CHAPITRE XC
Comment messire Gmillaume RoUin,fll8 au chancelier de Bourgongne, se trouva leprocliié de vilain fait.
Vers ce temps-cy se trouva moult vexé le chancelier de Bourgongne, messire Nicholas Rollin, et comme depuis Tadvénement de la division entre le duc et son fils, qui movoit à sa cause, avoit esté traversé tousjours et reculé d'autorité, et non pas tant seulement reculé, mais accueilli et attrait en diverses causes moult dures, maintenant pour le mener à confusion, fut approchié en son fils messire Guillaume Rollin, chevalier, à quel le marissal de Bourgongne, par accusation tirée du pays, imputa meurtre, voire le donna à cognoîstre en court, et ce à cause d un marchant d'Othun*, drapier, qui avoit une moult belle femme, de laquelle, par commune renommée, ledit messire Guillame estoit accointé par amoureuse privauté. Sy adxint, comme les aventures portent, que cestui marchand une fois s en alla en ses affaires, et emprist un chemin dont jamais ne retourna, car fut meurdry piteusement et trouvé depuis, mais n'en furent point attains les facteurs, au moins que longs ans ne fussent passés premier. Donc , parce que avez oy que depuis la mutation venue en court à
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rencontre du chancelier et que tous les pais du duc furent submis à réformation et à enqueste des excès, advint que un gentilhomme du pays, surnommé de Digoine, estoit accusé en ce meurdre comme facteur, parquoy saisy au corps et mis en prison , fut son cas annoncié en court. Or advint que ce gentilhomme droit-cy, soy voyant en ce danger et soy cuidant nettoyer par autrui drapeau, promptement s*alla déposer sur messire Guillame Bollin, disant que ce qu'en estoit fait, il Tavoit fait faire, et lui en mist le fardeau sur les espaides, par Tespoir qu'avoit en l'autorité et puissance du père. Quant donques ceste criminelle œuvre se trouva imputée à messire Guillame, lequel durant le haut règne du père avait fait mourir piteusement dedens la prison le seigneur de Pesmesi parent à tousles grans de Bourgongne (et qu'onques nul, tant fust grant, ne s'en estoit osé venger par cremeur du régnant), maintenant, quant trouvèrent ce titre pour lui donner enverse, moult furent aises ses parens; et entre les autres le marissal de Bourgongne, qui moult avoit la chose à cœur, s'y monstra fort aigre et tendoit à toutes fins de faire comparoir en court personnellement ledit messire Guillame, lequel fut adjoumé en effet pour y comparoir, mais iceluy, ,voyant le reculement de son père, la forte ennemie main aussi de ses contraires, tendans à sa désertion, différa son venir en court, et recula de tout sens tant et si longuement que pouvoit et s'en alla tenir en Bourbonnois, là où il estoit allié en haut lieu, et le remanant laissa en la main de son père pour le deffendre, car espéroit bien que par le haut sens d'icelui il en vuideroit à son honneur et en seroit relevé et paré tost ou tard, et en effet, ycelui messire Guillame manda à son père et lui fit à savoir son innocence droit-cy, disant qu'onqu^ ne
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Tavoit pensé, ne consentu à faire, et que ce que l'autre Ten avoit encoulpé, il en avoît faussement menti, et b'en fut onques riens, mais qui pris estoit et avoit confessé le cas, celui estoit meurdrier par la confession de sa bouche et devoît estre exécuté comme meurdrier, car la justice en • seroit belle, ce disoit, mais luy qui estoit un chevalier d*honneur, ne devoit porter charge h la déposition d*un homme infâme, car le cas en seroit piteux. Sj se fonda le père fermement sur ces mots et de tous sens laboura pour deffendre son fils. Tel fois fut à toute extrémité de puissance et d'aigreur, car tousjoui^ voulut-on avoir son fils comparant en court, lequel^ par peur qu'avoit dumarissal et des amis du seigneur de Pesmes, ne s'y osa trouver, avecques ce qu'il veoit clèrement que le père et luy tous de^ et toute leur maison on quérôit à déserter et confondre, et par ainsi vouloit laisser couler leur première aigreur, pensant par intervalle de temps après pouvoir vaincre par sens et par termes de justice, là où son père l'aideroit à mettre. Sy en souffrirent depuis maint anuuy et longue tribulation, et comment que fust, on voulut déclarer fugitif le fils accusé et mettre le sien en confiscation parce qu'il n'osa comparoir et qu'en son absenter et fuir de la court, il donna soupçon en lui de la coulpe. Toutevoies ne purent onques encore tant faire les accu sans que le deffendeur père ne prévalust par sens et qu'il ne trouvast autant de chevilles pourestouper comme les autres pertuis pour lui donner playe, et tellement les charia mesmes qu'enfin seurement et sauvement le fils pouvoit comparoir en court pour soy justifier et sans mettre msÀn à luy, non obstant toutes puissances çt machinations des autres en son contraire.
Droit-cy avoit une matère obscure, laquelle posé que
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fust cognue du costé du prisonnier facteur, ne gisoit toutevoies en nulle preuve h rencontre du chevalier accusé, tant seulement de l'avoir fait faire. Donc, et pour ce que ycelui nioit tousjourB le cas et contredisoit Taccusant, ledit accusant se présenta à entrer en gage contre lui et de le combattre sur ceste querelle, sur quoy l'accusé, reculant arrière de toute sa force, respondit que ce n'estoit pas cas appartenant, ni à consentir à md prince, que un chevalier d'honneur et de bonne famé, tel comme il estoit, dust combattre un meurdrier, ni que un meurdrier dust trouver tel support, ni faveur que pour appeler un autre net homme en gage, ains le devroitK)n, cy pris, là pendu, faire combattre au gibet, sans terme, ni heure de respit, car est tout cler, ce disoit, que un homme crimineux qui a déservi mort et a perdu l'honneur de ce monde, ne lui chault en quel péril il mette autrui. Mais, s'il avenoit que aucun chevalier, noble homme non infâme, le voulsist accuser ou riens maintenir sur luy, qui fust contre honneur, volentiers et libéralement promettoit d'y vouloir respondre et de soy en nettoier de son corps devant son prince, là où onques homme ne comparut, qui en voulut faire fait, autre que le prisonnier qui n'estoit point acceptable pour ce faire, tant pour sa propre confession, pour laquelle il estoit meurdrier, homme infâme, tant aussy pour ce que un tel crime ne doit pas demorer împugny et estre mis en la fortune du gage. Sy pourchassèrent durement sa mort le chancelier et son fils et ne contendirent à fin autre, fors que pendu fust et estranglé le plus tost qu'on pourroit, et de fait tant firent que la court, pressée de faire justice selon la cognoissance eue du cas, commanda à pendre et à mettre à fin cestui meurtrier, et ainsi fut fait.
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