‹ uvres de GressetChapitre 206 sur 215 · LETTRE SUR LA COMÉDIE · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LA COMÉDIE

JLi e s sentiments , monsieur , dont vous m'honorez depuis pins de vingt ans tous ont donné des droits inviolables sur tous les miens ; je vous en dois compte, et je viens vous le rendre sur un genre d'ouvrages auquel j'ai cru devoir renoncer pour toujours. Indépendamment du désir de vous soumettre ma conduite et de mériter votre approbation , votre appui m'est nécessaire dans le parti indispensable que j'ai pris, et je viens le réclamer avec tonte la confiance que votre amitié pour moi m'a toujours inspirée. Les titres , les erreurs , les songes du monde n'ont jamais ébranlé les principes de religion que je vous connois depuis si longtemps ; ainsi le langage de cette lettre ne vous sera point étranger , et je compte qu'approuvant ma résolution , vous voudrez bien m'appuver clans ce qui me reste à faire pour l'établir et pour la manifester. Je suis accoutumé, monsieur, à penser tout haut devant vous ; je vous avouerai donc que depuis plusieurs années j'avois beaucoup à souffrir intérieurement d'avoir travaillé pour le théâtre, étant convaincu, comme je l'ai toujours été , des vérités lumineuses de notre religion , la seule divine , la seule incontestable : il s'élevoit souvent des images dans mon ame sur un art si |>eu conforme à l'esprit du christianisme ; et je me faisois sans le vouloir des

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reproches infructueux . qae j'évitdi* de démêler et d'âpprofoûdir: toujours combattue) toujours fbible, je différoisde me jugei , pai la crainte de me rendre et par le désir de me faite graoe. Quelle force ponvoieal avoir des réflexions involontaires l'empire île L'imagination et L'enivrement '.'<• La fausse gloire? Encouragé par L'indulgence dont Le public a bonoré Sidnej et /<• Méchant , ébloui par Les sollii itations les pins | uissantes, séduit par mes amis, dupe dautrui el de moi-inêmr, rappelé en m m • temps par cette voix int ri'eufe, toujours sévère el toujours juste , je souffrois,et jr n'en n availlois pas moins dans le même genre. Il r.Vst guère de situation plus pénib i pense)

que de voir sa conduite en contradiction principes, el de se trouver fau\ .1 soi-même , et mal avec SOI : je cberchoi; tte voix des re-

mords . .1 laquelle on n'impose point sileu< e'royois \ répondre par de mauvaises autorités qqe je me donnois ponr lionnes; an défaut de solides i ai s ins j 'appelois à mi i frêles raisonnements des apologistes du ili tirois même des moyens personnels d'ap mon ni ten.t ion à ne rien écrire qui ne put i mis j toutes les lois des mœurs : mais tous ces secours ne pouvoient rien pour ma tranquillité; les noms sacrés et \ énérables dont ou a abuse pour justifier l.i composition des ouvrages dramatiques et ie danger des spectacles, les textes prétendus favorables, les anecdotes Fabriquées, les sôpbi^mes des autres et les miens , tout cela n'eloit que du bruit , et un bruit bien foible contre ce sentiment impérieux qui réclamoit dans mon cœur. Au milieu de ces contrariétés et de ces doutes de in.iu\ poursuivi par L'évidence, j'aurois dû reconnoitre dès-lors , comme je le recouuois aujourd bui , qu'où

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a toujours tort avec sa conscience quand on est réduit à disputer avec elle. Dieu a daigné éclairer entièrement mes ténèbres, et dissiper a mes yeux tous les enchantements de l'art et du génie. Guidé par la foi , ce flambeau éternel devant qui toutes les lueurs du temps disparoissent , devant qui s'évanouissent toutes les rêveries sublimes et profondes de nos foibles esprits forts, ainsi que toute l'importance et la gloriole du bel-esprit , je vois sans nuage et sans enthousiasme que les lois sacrées de l'évangile et les maximes de la morale profane , le sanctuaire et le théâtre sont des objets absolument inalliables ; tous les suffrages de l'opinion, de la bienséance, et de la vertu purement humaine fussent-ils réunis en faveur de l'art dramatique , il n'a jamais obtenu, il n'obtiendra jamais l'approbation de l'église : ce motif saus réponse m'a décidé invariablement. J'ai eu l'honneur de communiquer ma résolution à monseigneur l'évêque d'Amiens, et d en consigner l'engagement irrévocable dans ses mains sacrées ; c'est à l'autorité de ses leçons et à l'éloquence de ses vertus que je dois la lin de mon égarement : je lui devois l'hommage de mou retour ; et c'est pour consacrer la solidité de cette espèce d'abjuration que je l'ai laite sous les yeux de ce grand prélat si respecté et si chéri ; son témoignage saint s'éleveroit contre moi si j'avois la foiblesse et l'infidélité de rentrer dans la carrière. Il ne me reste qu'un regret en la quittant ; ce n'est point sur la privation des applaudissements publics, je ne les aurois peut-être pas obteuus ; et quand même je pourrois être assuré de les obtenir au plus haut degré, tout ce fracas populaire n'ébranleroit point ma résolution ; la voix solitaire du devoir doit parler plus haut pour un chrétien que toutes les voix de la renommée : l'unique regret qui me reste ,

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c'est de ne pouvoir point assez effacer le scandale que j'ai pu donner à la religion par ce genre d'ou- V rages . <l de urne point à portée de réparer le mal que j'ai pn causer sans le vouloir. Le moyen le pins apparenl de réparation, autant qu'elle «m possible, dépend de votre agrément pour la publicité de celle lettre: j'espère quêtons voudrez bien permettre qu'elle se répande, et que les regrets sincères que j'expose ici à l'amitié aillent pforter mon apologie par-tout où elle est nécessaire. Mes foibles talents n'ont point rendu mon n<mi assez considérable pour faire un grand exemple; mais tout lùlele quel qu'il soit , quanti ses égarements ont eu quelque notoriété, doit en publier le désaveu, et laisser un monument de son repentir. Les gens du hou air, les demi-raisonneurs , les pitoyables incrédules peuvent à leur aise se moquer de ma démarche; je serai trop dédommagé de leur petite censure et de leurs froides plaisanteries . si les gens sensés et vertueux, si les écrivains dignes de servir la religion , si les âmes honnêtes et pieuses que j'ai pu scandaliser voient mon humble désaveu avec cette satisfaction pure que fait naitre la vérité tics qu'elle se montre.

.le profite de cette occasion pour rétracter aussi solennellement tout ce que j'ai pu écrire d'un ton

peu

réfléchi dans les bagatelles rimées dont on a

mlliplie les éditions sans que j'aie jamais été dans la confidence d'aucune. Tel est le malheur attache à la poésie, cet art si dangereux:, dont l'histoire est beaucoup plus la liste des fautes célèbres el des regrets tardifs , que celle ries succès suis honte et de la gloire sans remords ; tel est recueil près me inévitable, sur-tout dans les délires de la jeunesse : ou se laisse entraîner à établir des principes qu'on n'a point ; un vers brillant décide d'une maxime har-

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