi n'en firent riens moins ceux du royaume anglois, car prirent vasseaux et marchandises et desrobèrent tout le monde, et n'y avoit nul, fust Flameng ou HoUandois, qui après leur dammage reçu, s'osast venger de eux. Ainsi les tenoit le duc subgès et craintis, de peur que guerre n'en ensievist tonte et outre, à laquelle ne vouloit condescendre pour celle heure, car ne veoit point le temps disposé à ce en son bien. Et partant, voiant la perte et destruction d'aucunes personnes privées estre de moindre pois que la guerre générale, diflFéra du tout et dissimula sagement par espoir que avoit d y remédier par sens. Car se doutoit bien que les François n'eussent incité les Angles à le quérir par ce party, afin de le bouter en guerre contre eux et de l'assainir par leurs ennemis propres, comme vray il estoit. Sy s'en donna garde et contrepensa contre eux. Et en eflFet, envoia le conte d'Estampes, ensamble le bastard de Bourgongne, à Saint-Omer pour tenir parlement avecques le conte de Warwyc, capitaine de Calais, et y allèrent moult bien accompagnés lesdits seigneurs. De Saint- Omer se transportèrent plus avant vers Calais, en un • plein champ, entre Marque et Hoie, auquel lieu vint le
• FusCoient, pillaient.
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conte de Warwyc, accompagné de ceux de la garnison de Calaia, hommes d'armes et archers, et menoit avecques luy Heston, un viel routier, longuement cognu en France, et un autre, nommé Ândrieu Trolop, homme de grant nom aussi. Enmy celuy champ, convinrent ensemble les deux contes à cheval, sans onques descendre, et là, après leurs salutations faites, parlementèrent ensemble sur les matières qui leur touchoient, là où chascun de sa part se monstra sage et bien enclin à nourrir paix entre les deux parties, sauves toutevoies les argumens et les répliques qui moult se faisoient de l'un çosté et d'autre, chascun pour sa justification. Enfin le conte angles requist fort au conte d'Estampes de descendre, car droit-là emprès avoit une maison gastée, laquelle il avoit fait tendre et mettre à point très-richement et y avoit fait appointier une manière de festoy bien somptueux pour ledit conte; mais ledit conte, qui plus veoit à son honneur qu'à boire, ne mengier, ne descendi onques, car craignoit que les Franchois ne venissent par entreprise sur lesdis Angles faire course durant ceste convention, laquelle chose lui pouvoit touriier à blâme, ce lui sambloit, car pourroit sambler qu'il en eust esté consentant, et pour ceste cause se tint-il tondis à cheval, luy cinquantième d'hommes d'armes et deux cens archers, pour aider et deffendre lesdits Angles, si besoin faisoit. Le bastard de Bourgongne descendi à la requeste du conte angles avecques plusieurs nobles hommes qui moult grandement furent reçus, et de là, après avoir pris amiable congé l'un de l'autre, le conte de Warwyc enmena avecques luy à Calais les députés qui estoient commis de la part du duc de Bourgongne pour traiter des différens qui estoient entre les deux parties et y furent par aucuns jours compétamment labourans, et le
conte d'Estampes s'en retourna devers son oncle le duc, qui moult fit belle et haute relation du conte angles comme d'un gentil clievalier, plein de sens et de vertus, et duquel cy-après se feront des merveilleux haulx contes et dignes de perpétuelle mémoire entre les hommes.