CHAPITRE LXIX
Comment le roy de Castille montra grant désir de rappaiaer le roy et le dauphin, et comment le conte de Saint -Pol s'efforça de r^itrer en la grâce du duc de Bourgongne.
Comme nostre présent matière, depuis la venue du dauphin devers son bel oncle le duc, est causée beaucoup sur lui et que à sa cause moult de manasces et de turbationa sont venues au lieu de son repaire, et à toute la crestienté occasion aucunement de murmure et de douleur,, pour ceste cause, comme vers ce temps-cy le roy de Castille qui perpétuellement est allié avec le roy franchois et frère d'armes juré, par pité et compassion de ceste doknreuse
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difficulté estant entre le roj et son fils qui jà si longuement s^Yoit duré au grant préjudice et dammage de la crestienté^ envoya un sien noble baron de sa famille et dé son sang devers le toj estant encore à Lyon suf le Bonne, pour trouver aucun bon et gracieux moien entre lui et son fils, et lui fit signifier pat icelui que ce ne f'ust esté que les Sarrasins avoieîit mis le siégé devant Ce|)te\ luimesme y fust venu en personne devers lui sur espoir de les mettre d'accort. Et cuidant que sa bonne intention dust estre agréable au roy, avoit chargé à oestui noble baron son ambassadeur de soy traire et transporter devers le dauphin là où il estoit et devers le duc de Bourgongne avec ses lettres pour leur monstrer la grant affection que avoit en l'appaîseiîient de leur difficulté. Mais le roy sachant ce et non content de son tirer là envers, lui requist et deffendi qu il n*y aHast point, et ainsi n*y alla pgint de peur de lui desplaire, envoia toutevoies son hérault en la court du duc signifier la charge et bonne intention que avoit eue , et vint icelui à Hesdin , où je mesme parlay à lui, et lors dist que jà-soît-ce que son maistre n*y pouvoit venir ceste fois, tempreinent toutevoies le roy de Castille y envoieroit une grande et haute ambassade devers les deux princes le dauphin et le duc pour ceste matière, laquelle toutevoies ne vint pas et n'y fut onques vue, ne sçay par quel empeschement.
Encore, en ceste ville de Hesdin et tout en un mesme temps vint messire Gilles de Saint-Simon, un très-vaillant chevalier et sage, de par messire Arthus de Bretagne , connestable de France, pour le fait du conte de Saint-Pol, son beau-frère, dont il avoit espousé la sœur, sa tierce femme,
» Ceuta.
et cela à cause, comme il a esté dit icy-dessus, que le duc avoit mis à sa table toutes les terres que ledit conte avoit en Haynau, le terre d'Enguien et autres membres de moult grant pris, de quoy ledit conte se tenoit à durement grevé, car estoit une des belles parties et des grandes de son avoir. Sy s'en estoit complaint à ceux-là où il estoit allié, à messire Charles d* Anjou, conte du Maine, et audit Arthus de Bretagne, connestable, lequel soy fiant mieux du duc que celui du Maine, pour cause que autreffoîs il avoit eue espousée la sœur du duc, la ducesse deGuienne, pour sa première femme, envoia devers luy ce noble et sage chevalier, messire Gilles, sur espoir de pouvoir amender le fait de son beau-frère et de lui impétrer grâce et déport. Car sentoit bien que moult estoit indigné le duc à rencontre de lui, et que bon besoing avoit d'un procureur, jà-soit-ce que ledit. conte de Saint-Pol assez sobrement s'en estoit mis en devoir pour recouvrer grâce, ains pour celui temps se sambloit vouloir tenir roide aucunement sur les alliances que avoit prises avec le conte du Maine et ailleurs, dont ne faisoit sens, avec plusieurs autres choses de viel temps qui donnoient argu et despit au duc, et lesquelles il lui pensoit rendre en temps et en lieu, quant le cas s'y offreroit. Or, estoit venu ce bon chevalier de par le connestable, pensant raddouber tout, et portant lettres de crédence, s'en vint vers le duc qui trèsbénignement le reçut, car le cognoissoit très-bien et estoit son homme de belle terre en la conté d'Artois, et lors après av^ir vu les lettres, ledit chevalier exposa sa crédence et commença à dire comment son maistre le connestable, par singulière confidence qu'il avoit en lui, Tenvoia devers luy pour cause que avoit oy dire et le savoit bien de fait que le conte de Saint-Pol son beau-frère estoit mal en sa
grâce et jà avoit esté par une espace, et que par indignation prise à rencontre de lui avoit mis ses terres une grant part en sa main, dont ledit de Saint-Pol estoit plus desplaisant du courroux de lui son prince que n estoit du dammage à cause de la main mise. Adjoustoit avec ce ledit chevalier, comment ledit conte estoit son bon et humble subjet qui Tavoit bien et grandement servi en plusieurs divers lieux, et encore le voudroit faire et le feroit comme raison le donnoit, et d'abondant il estoit son povre et humble parent et dont les devanciers, père et oncle > l'avoient léalement servi et longuement jusqu'à la mort. Et pour tant, si ledit conte avoit fait quelque chose à rencontre de son plaisir par jeunesse ou autrement, lui prioit chèrement son maistre que pour l'amour et en faveur de lui, il le voulsist recevoir en grâce et le remettre en la jouissance du sien et que de là en avant au plaisir de Dieu il se porteroit tellement envers lui qu'il n'auroit cause de s'en doloir, avecques plusieurs autres languages bien doux, dont ledit chevalier estoit plein, car estoit un des sachans hommes de France. Et alors le duc qui n'estoit mie loings de son sens, mais prest en ce que devoit res* pondre, commença à dire : t Messire Gilles, pour beau- « frère le connestable, je voudroye faire beaucoup et y « suis tenu, car je l'ay trouvé bon tbusjours et amy envers « moy. Sy lui voudroye faire le pareil là où il me seroit « possible, mais quant à beau cousin de Saint-Pol, il est « mon subjet, mais il n'est pas mon serviteur , car il a « pris un meilleur et plus grant maistre que moy, dont « il a fait que sage, et n'en suis point courcié, mais pour « un subjet, il s'est plusieurs fois porté assez hautaine - « ment à l'encontre de moy, dont il se fust bien passé s'il « lui eust plu. Il a refusé mon ordre autreffois, que aussi
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« bons que lui et meilleurs beaucoup ont pris et porté et « portent encore. Il est monté sur son grant cbeval et est
< un haut et puissant prince, et moy qui suis un compa- « gnon, je iray sur mou petit chevalet après, le miaux € que je pourray. • — t Ha! déa, ce dist le chevalier lors € en riant, monseigneur, ventre petit cheval ira bien plus f fort que le sien grant, et n'y a point de comparaison de f lui à vous, et fol seroit bien s'il lepensoit. Aussi certeg, € monseigneur, il s'en garde bien, car il se tient humble « envers vous autant qu'envers le roy et ne fait que son « devoir : aussi, il le recognoit bien, Monseigneur, il c vous a bien servi en vos guerres de Gand et ailleurs, et
< ses devanciers aussi vous ont bien et léalment servi en c tout temps. Monseigneur, il convient que vous usez de f bonté et de clémence envers lui, au moins pour l'amour c de ses pères. » Dist lors le duo : c Les pères (que Dieu
< ait), bien les ay aimés et [m'ont] moult bien servi, comme « bons chevaliers, et si beau cousin de Saint-Pol m'a servi « en mes guerres contre les Gantois, il a fait autant de son « profit comme de son devoir, car il a aidé à deffendreet à « garantir le sien, comme qui beaucoup y avoit à perdre, « et avoit les terres beaucoup et maintes qui me dévoient % le service. Sy ay moins cause de lui en savoir grant gré « que. lui cause de m'en faire repreuve. » Plusieurs et longues devises y avoit entre eux, qui toutes tournèrent diablement à telle conclusion que le chevalier sentôit bien que bien peu profiteroit en son ambassade et que le courrage du duc estoit durement mu sur le conte de Saint-Pol , et qu'à grant peine s'amolliroit-il, si ledit conte lui-mesme ne se mettoit en autres devoirs envers lui que n'avoit fait encore. Sy ne l'osa plus presser pour celle fois et le laissa h tant jusques à l'heure de son despescement final, là où
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le duc le contenta gracieusement, et lui dist les mots de quoy le connestable son maistre se devroit assez tenir pour content, ce lui sambloit, et sur ce point, prist congé messire Gilles et s*en retourna dont il estoit venu devers son maistre.