‹ uvres de GilbertChapitre 16 sur 43 · APRES LE COMBAT D OUESSANT · texte numérisé non relu

APRES LE COMBAT D OUESSANT

Il a fui devant nous, pour retarder sa perte, Ce peuple usurpateur de l'empire des eaux; A peine pour combattre ont paru nos vaisseaux .

11 laisse au loin la mer déserte.

Des Français menaçants l'image le poursuit : Il fuit encor, caché sous de lâches ténèbres 1 ,

1. L'armée du roi a poursuivi celle d'Angleterre, et lui a toujours pré sente le combat dans lé meilleur ordre, sous le vent, depuis deux heures après midi jusqu'au lendemain ; mais l'amiral anglais n'a pas cru sans doute devoir l'accepter; il a profité de l'obscurité de la nuit pour faire sa retraite, en cachant soigneusement ses feux, tandis que tous les vaisseaux de l'armée du roi portaient les leurs, etc. {Gazette de France du lundi 28 août 1778.)

Et dans ses ports, jadis célèbres, Il court de son salut rendre grâce à la nuit. *

Tu disais cependant, anarchique insulaire :

« Environné des mers, seul, je suis né leur roi;

« L'orgueil des nations s'abaisse avec effroi

« Sous mon trident héréditaire.

« Les Français sont ma proie ; ils n'affranchiront pas « Les humbles pavillons que mon mépris leur laisse,

« Déjà vaincus de leur mollesse, « Et du seul souvenir de nos derniers combats. »

De tes chefs dédaigneux l'espérance insensée D'avance publiait nos vaisseaux prisonniers , Et Londres attendait nos plus braves guerriers,

Qu'ils enchaînaient dans leur pensée; A leur table insultante ils conviaient Bourbon, Bourbon qui , sur les flots essayant sa vaillance,

Prouve sa royale naissance En bravant des périls aussi grands que son nom.

Rendez-nous ce héros, mer trop longtemps jalouse;

C'est à lui d'annoncer la honte des Anglais. Il vient : feux d'allégresse , entourez son palais

Qu'attristaient les pleurs d'une épouse.

0 tendresse ! ô transports par la gloire permis ! Couple heureux ! plaisirs purs où leur âme se noie ,

Croissez de la publique joie Et de l'abaissement de nos fiers ennemis.

Aux armes , fils des rois ! nos vaisseaux vous demandent,

Impatients du port et de l'oisiveté;

L'Anglais, pour avoir fui, n'est pas encor dompté;

D'illustres dangers vous attendent :

Aux armes ! que l'honneur vous enlève à l'amour ! De nouveau sur la mer tout Albion s'avance,

Et , triomphant de votre absence , Par d'insolents défis presse votre retour.

Quel tumulte! quels cris d'allégresse et de guerre! Annoncent-ils Bourbon aux rivages français ? C'est lui-même; soldats, illustrés d'un succès,

Fendez les eaux , fuyez la terre ; Périssent les Anglais et leurs défis altiers !

Ciel ! que de sang versé teindra l'humide plaine !

Des deux côtés l'onde promène Des forêts , des cités enceintes 1 de guerriers.

Bientôt vous entendrez , par cent bouches rivales , L'airain contre l'airain tonnant avec fracas, Vaissaux heurtant vaisseaux, soldats contre soldats

Épuisant leurs haines natales.

Triomphons ou mourons ; quel opprobre éternel , Si la plus noble paix, digne prix de nos armes,

Ne suit les premières alarmes Dont Louis voit troubler son règne paternel !

Songez, en défiant l'Anglais et les tempêtes, Que si vous prodiguez votre sang généreux, Ce n'est point pour tenter un de ces vols heureux

Ennoblis du nom de conquêtes.

Français, vous combattez pour l'honneur des Français; Vos affronts commandaient la guerre qui s'élève ;

i . Scandîi fatalîs machina mur os >

Fêta armis. Virg., Mn. II.

Un siècle efféminé s'achève :

Qu'un siècle de grandeur s'ouvre par vos succès !

Vengez-nous ; il est temps que ce voisin parjure Expie et son orgueil et ses longs attentats ; D'une servile paix prescrite à nos États

C'est trop laisser vieillir l'injure :

Dunkerque vous implore ; entendez-vous sa voix Redemander les tours qui gardaient son rivage,

Et de son port, dans l'esclavage, Les débris indignés d'obéir à deux rois?

Dieu, qui tiens sous tes lois la fuite et la victoire, Toi dont le souffle apaise et soulève les eaux, Qui pousses à ton gré les empires rivaux

Vers leur décadence et leur gloire ; Si l'injustice arma nos ennemis jaloux , A nos vaisseaux, conduits par tes mains tutélaires,

Soumets les vents auxiliaires ; Descends , Dieu des Bourbons, et combats avec nous.

Des vertus de Louis recompensant la France ,

Tu permets qu'il revive en sa postérité ; De ce palmier tardif un rameau souhaité

Est promis à notre espérance :

Naissez, fils de l'État, pour le voir triomphant! Grand Dieu, tu ne veux point, déshonorant nos armes,

Troubler par le deuil et les larmes, Les fêtes qu'on prépare à ce royal enfant.

Non , généreux guerriers ; cet enfant vous présage Et la faveur du ciel et des lauriers certains : Cette épée en fureur, qui s'agite en vos mains ,

Lui doit la mer pour apanage.

Nuit qui sauvas l'Anglais , prompt à fuir nos vaisseaux , C'est toi que j'en atteste, et toi, guerre intestine,

Qui tiens la dernière ruine Pendante sur le front de ces tyrans des eaux.

0 vous qu'ils opprimaient, fils des mêmes ancêtres, Racontez leurs revers, enhardissez nos coups, Colons républicains , par la victoire absous D'avoir banni d'injustes maîtres; Français par l'amitié, depuis ce jour vengeur

Où Vergennes, du monde assurant la balance,

Consacra votre indépendance, Et défit Albion par un traité vainqueur.

Peignez votre univers , où leur pouvoir expire , De leur domaine ingrat retranché pour jamais ; La liberté transfuge opposant à l'Anglais

Empire élevé contre empire, Leurs climats épuisés d'hommes et de trésors, Les champs américains dévorant leurs armées,

Leurs flottes en vain consumées, Leur triple état courant s'engloutir sur vos bords.

Et nous sommes Français ! et dans nos ports timides Ce reste de vaincus veut imposer des lois ! Éveillez-vous, guerriers, et rendez à nos rois

Le trône des États humides :

Jusqu'en leurs forts ailés entrez victorieux ; Frappez ces légions , leur dernière espérance ;

Que le bruit de votre vengeance Aille au fond des tombeaux réjouir nos aïeux.

'Déjà sont accourus, tout rayonnants de gloire, Orgueilleux de revivre en vos chefs indomptés, Et Duquesne et Forbin , tous ces héros vantés

Dont les mers gardent la mémoire ; Ils vous suivent, brûlant de combattre avec vous. Les voyez -vous, guerriers, ces fantômes terribles,

De leurs bras encore invincibles, Pousser vers l'ennemi vos vaisseaux en courroux?

« Ici sont les Anglais; des dangers qu'il affronte

« Chacun de vous aura son père spectateur :

« Marchez, vous disent-ils; devant vous est l'honneur;

« Derrière, à vos côtés, la honte. »

Mânes de nos héros, vous serez satisfaits; Vous ne rentrerez point dans l'éternel silence.

Affligés d'avoir vu la France Réduite à regretter l'opprobre de la paix.

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