‹ uvres de GressetChapitre 207 sur 215 · SUR LA COMÉDIE · texte numérisé non relu

SUR LA COMÉDIE

die, scandaleuse, extravagante; l'idée est terne re, letraii est impie, n'importe, Le vers est heureux, sonore, éblouissant, on ne peut le s'icrifier on ne veut que briller, on parle contre ce qu'on croit, et la vanité des mots l'emporte sur la vérité (' «choses. L'impression ayanl donné quelque existence à de foi b les productions auxquelles j'attache fort peu dé valeur, je rue crois obligé d'en publier une édition très corrigée, où je ne conserverai rien qui ne puisse être soumis à la lumière delà religion et., la sévérité de ses regards: la même balance nie réglera dans d'autres ouvrages qui n'ont poinl encore vu le jour. Pour mes nouvelles comédies dont deux ont été lues, monsieur , par vous seul) , ne me les demandez plus; le sacrifice en est fait, et c'étoit sacrifier bien peu de chose. Quand on. a. quelques écrits à se reprocher il faut s'exécuter sans réserve des que le remords les condamne; il seroit trop incertain de compter que ces écrits seront braies au flambeau qui doit éclairer notre agonie.

J'ai cru, pour l'utilité des mœurs, pouvoir sauver de cette proscription les principes et les images d une pièce que je finissois, et je les donnerai sous une autre forme que celle du genre dramatique : cette comédie avoit pour objet la peinture et la critique d'un caractère plus à la mode que le Méchant même, et qui, sorti de ses bornes, devient tous les jours de plus en plus un ridicule et un vice national.

Si la prétention de ce caractère , si répandue aujourd'hui, si maussade, comme l'est toute prétention, et si gauche dans ceux qui l'ont malgré la nature et sans succès, n'etoit qu'un de ces ridicules qui ne .sont que de la fatuité sans danger , ou de la sottise sans conséquence, je ne m'v serois plus arrête, l'objet du portrait ne vaudrait pas les frais

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des crayons; mais outre -.nui ni que absurdité .cette prétention est de | ■ I n -• si contraire aux règles établies,à l'honnêteté pnbliqne . el an respect du î la raison . que je me mus cru obligé d'en conserver les traits et la censure, par l'intérêt qne tout citoyen qui pensedoiî prendre ans droits de la vertu et île la \ ei i té : j'ai tout lien d'espérer qne ce sujet , s'il doit être tic qnelqne utilité, y parviendra bien pins sûrement sons cette forme nouvelle que s'il n'eut paru qne mu la scène, cette prétendue école des mœurs ,où l'amour-propre ne vient reconnoître qui lestorra d'autrui ,' et où les vérités morales le plus lumineusement présentées n'ont que le stérile mérite d'étonner nn instant le désœuvrement el la frivolité, sans arriver jamaisà corriger les vices, et sans parvenir à réprimer la manie des faux airs dans tous les genres , et les ridicules de tous les rangs.

Je laisse de si minces' objets , pour finir par des considérations d'un ordre bien supérieur à toutes les brillautes illusions de nos arts agréables , de nos talents inutiles , et du génie dont nous nous flattons.

Si quelqu'un de ceux qui \ eulent bien s'intéresser à moi est tenté de condamner le parti que j'ai pris de ne plus paroitre dans celte cari iere, qu'avant de me désapprouver il accordé un regard aux principes qui m'ont déterminé; après avoir apprécié dans sa raison ce phosphore qu'on nomme l'esprit , ce rien qu'on appelle la renommée , ce moment qu'on nomme la vie, qu'il interroge la religion qui doit lui parler comme à moi, qu'il contemple fixement la mort, qu'il regarde au-delà . et qu'il méjuge. Cette image de notre fin, la lumière, la leçon de notre existence, et de notre première philosophie . devroit bien abaisser l'extravagante indépendance et l'audace impie de ces superbes et petits disserta-

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teurs qui s'efforcent vainement d'élever lenrs délires systématiques au-dessus des preuves lumineuses de la révélation. Le temps vole, la nuit s'avance, le rêve va Unir, pourquoi perdre à douter avec une absurde présomption cet instant qui nous est laissé pour croire, et pour adorer avec une soumission fondée sur les plus fermes principes de la saine raison? Comment immoler nos jours à des ouvrages rarement applaudi», souvent dangereux, toujours inutiles? Pourquoi nous borner à des spéculations indifférentes sur les majestueux pbénomeues de la nature! Au moment ou j'écris, un corps céleste, nouveau à nos regards, est descendu sur l'horizon ; mais ce spectacle également frappant pour les esprits éclairés et pour le vulgaire , amuse seulement la frivole curiosité quand il doit élever nos réflexions; encore quelques jours, et cette comète que notre siècle voit pour la première fois va s'éteindre pour nous , et se replonger dans l'immensité des cieux pour ne reparoitre jamais aux venx de presque tous ceux qui la contemplent aujourd'hui. Quelle destinée éternelle nous aura été assignée lorsque cet astre étincelant et rapide, arrivé au terme d'une nouvelle révolution , après une marche île plus de quinze lustres, reparoitra sur cet hémisphère? les témoins de son retour marcheront sur nos cendres.

Je vous demanderois grâce, monsieur, sur quelques traits de cette lettre qui paroissent sortir des limites du ton épistolaire, si je ne savois par une longue expérience que la vérité a toute seule par elle-même le droit île vous intéresser indépendamment de la façon dont on l'exprime, et si d'ailleurs dans un semblable sujet, dont la dignité et l'énergie entraînent lame et commandent l'expression, on pouvoit être arrêté un instant par de froides

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