CHAPITRE XCIV
Comment le roi pronuncia la sentence du duc d*Alençon. ^
Or vint le jour que le roy vouloit aller avant en besongne et faire fin de ce qui longuement avoit traîné. Sy fut
* Cf. Jacques Duclercq, III, 37, et le ms. de la bibl. imp. dp Paris, suppl. fp.,292.
* Entre-estre {interesse), assister.
la salle où estoit le roy assis, parée richement et ordonnée de bancs et de sièges couverts de fleurs de lis, là où estoient assis par ordre et par degré prochain du roy, monseigneur Charles de France, et entre celui monseigneur Charles et le roy avoit un si^e vuide député pour Taisné fils du roy, le dauphin, lequel n'y estoit point. Après furent les autres ducs et contes, ainsi que aller dévoient par ordre en leur pairie, puis les évesques et les prélas, le chancelier de France assis aux pies du roy, puis tous ceux du parlement en leur lieu député et tout ce qui en dépendoit, maistres des requestes, advocats, secrétaires, multitude de haulx et nobles barons en leur renc aussi, comme les deux marissaulx de France, Tamiral, le grant séneschal de Normandie, le seigneur de Torcy, le conte de Dampmartin et plusieurs autres semblables à yceux, dont trop est grant le nombre pour nomiper. Estoit aussi la salle ouverte et abandonnée à tout le monde pour y entrer et pour oïr la sentence du roy. Les deux chevaliers qui estoient envoyés droit-là du duc de Bourgongne et pouvoient présenter sa personne comme double pair de France et doyen des pairs, premier duc, premier conte, et quiTestoit d'ancesserie et par dignité de ses pays naturellement, non pas par don du roy, ne par exercer l'office accidentalement comme faisoient les autres, ceux-là n'y furent ne voqués, ne appelés, ne pour lui, ne pour eux, non plus que de lui riens ne fust, et n'y avoit sié^e réservé pour luy , ne aucune mention faite. Furent toutevoies advertis lesdits chevaliers mais non mandés, que s'il leur eust plu à y venir, on leur eust baillié siège appartenant, mais jamais n'y fussent allés par pité que avoient du cas ; et pour ce que le duc d'Alençon, sur qui la journée se tenoit, estoit de l'ordre de la Toison d'Or, sy n'y eussent point votilu entre-estre.
ains leur estoit une dure douleur et trës-amère d'en egtre encore si près, et sur toute rien autre, de quoy il s'estoit ainsi meffait en son honneur, car de tout temps, on avoît appris à donner Tordre de la Toison aux plus nets et les plus honorables chevaliers que on savoit et en quels on savoit moins de reproche. Et pour tant tour faisoit bien mal que le reproche avoit esté tarouvé en leur reli^on, sur un si haut et si noble prince dont ils se tenoient à parés avecques autres grans princes qui en estoient. Toutevoies, non obstant la présentation faite auxdits chevaliers pour leur donner siège, lesquels par samblant on ne queroit point à les y avoir, aussi en vérité en nulle des conclusions des pairs, ne en riens de leur secret ne furent onques mandés, ne appelés, par quoy il samble qu'on avoit singulière indignation contre eux à cause de leur maistre. Le roy donques assis triump}iamment en la manière devisée, qui moult estoit belle chose à voir, et là où tout le monde se disposa à silence, le chancelier de France soy levant sur pies et tournant le visage devers le roy, lequel il révérendoit le genoul en terre, et puis retournant le viaire à tout le monde, commença à pronuncier la sentence droit-cy escrite en la propre et mesme forme comme il la pronunça :
« Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, etc., « Comme nous duement informés que Jehan, duc d'Alen- « çon, pair de France, avoit Conduit et mené et fait « conduire et mener plusieurs traités et appointemens « avecques nos anciens anemis le roy et ceux de son « royaume d'Angleterre*, etc., savoir faisons que vues et
' L'auteur a omis ici le long exposé des trahisons du duc d'Alençon. Nous le reproduirons d'après le ms. 1278 (suppl. français) de la Bibliothèque impériale de Paris :
« Par devant nous séans en nostre dite court garnie de pers a esté
DE GHA8TELLAIN. 479
« visitées par nous et nostre court garnie de pairs et d'au- « très à ce appelles, les charges, informations et confron- < tations des tesmoings, faites à rencontre dudit Jehan « d'Âlençon, ensemble ses confessions et autres choses
amené ledit d*AleiMdioii, lequel a dit et confessé de sa ftence et libéralle vonlenté que après que le seigrnear de Tallebot ot prins Bourdianx, UDg nommé Jacques Hair, anglois, serviteur d'un nommé Bicart Wideville, chevalier, aussy anglois, vint à sauf-conduit à Alanchon, et parla audit d*Alanchon au secret du fait du mariage de la fille dudit d'Allenchon, aveoq le tfère du duc dlorc, et que tant pour le fait dudit mariage comme aussy i>our toutes autres cliosses qu'ils vodroient faire savoir les ungs aux autres, luy et ledit Jacques Hair eslirent enseigne de prendre le poulce de la main de cèlny auquel le messaige de Tune desdites parties se adrôcheroit , et que environ le mois d'aoust. Tan que on disoit mil ini« lv, ledit d'Alenchon envoia quérir ung nommé Thomas Gallet, prebtre, demorant à Domptfront, et luy fist ftUre se^ment d'estre secret, et après luy dist qu'il le voloit envoler en Angle* tierre, et le tint par aucun temps à ceste cause, et le mena avecq luy à la Flesche, et que lors sourvint audit lieu de la Flesche ung nommé Huntiton, anglois, hérault d'Angletierre, auquel il se découvrit et luy bailla charge d'aller en Angletierre pour amonnester et exorter de par luy nosdits anemis à venir et descendre en nostre paTs de Normandie, en leur mandant qu'ils fuissent d'accort de par Dieu ou de par le diable et qu'ils pensassent en autres chosses et qu'il seroit heure de bouter avant, et que oncques ils n'avoient eu si biau foire qu'ils avoient lors, et qu'il estoit tamps ou jamais, et que^nous estions loins.'et nostre armée en trois parties, Tune en Arminacq, l'autre en Quienne, et l'autre pour aller contre nostre très-chier et très-amé fils le Dauphin de Vienne, et que les nobles, les bonnes villes et le peuple en tons estas estoient si malcontens que plus ne povoient , et que ledit d'Alenchon meismement estoit si malcontent que plus n'en povoit, et que si nosdits ennemis se vouloient aidier, il leur aideroitde plasches, d'artillerie et de tout son povoir , et qu'il avoit assés d'artillerie pour combattre X mil hommes aux champs pour ung jour, et que nosdits anemis menassent le roy d* Angletierre à zxx ou zl mil hommes pour combattre du moins, et qu*il n'avoit en nostredit paTs de Normandie que ung de nos chefs de guerre et im^lanches, et qu'ils auroient conquesté grant partie du paTs avant que puissions mettre remède ; et consiUoit à nosdits anemis que le roy d' Angletierre après sa descente féist crier à son de trompe et sur paine de la hard que nul ne fust si hardi de prendre aucune chosse sur les labourreux et gens du plat pats sans paier, et que chascun peult demorer paisiblement en ses biens et héri-
« contenues au procès bien au long , et à très-grande et
« mûre délibération, et considéré ce qui faisoit à consi-
« dérer en ceste partie, nous, par l'advis et délibération
< de nostre dite court garnie comme dessus, avons dit et
taiges, et si aucuns faisoient le contraire, que incontinent pognitlon fust ftdte ; aussy que le roy d'Angleterre révosquast les dons fais par son père et par luy et pardonnast à tout le monde de tout le tamps passé, et procédast comme en conqueste nouTcUe; aussy que nosdits ennemis fissent leur descente en pluiseurs paTs, c'est assavoir le roy d'Angletierre et le ducq dloroq en Basse-Normandie, et le due de Bouguingan à Calais, i)Our venir par Picardie et le paXs de Caux, et que si nous volions aller èsdites marches pour deffendre ledit pats, ceulx de Guienne, lesquels, conmie disoit ledit d'Âlenchon, estoient malcontens, si nosdits anemis leur vouloient donner ung peu d*aide, se pouroient mettre sus et rebeller contre nous, et que en brief nous perderons tout le pats par delà ; en outre que nosdits anemis feissent savoir audit d'Alenchon leur descente trois mois devant icelle descente, afin qu'il peust pourveoir à ses plaches, et que nous puissions faire à nostre plaisir et que, après leur descente, ils envoiassent Hontiton par devers luy, pour luy dire quels gens y seroient et leur intencion, afBn qu'il avisast qu'il auroit à faire pour soy conduire aveoq eulx ; en oultre plus, leur manda par ledit Hontiton qu'ils amenassent le plus d*ordonnanches qu'il pouroient et luy feissent délivrer à Bruges ou ailleurs xx mil escus, en tout le moins promtement dix mil escus, et ung mois après le sourplus, pour luy aidier à paier uogne partie de ses gens qu'il metteroit en ses plaches et pour faire son artillerie, et aussy donna charge audit Hontiton de dire auxdits anemis qu'ils le trouveroient après leur descente à AJanchon ou à Domptfront et partie de son artillerie, et promist et jura ledit d'Âlanchon es mains dudit Hontiton, hérault dessus-dit qa'il tendroit à nosdits anemis tout ce qu'il promettoit, et aussi fist jurer et promettre audit Hontiton de dire les chosses dessus dictes audit ducq d'Iorc et audit Richar W'ideville et Jaques Hair, et qui ne le diroit, ne révéleroit à autres qu'à eulx, et pour certifier et approuver lesdites chosses, ledit d'Alanchon envoia avecq ledit Hontiton ung nommé Poneuse, son poursiévant, et luy donna charge de ratifier et approuver tout che qu'il avoit donné en charge audit Hontiton de dire à nosdits anemis, et que au parlement dudit Hontiton ledit d'Alanchon luy bailla (lettres) de créance adréoliant audit ducq d'Iorcq. Disant avecq ce nostre dit neveu qu'il estoit bien recors en général qu'il avoit baillié audit Hontiton toutes leurs pervasions et couleurs tant d'artillierie que d'autres chosses qu'il peut avoir pour parvenir à ses fins , et après, pour exécuter ce que dit est,
DE CHASTEUAIN. 4SI
< déclaré, disons et déclctrons par arrest ledit d*Âlençon « estre crimineux de crisme de lèse-majesté, et comme tel, « lavons privé et débouté, privons et déboutons de ITion- « neur et dignité de parrie de France et autres ses digni-
avoir envoie ledit Houtiton et Poneuse en Angletierre, disant aussy ledit d'Alanchon que certain tamps après il avoit envoie ledit Thomas Gallet, prebtre, en Angletierre, et luy avoit donné [lettres] et chargiéde dire audit duc dlorcq ou audit Rlchar Wideville, de par luy, auxdites enseignes du poulce, Testât de nostre paTs et les charges denostre peuple et de amener nosdits anemis le plus (tost) que pouroient, à descendre en ce royaulme en la plus grant compagnie qu'ils pourroient, et qu'ils estoient meschans s'ils ne s'avanchoient de venir, et qu'ils n'avoient eu oncques si biau faire à concquérir le paTs , qu'ils avoient lors ; et que s'ils estoient xx mil hommes de pardechà, ils auroient conquesté grant partie du paTs avant que puissions pourveoir, et que aussy nous estions loins jà partis de Berry pour aller sur nostredit fils le Daulphin et que au pats n'avoit aucuns gens d'armes, et estoit tout le peuple mal content, et que à icelle heure estoit tamps que venissent ou jamais, et avecq ce que, quant ils voudroient, qu'ils amenassent le plus de gens qu'ils pourroient, et que il leur dist que ledit d'Alanchon estoit fort esbahi qu'il n'avoit eu aucunes nouvelles d'eulx, ne de son dit poursiévant, et qu'ils le luy renvoiassent et feissent savoir de leurs nouvelles, et qu'il leur dist franchement que che ne seroit riens de leur fait, ne de leur entreprinse s'ils ne monstroient aultrement qu'ils voulsissent besongnier ; aussy qu'U leur parlast desdits xx mil escus dont il avoit donné charge audit Hontiton ; et avecq ce qu'U chargea audit Thomas Gallet de dire audit duc d'Iorc que sur tous les seigneurs de pardechà il estoit le mieux amé en Normandie, et estoit celui pour qui les gens du paTs feroientle plus; et chargea en oultre audit Gallet qu'U dist ausdits Ânglois que après leur descente ils feissent les ordonnances, cris et publicacions, telles qu'il avoit dites et déclarées audit Hontiton, et que si on parloit audit Gallet du mariage de la flUe de nostre dit neveu avecq le fils aîné du ducq d'Iorcq, il dist de la fille che qu'il en savoit et avoit veu, et qu'il bailla audit Gallet, pour porter, certaines lettres contenant la fourme qui s'ensieut: Seigneurs, je me recommande à vous et vous pri'e que en toute haste me fâchiez savoir de vos nouvelles, et pensez de moy , car il est tamps ; et pour Dieu metez diligence en vostre fait, et vous acquitez à cheste fois ; car trop anuie qui atent; et en toute haste envoiez argent, car vostre fait m'a chier cousté. Je prie à Dieu que vous doinst che que vous désirez. Escript uèi suprà et dessoubs, le tout vostre. Disoit en oultre que ung peu devant Noël enslévant il envola ung nommé Pierre Fortin h
492 CHRONIQUB
c tés et prérogatÎTeB, et TaTons condempné et condempc nous à receproir mort et estre exécuté par justice, et € avecques ce ayons déclaré et déclarons tons et chas- € cuns les biens dudit d'Alençon estre ccmfisqnée et à
Calaif , et loi donna charge de parler anedites enseignes dn poolee auidits Wideville et Jaoqaee Hair, et savoir d*ealx flTile avoient en aoeanes nouveUes deedita Poneoee et Thomas GaUet Ooltre diat et confessa que entre ladite feste de N06I et l*Épiphanie au dit an ledit Poneuse revint par devers luy et lay flst ledit Poneose son rapport appart dudit Gallet, par lequel il lui dist que le duoq dloroq et le chancelier d*Angletierre le merchioient de son bon vonlloir et que le parlement d* Angleterre n^estoit point encore assamblé^ne le roy d'Angletierre en estât de luy fledre response finable; mais que brief on tendroit parlement et besogneroit lors si bien que ledit d*AlanchoB en seroit contant, et que nosditsanemis leur fesissent savoir de leurs nouvelles par ledit Wideville, dedens quarrème lors après ensiévant, et que nosdits anemis on aucun d*eux avoient baisié les armes ou le singne des lettres dudit d'Alanohon, lesquelles portoit ledit Poneuse eon poursiévant pour llionneur dudit d*Alanchon ; disant aossy que ledit Gallet par son rapport luy avoit dit que le duoq dlorc se reoommandoit à lui de son bon voulloir et aussy le prioit que longtamps le volsist continuer, et que avant que il fùist le mois de septembre ensiévant, ledit duoq accompagné des plus grans seierneurs d' Angleterre descendroient en nostre pats de Normandie à si grant et bonne puissanche que ledit d'Alanchon en devroit estre contant, aussy que nostre dit neveu trouvast moien de recouvrer aucune place ou port de mer pour la descente de nosdits anemis, et qu'il leur fist savoir si nostre dit fils le dauphin yroit point en Normandie, et que autre et samblable response avoit fait audit Thomas Gallet ledit chancelier d*Angletierre, pour la dire et faire savoir audit d'Alenchon ; et oultre plus dist et confessa que incontinent après le retour desdits Poneuse et Thomas Gallet, il renvoia en Angletierre ung nommé mestre Émon Gallet, après che qu'il ot prins de luy serment sur le livre de tenir les chosses secrottes, et qu'il bailla audit Gallet ungnes lettres adréchans audit duo dlorc, signées de son vray signe et de son nom Jehan, lequel il avoit tranchié en quarré et bailla audit Gallet.... Aussy disoit qu'il avoit donné charge audit Gallet de savoir la response dudit mariage et des autres choses qu'il leur avoit fait savoir par lesdits Hontiton, Poneuse et Gallet, et de leur dire qu'il estoit tamps de besoigner s'ils vouloient riens bien faire, et qu'il voudroit qu'ils fussent deschendus ainsy que mouches ou gresle, et qu'il estoit achertené que nous alions sus nostre dit fils le daiilphin, et qu'il se tenoit seur d'avoir du retour des nos-
DE GHASTELLAIN. 4tô
c nous compéter et appartenir, sauf toutevoies réservé à a nous de faire et ordonner sur le tout ainsi que bon nous « samblera.
c Et déclare le roy son plaisir estre tel, c'est à savoir
ches, et que êi ils venoient et pceneient appointement ayeoq luy , ledit d*Alenchon leur aideroit de ses plaches, de son artillerie et de toat che q<i*aa monde leur seroit possible, et qu'ils ne fkUlissent point à Tenir, et aussy qnll ne eust point de faulte que ne luy fussent délivrés lesdits xx» esous, disant oultre que environ Pasques lors prochain ensievant, pour che qu*il s'esmerreiUoit fort de ohe que ledit Gallet n*estoit enoores retourné d'Bngletierre , il renvoia ledit Fortin audit lieu de Calais et lui donna charge de parler ausdits Anglois aux enseignes que dessus et de leur demander slls voudroient riens on non. En oultre plus dlst et confessa que environ Quasimodoensievant, ledit Oallet retourna d'Angletierre par devers luy et lui apporta lettres du roy d'Angletierre, signées, comme disoit ledit Gallet, de la main d'iceluy roy d'Angletierre, c'est assavoir Henry, et que lesdites lettres eontenoit ce que s'enaieut : « Très-chier cousin, nous vous merchions du « bon vouUoir que avez à nous, nous avoirons nostres facteurs au pre- « mier jour d'aoust à Bruges pour le fiedt des trièves d'entre nous et « beau cousin de Bourgongne, et que là se trouvent aussy vos fiacteurs « pour appointier de toutes chosses et feront tant, si Dieux plest, que « vous serez bien contons. » Et oultre disoit que ledit GaUet avoit dit que le roy d'Angletierre avoit recueilli le gouvernement et que le duc dlorc estoit allé en Galles, et que à ceste cause ledit GaUet sestoit adréohié au roy d'Angleterre et luy avoit dit le vouUoir et intention dudit d'Alenchon, dont il le merchioit, et lui flst savoir par lui qu'il envoirait ses ambassadeurs audit lieu de Bruges, selon le contenu es dites lettres, et que ledit d'Alenchon y envoiast samblablement et que lesdits ambassadeurs apporteraient ensamble lesdits xx" escus, et aussy d'en baiUer sellés et de toutes autres chosses. Dist aussy et confessa ledit d'Alenchon que tant pour ce que le jour dessu^iit auquel nosdits anemis lui dévoient envoier lesditz xx*" escus, luy estoit loncq, que aussy que pour che que il désiroit savoir l'issue de son appointement avecq nosdits anemis, il renvoia derechief ledit Gallet en Angletierre, afin de faire avanchier ledit argent et aussy pour recouvrer un saulf-conduit pour ung de ses gens duquel saulf-conduit le nom devoit estre en blanoq, afin qu'il peuist envoier aucun homme pour besongnier avecq lesdits Anglois là où mestier eust esté et passer ses appointemens, et que en oultre il dist audit Gallet qu'il ne savoit quelles les fortunes de la guerre seroient, et qu'il vouldroit bien avoir quelque retraict en Angleterre si le cas avenoit qu'il se retraist par
« que au regard de la personne de messire Jehan d'Alen-
« çon il plaist au roy que Texécution dlcelle soit différée,
« et la diffère le roy jusques à son bon plaisir, et quant
« aux biens qui furent et appartinrent audit d'Alençon,
delà et qu*il lui parlast de la duché de Bettefort, de la duché de Rochestre, et des terres que lesdits seigneurs desdites terres tenoient en leur vivant, afin qu'il en ftist parlé au roy d'Angletierre, et que au partement dudit Gallet il luy bailla ungnes lettres adréchans audit duc dlorc en cheste fourme : « Seigneur , je me recommande à vous, « et me donne grant merveille que n'ay eu autrement nouvelles de « vous par che porteur, et vous prie que m'en fâchiez savoir brief, et « le vouliez croire de ce qu'il vous dira par moy. • Et oultre escript autres lettres à maistre Louis Gallet demorant en Angletierre et père dudit mestre Émond, contenant que ledit d'Alenchon le merchioit de sa bonne vouUenté qu'il avoit à luy ainsi qu'il avoit seu par son fils et qu'il adrechast tousjours les matières. Disoit outre que ainssy que lui et ledit mestre Émond devisoient des matières, ledit mestre Émond dist que l'intention desdits Anglois estoit que le duo d*Sxetre et le f^ère du sire de Tallebot descenderoient en Guienne , atout x ou xii* combatans, et le duc de Boucguyngam et le comte de WiUebi et d'Unchurt (?) descenderoient à Calais et vendroient par Picardie à x ou xn* combatans et que le roy d* Angletierre et le duc d'Iorc et autres desçhenderoient en nostre paTs de Normandie. Outre plus dist et confessa ledit d'Allençon avoit parlé à Formon, son varlet de chambre, afin que ledit Formon fust de son alliance touchant le fait desdits Anglois, en oultre lui avoir donné charge de savoir comment notre place de Grantville estoit remparée et si elle estoit bien fortifiée et quelles réparations on y avoit falotes, et en espécial du costé où elle avoit esté autrefois prinse,etque s'il se fust joint avecq lesdits Anglois, comme il espéroit qu'il se fesist, il eut bien voUut trouver manière par quelque moyen que che eust esté de bailler ladite plache de Grantville et toutes les autres plaches qu'il lui eust esté possible auxdits Anglois qu'il eust peu. Disant en oultre ledit d'Alenchon qu'il a esté meu de faire exciter et esmouvoir par lesdits messages lesdits Anglois à venir et deschendre en ce royaume à la sugestion d'un nommé Mathieu, prebtre, duquel ne savoit le nom, qui se disoit estre du païs de Lyonnois et serviteur du bastart d'Ermignac, lequel, comme disoit iceluy d'Alenchon, luy avoit aporté lettre contenant créance sur le porteur de par nostre fils ledit daulphin et aussy de par ledit bastart d'Ërminacq, enquelles lettres de nostre dit fils ledit d'Alençon, ainsy que disoit, faisoit doubte i)Our ce qu'elles n'estoient pas en la fourme selon laquelle nostredit fils avoit acoustumé lui escripre, et aussi faisoit doubte en la signature desdites
DE CUÂSTELLÀIN. 485
a jà-soit-ce que les enfans d'icelui d'Alençon , selon « droit, raison et les usages gardés en tel cas, dussent « estre privés et déboutés de tous biens, honneurs et pré- « rogatives et vivre en tel povreté et mendicité que ce « fust exemple aux autres, toutevoies en ramembrance « des services des prédécesseurs dudit d'Alençon faits aux « prédécesseurs du roy et à la chose publique du royaume, « espérait aussi que lesdits enfans se conduiront et gou- « vemeront envers le roy comme bons, vrays et léaux
lettres, sur laqueUe chosse et à sa reqneste [comme] eussent esté examinés par aucuns nos commissaires, pluiseurs tesmoings nommés par ledit d' Alenohon et les serviteurs de son hostel , comment Us avoient yen ledit prebtre, et aussi eust esté examiné ledit maistre ÉmondGallet, avecq lequel ledit d'Alenchon se disoit avoir bien amplement commi\piqué [sur] tout le teAt dudit prebtre, et lequel GaUet eust esté sur ce confroncté avecq ledit d*Alenchon, aussy eussent esté sur che interrogés lesdits messagiers et autres complices dudit d*Âlenchon, lesquels, comme il eatoit asseuré, dévoient savoir de ladite matière, au cas que ce tast chosse vraie, par tous lesquels tesmoings n'eust esté trouvé aucune chosse de ce que dit est en ceste partie par ledit d'Âlenchon, anchois avoient dépossé pluiseurs chosses qui donnèrent pluiseurs présomptions au contraire, et en oultre disoit ledit d'Alenchon que oncques il n'eust lettre de nostredit fils et ne oy parler de ladite matière de par lui à aultre que audit Matieu, et ne savoit encores s'il le disoit de Ini-mesme ou par qui il le disoit, et que ledit d'Alenchon n*avoit oncques veu povoir, ne instruction de nostredit flls touchant icelle matière, et sur ce et aultres choses eussent esté faictes audit d'Alençon aucunes remonstrances par lesquelles eust appris que c'estoit ehosse controuvée par lui pour soy cuider couvrir et donner coulleur à sa charge, auxqueUes remonstrances ou à la pluspart d'iceiles ledit d'Alenchon eust dit qu'U n'y sauroit que respondre ou autres parolles d'un tel effect, outre plus, icelul d'Alenchon, en parlant dudit prebtre et en respondant auxdites remonstrances et aussy aux interrogations qui sur ce luy avoient esté foictes, eust esté vacillant et variant en pluiseurs jxoints et articles, comme tout che apert bien et amplement par ledit procès, par quoy , ne par quelle chosse qui eust esté dicte par ledit d'Alenchon, ne déi)osée par lesdits tesmoings sur ce examinés à sa reqneste, ne autrement par chosse contenue audit procès, n*a esté trouvé chosse par quoy nous et nostredite court devons tenir, ne tenons nostredit fils, ne aussy ledit bastard d'Erminacq aucunement chargiés envers nous et justice. »
TOI. III. Si
subjeta doiTent faire ravers leur souverain seigneur, et en faveur el contemplation des requestes sur ce faites au roj par mcrnseigneur le duc de Bretagne» oncle dudit d'Alençon, le rcd de sa grftee« en modérant la confiscation et forfaiture dessus déclarées, veut^ déclare et lui plaist que en tant qu'il touche les biens meubles qui furent audit d'Alençon» ils soient et demeurent à la femme et enfans d'icelui, réservé au roy l'artillerie, barnois et autres babillemens de guerre. Et au regard des terres, seigneuries et biens immeubles, le roy, en modérant comme dessus» retient à lui les viUes,^ cbastel, chastellenie et viconté d'Alençon , les ville , chastel , cbastellenie de Donfront et aussi ceux de Vemeuil tant deçà que delà la rivière d'Orne» aveoques les apparte* nances, appendances et dépendances desdites villes, diasteaux et duistelleniea et vicontéa» lesquela dès à présent le roy unist etadjoîntet incorpore au patrimoine et au jdomaine de son royaume» et avecques ce le roy a retenu et retient à lui le surplus des cbasteaux et chastellenies, terres, vicontés et seigneuries, rentes, revenues, possessions et biens immeubles qui furent du ducié d'Alençon,adjacences et appartenances d'icelui ducié, ensemble tous droits, noms, raisons et actions qui furent ou pourroient escboir, avenir, compéter et appartenir audit d'Alençon à cause dudit ducié, tant en propriété et possession comme autrement, et tous autres droits et seigneuries qui font partie de la couronne et appanage de France où qu'ils soyent, réservé la conté du Perche dont cy-après sera faite mention, pour en faire et ordonner par le roy à son bon plaisir. Et aussi a retenu et retient le roy le chastel, chastellenie, terre et « seigneurie de Saint-Blanchay , en Touraine, ensemble le
DE CHâSTELUIN. 487
« paiage que ledit d'Âlençon avoit et prenoit sur les ponst a de Tours et autres rentes, fiefs et reyenues que yoelui € d'ÂlençoQ tenoit et avoit en ladite ville et chastellenie de a Tours , pour en faire et ordonner comme dessus. Et « samUablement a réservé le roy & lui les fois et homma- « ges, droits, devoirs et recognoissanees qui compétent et « appartiennent audit d*Âlençon à cause de la conté du « Perche sur et pour raison des terres et seigneuries de a Nogent-le-Botrou » ses appartenances et dépendances « et autres terres appartenant à monseigneur le conte du « Maine à cause de madame la contesse sa femme. « Et au regard des autres terres et seigneuries et biens
< meubles qui furent et appartinrent audit d'Âlençon, le « roj les laisse et veut qu'ils soient et demeurent auxdits « enfans dudit d'Alençon, ainsi et par la manière qui s'en- « sieut, c'est assavoir la conté, terre et seigneurie duPercbe c pour en joyr à un seul fils dudit messire Jehan d'Âlençon « et par ses hoirs masles» descendans de son'corps et de € loyal mariage, sans toutevoies aucune dignité ou préro- € gative de parrie. Et quant au surplus des autres terres et « seigneuries qui furent et appartinr^at audit d'Alençon, « le roy les laisse et veut qu elles soient et demeurent
< auxdits enfans d'icelui d'Alençon, tant masles que fe^
< mellee, pour en joîr et user par lesdits enfans soubs la « main du roy, jusques à ce que eux et chacun de eux a soient en eage, et après qu'ils seront eagiés, par leurs € mains comme de leur propre chose, et par leurs hoirs « descendans de leurs corps en loyal mariage, le tout « selong les coustumes du pays où lesdites terres et sei- « gneuries sont situées et assises*. »
* Cf. Jean Cbartier, t. III, p. 91. Le mémoire de Pierre Dupuy sur
Geste très-amère sentence pour le duc d'Alençon et ses bienveillans fut donnée telle que avez oye, à Vendomme,
le \ présent le roy et ses pairs, et la
court garnie de tout ce qui appartenoit, et en fut la copie distribuée à toute qualité de gens doilt ne fait mie à doubter que tantost les nouvelles n'en venissent audit duc d'Alençon, lequel estoit en son logis en la ville, et à celle heure séoit à table et disnoit. Sy y vint un qui avoit esté à la sentence rendre, auquel prestement ledit d'Alençon demanda quelles nouvelles, et respondit l'autre : « Mon- « seigneur, prenez vostre patience en Dieu et le remer- € ciez : vous estes jugié à mort. > Lors se leva de table atout le mot, et joignant les mains vers le ciel, dist tantost en souspirant : « Loué soit Dieu, mon créateur de tout, et « puisque mourir en convient, j'aime autant tost que tard € et prenray en gré la mort. » Grosses larmes lui partoyent des yeux, et estoit une chose lamenteuse de voir sa chière, et n'y avoit nul emprès qui n'en plorast et condolust aveuc lui, et non merveilles comme de voir un si haut et si noble prince, de la vraye estraction des fleurs de lis et de la royale sève si prochain, estre encourru en si obprobrieuse et confuse sentence que de devoir mourir et estre exécuté par justice, au droit nombril et giron de ses amis, en la vue de sa femme et de ses enfans, de ses subjès et vassaux et de tout son peuple, et aveuc ce estre privé de toute dignité et prérogative appartenant à prince, privé, aussi toute sa génération, de terre et de seigneurie
le procès du duc d'Alençon est fort incomplet. Je citerai ici comme sources à consulter, les mss. de la Bibl. imp. de Paris, 1278, 4930, 5738, 10319*. Le ms. 1104 (Colbert, 7357») renferme le discours du duc d'Orléans en faveur du duc d'Alençon.
» Ajoutez : le 10 octobre 1458.
perpétuellement, et que plus lui estoit dur, c estoit que après .estre quitte de sa maleurée vie en sa personne, il ktisseroit une triste confuse renommée en ses enfans, ce savoit bien. 0 noble royal bourgeon, noble jadis branche produite d'un si cler et précieux tronc, que les cieux soloient regarder par faveur et terre et hommes honorer et encliner par révérence, et maintenant avironné de la bruyne de confusion, vois pervertir ta fortune, tourner en autre condition ton estât, et fouller aux pies et injurier ta noble personne! 0 et comme dur et amer glaive y a en ton courage, comme aigre et ague la pointe de ceste infélicité, de ceste intolérable misère, tu qui as esté né et produit au monde resplendissant, rayant glorieusement de clarté royale, bersé et enveloppé en fleurs de lis d'or, vestu et emmantelé de samblable femme*, nourry en chambre odorant, mis à cheval en apprest de prince, chaint d'espée ducal, tymbré de la figure du ciel donné à tes pères, doué de terres et possessions plusieurs et commis en gouvernement de haulx vassaux et divers peuples, et maintenant en déclin de tes jours et après avoir eu repaire au thrône de tes glorieux pères, tu te vois dénué de tout, privé d'honneur et de bon nom, et délenqui à fortune pour te fouler aux pies, et entré en la confusion la plus extrême de sa puissance, non pas par fortune commune, mais par fortune de toutes la plus felle, portant mille queues poignantes, et laquelle impareille à toute autre en felleté, t'a rendu mille queues poignantes plus amèrement que la mortl 0 povre duc, povre haut maleureux homme, et où t'a-elle mené maintenant celle sauvage fortune, et où te ont mené tes povres légièretés vicieuses,,
» Femme, pour fenne, (venne ou venel)? vêtement, étoffe ?
400 CHRONIQUE DE GHASTBLLÂIN.
auxquelles par trop tu t^es ployé jeusne, et par lesquelles attaintes en toy et réprouvées tu te vois en ceste calamité, en ceate si très-confuse et scandaleuse yssue de jours, comme de te sçayoir estre privé de toute dignité paternelle, de toute possession et seigneurie, et condempné à honteuse mort en publique en confusion de tes parents ! Certes droit-cy ne reste riens qui désormais te puisse prèster los, sinon que ta fortune te soit un resobnfort de mort briefve et que ta mort te rende pati^ice tranquille, et ta patience monstrée, rémission de tes péchiés par mérite que Dieu t'ottroye.
Moult estoient dures et amères ces nouvelles à beaucoup de gens, par espécial aux serviteurs de ce duc condempné, qui tout pleins de honte, alloient fondans en terre d*annuy. Donc, qui amèrement y condolurent, ce furent ces deux chevaliers venus à ceste journée*.
< Ici s'arrêtait probablement le livre IV. Il y a lien de croire que le livre V , totalement perdu , s'étSendait du mois d'octobre 1458 au mois de juillet 1461 . Parmi les principaux événements qui y étaient retracés, il faut citer (j'emprunte ce résumé à Jacques Dudercq) « l'ambassade d'Engleterre qui vint vers le duc de Bourgongne, l'obéis- « sance que le duc envoya rendre au pape Pius, l'ambassade qu'il « envoya au concile de Mantua, la prise du vidame d'Amiens, la a naissance du fils du Dauphin à Genappe, Texpédition envoyée en « Gueldres pour aider le fils du duc de Gueldres contre son père, les « guerres de la royne d'Engleterre (Marguerite d'Anjou) contre le duc « d^Yorc, l'ambassade du cardinal de Constances vers le duc de Bour- « gongne, la condamnation du comte d'Armignac qui vint à refuge « chez le duc de Bourgongne, les plaintes du oomte de Charolois « contre le seigneur de Croy, la feste de la Toison à Saint-Omer , la « mort de Charles, roy de France, septiesme du nom. »