ACTE I, SCENE II. ,I
Sur l'établissement que vous avez promis, Et d'une... Mais enfin je me serai méprise , Vous en êtes content ; madame en est éprise. Je croirois même assez.. .
GÉROÎtTE.
Quoi ? qn'elle aime Cléon ?
LISETTE
C'est vous qui l'avez dit, et c'est avec raison Que je le pense moi; j'en ai la preuve sûre. Si vous me permettez de parler sans figure, J'ai déjà vu madame avoir quelques amants ; Elle en a toujours pris l'humeur, les sentiments, Le différent esprit. Tour-à-tour je l'ai vue Ou folle on de bon sens, sauvage ou répandue; Six mois dans la morale, et six clans les romans, Selon l'amant du jour et la couleur du temps; Ne pensant, ne voulant , n'étant rien d'elle-même , Et n'ayant d'ame enûn que par celui qu'elle aime. Or, comme je la vois, de bonne qu'elle et oit , N'avoir qu'un ton mécbant, ton qu'elle détestoit ; Je conclus que Cléon est assez bien chez elle. Autre conclusion tout aussi naturelle:
Elle en prendra conseil ; vous en croirez le sien Pour notre mariage, et nous ne tenons rien.
Ab ! je voudrois le voir ! corbleu ! tu vas connoître Si je ne suis qu'un sot , ou si je suis le maître, .l'en vais dire deux mots à ma très cbere sœur, Et la faire expliquer. J'ai déjà sur le cœur Qu'elle s'est peu prêtée à bien traiter Aristc; Tu m'y fais réfléchir: outre un accueil fort triste , Elle m'avoit tout l'air de se moquer de lui , Et ne lui répondoit qu'avec un ton d'ennui : Oh! par exemple, ici t.i ne peux pas me dire Que Cléon ait montré le moindre goût de uuirc , Ni de choquer Aristc, ou de contrarier
iîo LE MECHANT.
lin projet dont ma sœur paroissoit s'ennuyer,
Car il ne disoit mot.
LISETTE
Non, mais à la sourdine.
Quand Ariste parloit , Cléon faisoit la mine ; Il animoit madame en l'approuvant tout bas : Son air, des demi-mots que vous n'entendiez pas, Certain ricanement , un silence perfide ; Voilà comme il parloit, et tout cela décide. Vraiment il n'ira pas se montrer tel qu'il est, Vous présent: il entend trop bien son intérêt ; Il se sert de Morise, et sait se satisfaire Du mal qu'il ne fait point , par le mal qu'il fait faire. Eufiu, à me prècber vous perdez votre temps : Je ne l'aimerai pas, j'abborre les méchants : Leur esprit me déplaît comme leur caractère ; Et les bons cœurs ont seuls le talent de me plaire. Vous , monsieur , par exemple , à parler sans façon , Je vous aime; pourquoi? c'est que vous êtes bon.
GÉROSTE.
Moi ! je ne suis pas bon. Et c'est une sottise Que pour un compliment...
LISETTE
Oui, bonté c'est bêtise , Selon ce beau docteur: mais vous en reviendrez. Eu attendant, en vain vous vous eu défendrez , Vous n'êtes pas méchant, et vous ne pouvez ÎYtie. Quelquefois, je le sais, vous voulez le paroître; Vous êtes comme un autre, emporté , violent , Et vous vous fâchez même assez honnêtement : Mais au fond la bonté fait votre caractère , Vous aimez qu'on vous aime, et je vous eu révère.
Ma sœur vient : tu vas voir si j'ai tant de douceur, Et si je suis si bon.