Léopold 1er
Marcher nos maîtres légitimes.
Les voyez-vous se rassembler Autour de leur fille immortelle, Qui , toujours aux Lorrains fidèle , Descend et vient les consoler ?
Je l'entends ; elle parle , elle est ici présente , Et fait couler le miel de sa bouche éloquente.
« C'est trop gémir et soupirer :
« Ah! calmez ces regrets profanes; « Vos maux viendraient me déchirer « Jusqu'au fond du séjour des mânes.
« Je vous aimais, et chez les morts « Cette même ardeur m'a suivie ; « Loin de vous s'écoula ma vie , « Mais mon cœur habitait vos bords :
« Du moins, du moins rendue à des rives si chères, « Ma cendre ira dormir au tombeau de mes pères.
« Gardez ces restes précieux, « Gages derniers de ma tendresse, « Et que le nom de mes aïeux
« Sur vos bouches vole sans cesse.
« Vantez en eux des bienfaiteurs, « Et non point vos antiques princes ; « Louis commande à ces provinces, « Comme eux il a droit à vos cœurs.
« Que dis-je ? ah ! que vos cœurs à Louis seul se donnent ;
« C'est moi, c'est mes aïeux, leurs ombres qui l'ordonnent.
« Leur sceptre est brisé pour jamais,
« Il est brisé; mais, ô Lorraine !
« Déjà pour toi l'heureux Français
« Les voit tous revivre en sa reine.
« Sans doute, dès ses jeunes ans,
« On lui redit leurs grands exemples;
« Que de ses pères dans tes temples
« Étaient cachés les ossements.
« S'ils aimaient les Lorrains, le même amour l'enflamme, « Et toutes leurs vertus ont passé dans son âme. »
L'ombre a dit. Yous savez ses lois , Yoici sa tombe redoutable ; Jurez-y, peuples, à vos rois
Une tendresse inviolable :
Parlez. « Nous jurons à Louis « De vivre tous Français fidèles; « Oui, s'il restait des cœurs rebelles « Que sa vertu n'eût point conquis , « 0 reine, ô des Lorrains chère et douce espérance, « Il les reçut de vous dévoués à la France! »