CHAPITRE VIII
Comment lo roi envoya deTors le duc messire Jehan le Boarsier, général de Normandie.
Or convient revenir au roy qui fort désiroit à envoier devers son beau-frère le duc de Boupgongne sur les matières que mesôire Simon de Lalaing lui avoit ouvertes à Meun, et en effet donna ceste charge & un sage chevalier et notable, nommé messire Jehan le Boursier , pari* sien et général de Normandie', lequel bien instruit de ce qu avoit à faire et & dire, s'en vint à Bruges, et trouvant droit-là le duc, lui présenta ses lettres de crédence et lui exposa sa charge sur le contenu d^icelles, fit une moult belle relation et qui moult faisoit bonne à oïr, et disoit entre autres choses que le roy regrettoit durement Teslonge de sa personne et son périlleux entreprendre, jà-soitce que moult il en louast son noble courage et point ne l'en vouloit destourner, mais toutevoies paf vertu du sang ne se pooit tenir qu'il ne lui fist remonstrer les baux et grans dangers qui y gisoient et souverainement à luy qui jà estoit venu à haut eage. Sy estoit belle chose & oyr ce que ce chevalier-cy disoit et remonstroit de la part du roy à ce prince droit-cy qui y entendoit soigneux, et mesmes le chevalier qui moult gracieux homme estoit et de bonne nature, par la vertu des paroles à luy chargées
• On trouve dans V Histoire de Bourgogne^ de dom Plancher, IV, pr. p., 217f les instructions données par Charles Vil à messire Jean le Boursier, seigneur d'Estemay ou d'Osternay, chambellan, maître des comptes et général des finances, et à Jean d*Amancier, conseiller du roi.
et par l'affabilité du personnage que vit devant luy si révèrent, aveuques la production des mots, plusieurs fois fondit en larmes que ne pooit restraindre, remonstrant en outre au duc que tout ce qu'il avoit fait requérir par messire Simon de Lalaing, le roy le lui accordoit libéralement ' et s'y voudroit emploier de tout son pooir, et finablement en signe d'amour lui envoya aucuns dons par souvenance. Sy fut le dit chevalier moult honorablement reçu et festié à tous lez de tous les grans et de toutes gens de bien; car estoit doux homme et agréable à chascun, et ne quéroit mesmes que de donner chevaux et coursiers çà et là, qui les eust voulu prendre, et tellement s'y porta qu'il acquist grâce et bon los de chascun. Sy en advint après que pour la grâce qu'il avoit droit-cy acquise, le roy arrière une autre seconde fois le renvoia droit-cy pour plus difficile matère, aveuques l'évesque de Constances, pour le fait du dauphin son fils, en espoir que par son gracieux langage il pourroit faire revenir devers luy son dit fils, comme cy-après vous apperra, quant ledit dauphin sera venu en la maison de Bourgongne, lorsque les affaires de celle matère donneront occasion d'en faire le conte.
< Par des lettres du 5 mars 1454 (v. st.), Charles YII autorisa le duo de Bourgogne à percevoir la dtme et à lever des troupes dans le royaume de France pour faire la guerre aux infidèles (Histoire de Bourgogne, IV, pr. p., 214.) Ces lettres se trouvent à Bruxelles aux archives générales du royaume. Voyez l'inventaire de ces archives, III, p. d8. L'évéque de Tournay fut nommé collecteur- général des deniers de la croisade, dans les États du duc de Bourg^ogne. On peut voir à la bibliothèque de Douay des lettres du 18 juillet 1455, par lesquelles il en ordonne la levée. A ces lettres se trouve joint le tableau de ce qui fut reçu dans plusieurs viUes, notamment à Lille, à Bruges et à Gand (m$s. de la bibliothèque de la ville de Douay, n^* 849 et 850).