‹ Œuvres de Georges ChastellainChapitre 57 sur 88 · CHAPITRE LXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIII

Comment le roy de Hongrie clama la duché de Lucembourg.

Or estoit le roy Lancelot parvenu à l'alliance du roy franchois, comme avez oy, et lui estoit accordée madame Magdalaine pour avoir à femme. Sy s'en tenoit beaucoup plus fort ledit jeusne roy pour bouter outre la querelle que avoit à l'encontre du duc de Bourgongne. Sy ne s'oublia mie guères longuement sans descouvrir le courage que lui portoit, pensant soy pouvoir venger de lui par la main maintenant du roy son beau-père, et de fait mist sus une ambassade arrière laquelle il tramist devers lui, et vint icelle à Lyon sur le Ronne,et là venus et bien reçus, vinrent devant le roy et lui firent certaines doléances à rencontre du duc de Bourgongne sur trois points, dont le premier sy estoit que ledit duc se devoit estre obligié dès alors qu'il estoit à Rainsebourg pour cuidier trouver l'empereur, de faire le voyage affirmativement avec le roy Lancelot à l'encontre du Turcq, et qu'à ceste cause ledit roy Lancelot, soy affiant aux paroles et promesses dudit duc, devoit avoir porté et soustenu plusieurs grans frais et missions, dont il demandoit restitution et remboursement; le second point sy estoit \ Tiercement et pour

* Lacune de quelques lignes.

DE CUASTËLLA1N. 32i

le plus principal demandoit les terres et pays de Lucembourg que ledit duc torchonnièrement * lui détenoit et en avoit expuls ses gens et serviteurs par puissance, le conte de Clicq et les autres, lequel pays estoit et devoit estre son propre héritage, et pour ceste cause il requéroit secours et pourvision par la main du roy son souverain et dont il estoit subject, et lui sambloit bien que par lui et par son aide, il en pourroit bien avoir raison. Le roy toutevoies, qui en si haute matière comme ceste, ne pouvoit bonnement et honneur sauve donner légière response, considéré aussi la difficulté du cas, sagement fit respondre auxdits ambassadeurs que temprement il envoieroit devers son beau-frère le duc de Bourgongne, son ambassade, l'éve^que de Constance et messire Jehan Boursier, et lors, aveuc les autres matières, leur donroit charge de ceste-icy et en feroit après à l'expédient du cas et au mieux que pourroit. De quoy eux se tinrent à bien contens à celle fois, et leur samblera bien que finablement par tenir celle voye, ils parviendroient à leurs fins qui plus leur estoient loingtaines que ne pensoient et plus difficiles aussi beaucoup.

Envers ce temps-cy, la veille de Saint-Pierre, par nuyt fit le feu un merveilleux dammage en Durdrecht *, et commençant en la grande esglise qui toute fut arse, brûla toute la longue rue jusques aux fondemens, en nombre bien de cinq à six cents maisons, qui estoit la plus belle rue des crestiens. Nientmoins, pour ce que riches gens sont et puissans, refirent ladite ville plus belle qu'onques

• Torchonnièrement, in justement, à tort.

* La yiUe de Dordrecht était alors fort florissante. « Ceuls de Dour- « drecht se répatent en HoUande comme Gand en Flandres et yeuUent , a en toutes assemblées où ils se trouvent, avoir Thonneur. » (Chron. roanusc. de La Haye.)

3ii CHRONIQUE

et plus magnifique. De ceste ville se pourroient dire beaucoup de hautes besongnes, mais assez en y a escrit du temps que le duo conquist Hollande en son moyen et à tant m'en déporte droit-cy, car droit-là s'en trouve la description toute.

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