CHAPITRE LXXVIII
Comment ceux de Gand requirent moult humblement le duc de Bourgongne de visiter leur ville.
Un peu maintenant me convient délayer droit-cy la ma^ tère de Lucembourg pour venir à celle des Gantois qui en ce temps-cy et par longues et diverses instances par avant avoient labouré à traire le duc de Bourgongne leur prince dedens leur ville et de venir voir son peuple qui languissoit au cœur, de quoy il visitoit toutes les villes ailleurs, et sa chief-ville de toutes les autres il tenoit en samblant de despection et la fuioit et en quéroit leslonge passant par d encosté. Sy en fut ledit peuple de Gand en dure mérancolie, et avecques cuisance de sa plaie et ruyne passée lui estoit une nouvelle douleur ceste fuite, en laquelle ne savoient quel remède y mettre. Sy en furent envolées par maintes et diverses fois plusieurs notables personnes de ladite ville devers le duc, lui supplians en toute humilité que par miséricorde et en oubliance des fautes passées, sa bonté le souffrist descendre une fois devers eux et de venir visiter sa ville, car jà-soit-ce que sa paix et sa grâce leur avoit esté donnée, sy sembloit-il parce qu'il la fuioit par dehors et visitoit toutes autres, que tousjours il avoit un relais d'indignation contre elle qui leur estoit cause d'annuy, et comme de ceste mérancolie des Gantois par maintes fois avoit esté fait remonstrance au duc et humble instance pour le fléchir envers leur prière et que ledit duc tousjours s y estoit monstre froit et pesant et moult tardif à y respondre à leur gré, maintenant toutevoies le duc estant à Bruges et Gantois pensans lors par importunes et continues supplications
tant hurler et buquier que ITiuys d'exaudition leur seroit ouverte et vaînqueroient et amoUiroient son courrage, vinrent arrière en moult belle et notable compagnie à Bruges, et prenant pour advocat l'héritier de France, auquel se joignoient ensemble Tévesque de Toul qui tout gouvernoit lors, le mareschal de Bourgongne et le seigneur de Rochefort, vinrent renouveler arrière et renforcier leur supplication , et présentans grans sommes de deniers aux uns et aux autres pour les avoir advocats, promirent multitude d'avoir aussi à leur prince pour attaindre à leur fin quise. Or estoit ce mareschal de Bourgongne l'homme du monde seul que Gantois autreffois plus avoient hay*, mais maintenant par subtilles voyes qu'il avoit trouvées entremy eux par aucuns de la ville mesme*, dotit il s'aidoit, portoit tout le fait de la ville entre ses mains et faisoit de la ville ce que un enfant de sa pilotte, et avoient mis Gantois les gouverneurs tant de crédence en luy et telle pohye que ' riens sans luy et tout
* a Et disoit-on que le maréchal de Bourgongne avoit beaucoup <« gagné en Flandres, et d'une partie de son galng avoit fait faire plus H de mille marcs d'argent de riche vaisselle, et combien que ledict ma- «« réchal eust la renommée d'estre moult vaillant homme de guerre, « toutefois le temps durant qu'il avoit esté en Flandre, il n'avoit fait « chose qui fust de grrande mémoire, sinon qu'il avoit fait ardoir tout « le pays d'entour Gand. » (Jacques Duclercq, t. II, p. 45.) Un chroniqueur anonyme ajoute : « Le marescal de Bourgongne, qui estoit homme (( boiteux et contrefait, commanda que tous les villages et maisons, u estant à cincq lieues entour de la ville de Gand, fussent mis en feu « et flambe, pour lequel commandement furent en unesepmainearses <t et anéanties plus de huit mille maisons, et ne furent, comme on din soit, oncques gens d'armes vus faire tant de desrisions que ceulx « dudit marescal faisoient, car ils prenoient hommes, femmes et ena fans et les menoient à Courtray et à Audenarde, liés comme bestes « et les vendoient es marchiés, et ceulx que ils ne povoient vendre, <i estoient par eulx noies, pendus ou esgeuUés. »
^ On avait ajouté d'abord : « Non de grant réputation, n
» Poh^e (potestas), autorité.
par luy vouloient faire et user devant tout autre. Aussi y acquist-il de l'avoir moult et plus que de los en utilité publique. Ce mareschal-cy estoit fort accointé et privé du dauphin. Sy le prirent lesdits de Gand pour estre leur moyen devers luy afin d'avoir sa prière pour eux envers le duc, car savoient bien que toute chose lui estoit possible à obtenir, et que le duc, leur naturel seigneur, ne lui voudroit refuser riens. Sy pensa le duc et savoit bien que Gantois tendoient à venir à leurs fins par ce moien, et que rhéritier de France se devoit mesler de leur fidt, par quoy luy désirant avoir le gré de son peuple devant autre, fit dire aux Gantois que point ne se traveillassent de faire nuUuy prier pour eux, car quant voudroit monstrer sa bonté et clémence envers eux, il la monstreroit bien sans que autre en fust moien et tout à point et à heure, et par faire autrement, ils se reculeroient plus que ne s'avanceroient. Sy connurent bien Gantois le signifiement de tels mots et s'en déportèrent doucement en attente tousjours de sa grâce.
Persévérèrent toudis toutevoies lesdits de Gand en leur poursieute, et en lieu que n osoient traveiller leur duc et seigneur, s approchoient de leurs médiateurs et à iceux donnoient presse, jà-soit-ce que par iceux leur furent donné moult de répuises et mis de grans dangiers en ce que quéroient, par ce que sentn avoient autreffois du courrage du maistre, qui, tel fois fut, avoit délibéré de [ne] jamais y entrer, et encore s'y monstra ferment dur et pesant, par ce qu'on y pouvoit cognoistre. Donc Gantois durement troublés et pleins d'amertume de quoy on se defBoit ainsi de eux et que tous les jours on leur faisoit les argumens et les répreuves de diverses choses, là où toutevoies n'avoit ne fait , ne effet, t-endans à parer et vuidier telles diflB.-
cultes des uns et des autres, respondirent : < Comment,
« messeigneurs, d'où vient que vous mettez tant de doubte
« en la povre commune de Gand, ne qu'en icelui peuple
« dust avoir mauvaise machination ou fraude à l'en-
« contre de nostre très-redoubté seigneur et prince qui est
a la seule riens du monde que plus il désire à voir et que
« plus aime du parfont de son âme? Messeigneurs, certes,
« c'est une peur sans racine, et jà-soit-ce que à aucuns
« autres non cognoissans la ville il pourroit sambler que
« la couleur y fust, toutevoies à nous autres, qui en
« sommes et cognoissons les natures et conditions du
€ peuple, il nous samble impossible que ce advenir pust,
« car non obstant les ruynes passées, sy n'y a-il homme, ne
< enfant, ne femme aussi qui ne vousist ouvrir son ventre « pour luy loger ses pies eus, et qui ne cesse de crier et « de souspirer après lui, disans : « Hélas! nous avons « paix avecques lui en samlJant, parce que sa fureur est « passée sur nous, mais nous ne sommes réconciliés qu'à « demy, quant en tous lieux du monde il nous fuit et nous « monstre souvenir aucun de nos mesfais. Au moins, si « une fois le poyons revoir entremy nous, et que ceste « grâce nous pust estre donnée de Dieu et de lui, alors « aprièmes seroient nos cœurs à leurs paix, alors nous « sambleroit-il aprièmes que son yre fust oubliée et pour- « rions estre asseurset reconfortés, mais maintenant nous « vivons en tristeur, et en languison nostre ville chiet, « et périst voiant nos yeux et la fuit chascun. 0 que plust
< à Dieu que sa miséricorde se pust ouvrir envers nous « et que sa hautesse vousist cognoistre la ferme et bonne « amour de quoy nous l'aimons ! Nous savons certainement, « il ouvreroit de pité et de compassion en nous et ne se « souffîreroit entrer en nulle peur, ne suspection qui venir
« pust de nostre part; car jà-soit-ce que par diverses fois, « par ci-devant, par mauvais hommes et par mauvais gou- « vernement le peuple gantois a esté forcéement mis en « desvoy , converti de nature d'aignel en condition de loup» « onquestoutevoies histoire n'apprist, ne donna à entendre « que main mist en luy, ne qu'il le persécutast en corps, « mais trop bien Font fait ceux de Bruges. » — t Et « vrayement, ce dirent lors les ambassadeurs gantois , « messeigneurs, ils disent vray, onques n'ont esté trouvés « tels. Et nous de nous', si nous n'estions bons, ne souut fisans assez pour plesgier et asseurer de nos corps une « si haute et si noble personne, comme est celle de nostre « très-redoubté seigneur, nous y metterions cent mille âmes « et cent mille corps en ostage, si nous les avions; mais à « ce faire toute nostre ville ne soufBroit mie, ne tout ce « qui est dedens, par quoy n'est en nostre pouvoir d'en « faire autre certification que de nostre parole, non est-il « en celui du peuple, lequel se crucifie de cestes peurs et a suspections et font en toute amertume, de quoy ardant « et brullant en amour, on le tient à mauvais et à « déceveux. Messeigneurs, la ville est pesamment chargée « et a porté de grans fais, vous le savez, depuis la paix, « d'avoir payé trois cens mille couronnes d'or, tous com- « tans en un an , mais encore n'y a-il celui qui ne « vueille bien qu'il lui couste du sien assez et qu'il plaise « à mon très-redoubté seigneur les venir esjoïr et leur « monstrer sa noble personne. Et nous samble, si à cela « lui plaist soy humilier, leur réception lui sera moult « agréable, et à eux de longue recommandation et mé- « moire. »
• Nous de nous, nous, en ce qui nous concerne.
DE CHASTELLÂIN. 401
Belles furent les paroles, de ceste gens et moult humbles leurs poursieutes, mais par forme de réplique respondy Tevesque de Toul, disant : « Messeigneurs Gantois, nous « ymaginons bien que moult volentiers verriez monsei- « gneur en vostre ville, et n'est de merveilles, car ce vous » devroit estre grant joye et grant appaisement de cœur, « après tant de tribulations portées. Mais ne vous esmayez a si monseigneur et nous tous y mettons difKculté, enoc tendu que les choses passées sont encore fresches, et « n'y a que quatre ans que les playes en saignoient encore, « par quoy elles sont plus tendres et trop de plus légier a renovellables. Déa, nous espérons bien que vous autres « et les gens de bien de la ville n'y entendez riens que « leauhé et ne voudriez que tout bien, mais quelle seurté « peut-on avoir en une infinité d'autres rudes et mes- « chans gens, mauvais garssonsqui n'ont point d'honneur « en eux, ne d'amour, mais ont peut-estre esté contre « monseigneur en batailles, là où, eux fuians et des- « confis, leurs pères, leurs frères, leurs oncles, leurs « prochains amis et parens ont esté morts et tués, ont « perdu granges et maisons brûlées dont ils sont povres, « perdu leurs bestes et leur chattel, dont maintenant par <c aventure, quant verroient celuy par qui ce leur auroit esté a fait et le sauroient estre en leur las et en leur fort, pen- « sans à la vengance de leur annuy, pourroient faire un a assamblement par nuit, et à l'heure quant lui et nous « tous ses serviteurs dormerions, pourroient venir férir des- « sus et contendre à tuer tout, le maistre avec sa famille. « Qui est-ce qui scet les aventures, ne les couvertes yma- « ginations des gens? Bien scay que bonnes gens ne pen- ^< sent que bien, mais en contraire les mauvais aussy ne u pensent jamais que malice. Or est tout cler qu'en Gand
<i a beaucoup de mauvais garssous et de rudes et felles cœurs c de gens, dont il peut estre que vous et les autres gens « de bien n'avez point de cognoissance, et pour tant il en « fait dangereux respondre puisqu'on ne les cognoit. N'y « a nul de nous qui ne vousist Lien que la chose se pust « faire à l'honneur de monseigneur, et principalement à « sa seurté, et savons bien qu'il feroii bien, quant il c monstreroit visage de miséricorde et de clémence à son « peuple et par espécial en une si noble et puissant ville,
< comme est Gand, une des belles et des puissantes du « monde, dontpité est qu'ensi se gouverne par intervalles c de temps; mais nous toutevoies, par les dangiers que € nous y metiions, ne lui osons conseillier de le faire, sans «c avoir plus ample certitude du cas et de la seurté de sa « personne, non pas qu'on die qu'il laissast à y aller par « cremeur et qu'il ne se sçust bien garantir à l'enconlre c des Gantois, certes sy feroit, mais on le vous signifie € pour ce qu'en forme et soubs ombre de paix, ainsi que
< vous désirez qu'il y voise et que la chose le requiert « aussi, l'entrée pourroit estre périlleuse pour lui et de
< mauvaise attente par les causes alléguées. »
Bien arguoit l'évesque de Toul, et estaient ses allégations apparentes beaucoup, jà-soit-ce que peu difficiles aux Gantois pour les soudre, ce leur sambloit, car y avoit deux gens principaux des autres qui moulfc bien et foncièrement cognoissoient le fait de la ville et toute sa disposition, dont l'un sy estoit im des advocats de la ville, notable homme et bon clerc, nommé maistre Mathias Grootheere*, homme de bon estât en la ville, et un autre nommé Jehan Stoppelaire *, bailli du vieux bourg et
* Mathys de Grootlieere. Memorien-boek van Gent, 1457. ^ Jean de Stoppelaere.
DE GHASTELLAIN. 403
bourgeois notable aussi. Ces deux-cy sachana cestes peurs et diffidences non avoir lieu et beaucoup de choses doubtées touchant cestui cas estre comme non possibles à advenir par la congnoissance que avoient de tout le commun, tant des plus povres comme des plus riches, et aussi bien des mauvais que des bons, respondirent arrière : t Mes- « seigneurs, jà-soit-ce qu'en Gand il y ait multitude € innombrable de peuple, et que le fait de la ville pour « sa grandeur est moult dur à investiguer à gens qui « n'en seroient point appris, toutevoies n'est-ce pas dure « chose & nous autres, ne cas obscur de le savoir faire, « mais gist en pratique très-clère et très-experte jusques a à cognoistre tous ceux qui sont bons et mauvais et qui « pourroient riens mettre avant ou non, car posé ores que a peuple nous soit très-grant, n'est pas la multitude « d'icelui pourtant confusion au pays en fait de le cog- « noistre, ains sont tous nombres et cognus jusques au « fons du courrage par ceux qui en sont chiefs et qui les « conduisent comme doyens et jurés, pourvoieurs, con- < nestables, centeniers et diseniers, par les diverses paro- « ches et rues, tant au membre des mestiers comme en c celuy des tisserans, et au regard du membre des boura geois, qu'en celui ne soit cognue la faculté des adhérons, a certes sy est, car les bourgeois et notables de la ville a contraient ' tout ce membre à eux parce que cremus sont « et doubtés et sont de puissance et de lignage, et toute « la sieute de tout le menu peuple qui est compris dedens, « n'oseroit trespasser leur gré, ne leur édit, comme « assez somnies experts de ce comment il en va. Et c pour tant, nous qui avons l'expérience de la ville et du
^ Contraient (contrahunt), attirent.
« peuple par les rapports des chiefs, chascun en son ^ chascun, jusques aux distinctes personnes par nom et « surnom, quels et quels ils sont, et que nous-mesmes « avons vu et voions tous les jours les clameurs et la- « mentations que tout le monde fait pour voir et avoir « emprès eux une fois devant leur mort la noble per- « sonne de leur prince, envers qui se sentent estre meffais, « certes, nous pouvons bien asseuréement parler pour eux « et estre procureur de ce que nous requérons, car non « tant seulement devez craindre que aux Gantois renou- « vellent leurs playea en voiant leur prince estre en leur « fort, mais craignent mesmes les povres gens que son « noble courrage ne se renflambe de nouvel sur eux, quant « les verra en ses yeux, là où tant se trouveront vergonil deux, que les yeux baisseront en terre avec les « genoux, et de joye que auront en cœur, respandront a larmes, preuves de leur amour, comme mainteffois « encore font, lui absent, quant ils en parlent. Que pensez- «i vous que ce soit de eux? Ce ne sont que povres brebis « et les plus simples amies gens de tout le monde, lorsque « retournés sont de leur desvoy, et mesme battus et « persécutés, privés de pères et de mères, de femmes et « d'enfans et de tous autres biens, s'accusent en leurs a meffais et se condempnent et requièrent mesmes mercy. « Donques, ce n'est pas signe qu'en tel peuple y peut avoir « fraude ou malice, quant nous savons et maintenons que « ce que nous disons est vray, et le pouvons dire et main- « tenir et le faire bon sur nos vies et sur nos âmes où « que besoing sera. »
« Vrayement, cedist le mareschal de Bourgongne alors, <i messeigneurs, par cy-devant vous ay esté dur ennemy a autreffois, et vous eusse porté dammage, si j|eusse pu.
DE CHASTElIxVIN. 405
« beaucoup, mais ne fus onques si enclin à vous faire « guerre que aujourd'huy ne le soye autant en vostre bien, « et voudroye que ce que vous désirez fust ores à l'hon- « neur et bien de monseigneur, mais vous savez que < autreffois vous lui avez fait presse de cecy et l'avez fait « humblement requérir qu'à cecy voulsist entendre, mais « onques ne l'avons sentu bien disposé à ce faire, mais « ô'y est monstre froit, et pour tant dangier est pour nous « de l'en traveillier, si la volenté ne lui viçnt de propre « estomac. ToutiB voies, vous avez requis & monseigneur « le dauphin qu'il lui plaise estre vostre advocat, celui y « peut beaucoup, et nous autres, nous vous y aiderons « volentiers de nostre pouvoir. » Sy advint que le duc à tous lez se trouva tant approchié de requéreurs que fînablement il s'y accorda, et se offrit le dauphin mesme d'aller en personne avecques lui faire son entrée en Gand, là où jamais n'avoit esté. De laquelle chose -toutevoies le duc faisoit difficulté pour cause que ceux qui toutes choses interprettent en mal, pourroient dire qu'il l'auroit mené en dangier de sa vie en une ville de tel renom, jà-soit-ce que grant joye eust esté au duc de l'y voir et de lui monstrer un si beau joyau de ville. Et pour tant désirant sagement ouvrer en tout,, envoya l'évesque de Toul et son mareschal de Bourgongne en Gand pratiquer avecques Gantois sur le lieu mesme les manières du faire et pour aviser sur tout ce qui seroit besoing tant pour les seurtés des deux personnes comme pour les conditions d aucuns cas particu* liers qui se traitoient touchant finances. Et y allèrent les deux seigneurs dessusdits et y demorèrent par aucuns jours, et trouvèrent les choses toutes en si bon estât que riens n'y veoient de diffidence, ne cause nulle y faire dangier, et encore d'abondant la ville offroit à donner au duc
TOX. 111. . 26
pour sa part vin^ mille lyons d'or et au dauphin une autre part grande, sans les joyaux apprestés pour luy, et à révesque, au seigneur de Croy et au mareschal de Bourgongne leur part à par eux, qui tout montoit à grant avoir et à si haute somme que c'est merveilles où l'argent se pouvoit prendre, vue la ruyne qui avoit esté entre eux et trois cent mille escus que payés avoient au duc par traitié de la paix : toutevoîes tout s'y trouva et encore plus grant chose depuis.
Or, s'estoit encline le duc envers Gaatôis, et samhleroit que la presse du dauphin y eust fait le fait, ou convoitise, mais sauf l'honneur des entendans ainsi, ce ne fit ne pour un , ne pour autre, mais par un seul regard qu'il avoit, iî'estoit qu'il veoit apparence de guerre et de tribulation que François lui pourroient mouvoir, et pour tant, premier que soy trouver là, jugea en luy-mesme estre utile de voir son peuple et d'avoir leurs cœurs et leurs amours envers lui, et souverainement de ceste ville qui est la souveraine dont on peut traire conseil, confort, cremeur et grant fait plus que de nulle autre , et comme la vue et la Visitation est la chose du monde qui plus attrait peuple en faveur, pour tant sentant en luy-mesme que l'heure y estoit propre maintenant, délibéra volentiers de y aller, car de tout temps du monde avoit aimé Gantois sur tous autres et encore les aimoit non obstant quelque guerre qu'il eust eue contre eux , car il y avoit esté nourry jeusne enfant et parcru tout homme, et y avoit reçu plusieurs et maintes singulières amours et gratuités.