‹ Œuvres de Georges ChastellainChapitre 62 sur 88 · CHAPITRE LXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVIII

Comment les gens monseignear de Bourgongne besongnièrent avec les Anglois, et comment les terres du comte d'Eu furent saisies en Picardie.

Le duc, pour ce temps-cy, se tenoit à Hesdin et estoit sur la fin d'esté que droit-là estoit venu à intention d'aller visiter ses villes sur Somme, ensamble et d'accouronner les questions et débas qui estoient entre ceux de Calais et luy, là oùmessirô Jehan de Renty, chevalier et maistre d'hostel du duc, messire Loys de la Viéville, capitaine de Gravelines, Guichart de Tinderonne, capitaine d'Ardre, maistre Jehan Pottel, maistre Gilbert, maistre des requestes, estoient envoies et laissés du conte d'Estampes pour besongner en ladite matière, lesquels après longs jours demorés en ladite ville de Calais, trouvèrent beaucoup de questions mal appointables parce qu'elles touchoient à

* Bnherbé^ empoisonné.

privées personnes tant deçà que delà» compagnons de guerre, dont l'un se doloit de Vautre, pour cause d'exaction et de fourfait» et avoient des prisonniers d*un costé et d'autre , dont si l'un le vouloit ravoir, l'autre ne s'en vouloit deffaire, par espécial les Angles qui fiers août et mal traitables en leur fumier, ne à dur, ne à fort, on ne pouvoit vaincre, ne ploier, sinon que tout venist à leur gré. Mesme le conte de Warwyc, leur capitaine, qui y laboura fort pour le bien de la paix, ne s'en pot onques chevir. ^ue voulsissent les traitans ou non, si paix vouloient et ces désormais de débat, il leur convenoit accorder leur demande et passer par celuy destroit, ou autrement allast comme il pust, on y labouroit en vain. Sy virent bien les dessusdits commis que droit-là battoient froit fer, et qu'en eux n'estoit point de traire conclusion joieuse de cestes gens, là où les matières privées et de meschantes personnes empeschoient les publiques et salutaires entre les baulx princes et leurs pays, car trouvèrent tout le surplus bien disposé, excepté en ces menus débas: là se deffioîent. Et partant eux, non aians pouvoir, ne vouloir aussy de conclure avec eux si à leur avantage et sans avoir pris le bon avis du duc et du conte d'Estampes, prirent congé du conte angles , et, lui establissans jour de retour en brief, partirent de Calais, et venus à Hesdin firent recort de leurs difficultés trouvées, lesquelles oïes, le duc les fit mettre en conseil pour y déterminer dessus à l'expédient du cas et du temps qui pour celle heure estoit moult dangereux. Quant donques cestes difficultés droitcy furent mises en la digestion du conseil, là où on considéroit que ceste rumeur ne dépendoit que de débas entre privées personnes et pour querelles de rudes gens, non dignes que pour eux on maintenist le baston roide, et que

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touchant les personnes des. deux princes» le roy d'Angleterre et le duc, n*y avoit riens qui ne fost de \xm espoir et à bonne fin ne venist» fut conclu certes estre plus utile d appointer avecques rudes méchans gens & leur avantage, qu'en tenant son cœur et son poing fermé entrer en inconvénient à leur cause, considéré que par sens tondis on vainct puissance et que reculer arrière pour saillir plus loings est œuvre de sage homme. Car disoient, avec ce, que jà-soit-ce que le duc, leur prince et maistre, n estoit point homme pour ploier, ne se souffrir fouler, ains «rvoit pouvoir et hardement assez pour maintenir Testrif à rencontre d*un roy angles, toutevoies sy n*estoit-il point heure maintenant d'entrer en celuy destroit, ne de soy consentir à guerre aveuques luy, par considération des termes que lui tenoient les François, bien sauvages et estranges, pour le recueil du dauphin. Et par ainsi, tout avisé et pesé, fut conclu de renvoier les dessusdits commis à Calais arrière pour parfaire ce qui estoit en train, en l'avantage et au gré desdits querelans, fust perte, fust gaigne, fust coust, fust acquest, ne pouvoit chaloir, mais que paix s'en ensievist en seurté confermée jusques à une autre journée de convention plus grande qui se feroit en octobre, là où les matières se traiteroient touchant les deux princes et leurs affaires que pouvoient avoir ensemble. Et atout ceste charge firent leur retour vers Calais lesdits députés. Et prist congé messire Jehan de Benty au duc jouant à la paulme, là où soy tirant un peu à part avecques le chevalier mesme lui dist de bouche aucunes manières et termes que devoit tenir en ce cas, et vouloit en effet qu ensi en fust.

En ceste mesme ville de Hesdin, le duc estant là, il fit mettre en sa main toutes les terres et seignouries que tenoit

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le conte d'Eu en Picardie, et. ce à cause d'aucuns mauvais garssons grant nombre eux disans à luy, lesquels par chascun jour venoient traveillans ses subgets, en la conté de Boulongne, soubs ombre de faire guerre aux Angles, et passans soubs ceste couleur parmy le pays Boulonnois firent des maux intolérables aux habitans d'iceluy, car battoient, tuoient, ravissoient à force, persécutoient le peuple par tel mauvaisté et traveil que nul ennemy mortel à autre n'en pourroit plus. Sy en vinrent les plaintes au duc de tant de lieux et par tant de fois que constraint s'argua et s'avisa de remède, et fit mettre en sa main tout ce que ledit conte tenoit de luy. Lequel adverty du cas s'en donna merveilles, car ne pensoit pourquoy. Or est ainsi que plusieurs de cestes mescbans gens, traveilleurs du peuple, se disoient estre au maistre capitaine dudit conte, nomme Robert du Quesnoy, et avoient aucuns de eux lettres et cédulles par lesquelles ledit Robert les sambloit avoer et estre à luy. Sy s'en indigna le duc contre ledit Robert, mais désiroit bien d'en savoir le vray, premier qu'en faire fait. Or estoit-là le conte d'Estampes, nepveu du conte d'Eu, qui voioit et ooit ce démené. Sy manda et fit assavoir à son oncle le courroux que le duc avoit pris contre luy et contre Robert du Quesnoy pour les torfais faits en son pays de Boulonnois par ses gens. Sy s'en voulut parer le conte d'Eu et prestement envoya à Hesdin ledit Robert pour soy excuser devers le duc et devers son conseil comme ignorans de tout et non vueillans souffrir nulles exactions faire sur les subgets d'iceluy duc, ce disoit, et de fait ledit Robert se présenta au conseil, et droit-là, après avoir oy ce qu'on lui imputoit, s'excusa gracieusement et usa de beaux mots, disant que luy-mesme estoit subget du duc, né de la conté de Boulongne, et qu'en

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luy n'avoit ne cœur, ne hardement d'oser faire, ne souffrir entreprendre riens sur un tel prince comme estoit le duc de Bourgongne, par quoy s'aucuns mauvais garssons avoient riens fait ou commis soubs son nom par fausses lettres ou escrits, il les désavouoit et n'en avoit onques riens sçu , et ne savoit comment , ne par quelle manière ils avoient acquises telles lettres. Sy furent ses paroles reçues pour bien agréables, et luy doucement arraisonné aussy,avecques ce qu'on lui dist que désormais il tenist ses gens et les gens de son maistre en tel règle que plus plaintes n'en venissent, ou autrement le duc y pourverroit par manière convenable et n'en souffreroit plus ainsi qu'il avoit fait. Sy promist ledit Robert de le faire ainsi et de l'entretenir bien, et par ceste manière et condition, le duc leva sa main des terres du conte d'Eu et pareillement dudit Robert, et atout ceste response ledit Robert party de Hesdin en la compagnie d'aucuns gentilshommes venus avecques luy pour ceste cause. Or advint ainsi que ledit Robert s'en retoumoit vers Abbeville, lui et sa compagnie, à l'heure que jàil estoit tard, il encoutra aucuns des fauconniers du duc qui venoient de l'esbat avec leurs oyseaux, et alors demandant auxdits compagnons à qui ces oyseaux estoient, et respondans qu'ils appartenoient au duc de Bourgongne, lui violentement et par grant félonie en prist un ou deux et forcément les emporta, disant que s'ils y contredisoient, il leur coupperoit la gorge, et défait les emporta et usa de ceste vilennie en récompense de la bonne chière qu'on lui avoit faite, et monstroit bien par ses faits quel estoit son courrage par dedens et quelle teneur il y pouvoit avoir en son language. Sy en fut-on le soir bien esbay en court et peut-on croire que le duc ne le porta pas bien aise. Non firent maints autres, et entre

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les autres, qui lEicmlt en fut troublé, ce fat le conte d'Estampes, nepveu du conte d'Eu, en faveur et pourchas de qui les terres avoient esté rendues à son oncle et à Robert aussy avec son beau parler. Donc> quant il vist ceste faute faite, sy s'en tint ledit conte d'Estampes, ensamble le seigneur de Eochefort, tout esvergondé, et n'y savoient quoy penser. Le duc toutevoies en eust bien sçu faire, n'eudt esté que le conte d'Estampes lui pria qu'il lui soulBErist faire l'enqueste du cas, promis qu'il en fist nul fait, et ainsi le fit. Ledit Robert aussi renvoya à Hesdin pour soj parer du cas et pour faire son excusation qui n estoit pas si clère comme son honneur eust bien porté. Toutevoies, la chose fut tellement démenée et couverte que en faveur du conte d'Estampes, le cas en fut estaint et mis en oubly , et cessèrent les gens d'armes du conte d'Eu de là en avimt de traveiller plus le Boulonnois , pour peur de mesproidre envers leur plus fort.

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