SCENE II
EDOUARD ; ALZONDE , sous le nom d'A^laé.
ALZONDE.
Par votre ordre en ces lieux appelée, Quel soin vous interesse au sort d'une exilée ? Puis-je espérer, seigneur, qu'un secours généreux Va mettre lin aux maux d'un destin rigoureux?
Oui, fidèle Aglaé , pour terminer vos peines Attendez tout de moi , si vous calmez les miennes.
De ce funeste jour vous savez les malheurs ;
Vous pouvez prévenir de plus grandes douleurs.
Accablé de remords, de tristesse el de crainte.
Mais comptautsur vos soins . je parle sans contrainte.
Vous nie voyez rempli du désespoir amer
D'affliger, d'alarmer ce que j'ai de plus cher :
L'amitié , je le sais , avec elle vous lie ;
C'est vous intéresser que nom mer Eugénie.
Si vous chérissez donc sa gloire et sou bonheur,
Et si jamais l'amour a touché votre cœur,
Sauvez-la, sauves-moi. Par un récit fidèle
Allez la rassurer dans sa fraveur mortelle :
On accuse son père, il n'est point condamné;
A la rigueur des lois s'il semble abandonné .
Des fureurs d'un amant qu elle excuse le crime.
J'ai moins prétendu perdre un sujet que j'estime.
Qu'arrêter Eugénie au point de fuir ma cour :
L'amour va réparer le trime de l'amour.
Oui, fùt-il condamné, le sang de ce que j'aime
Est sacré dans ces lieux ainsi que le mien même,
Sans le sceau de ma main les lois ne peuvent rien :
Le coupable est sou père, et son père e.st le mien,
Qu'elle vienne : elle sait mon troubleet sa puissance.
Qu'un seul de ses regards enchaîne ma ven
J'espère tout du sort, puisqu'il a confié
La cause de l'amour aux soius de l'amitié.
Je ne veux qu'une grâce ; à mes feux moins contraire,
Qu elle n'écoute plus un préjugé sévère ,
Que par un tendre amant son front soit couronné,
Qu'elle accepte mon cœur , et tout est pardonné.
Seigneur, si vous voulez le bonheur de sa vie, Si vous daignez m'en croire, oubliez Eugénie. On n'attend point l'amour d'un coeur infortune Par lui-même à l'exil, aux larmes condamne. Sans lui faire acheter la grâce qu'elle espère,