‹ uvres de GressetChapitre 62 sur 215 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

DDMONT.

JLr, falloit, sur ma foi , que le mauvais poète Oui chanta le premier l'amour de la retraite Fût un triste animal: quel ennuyeux séjour l'our quelqu'un un peu fait à celui de la cour ! Depuis trois mortels jours qu'on ce mauoir champêtre Je partage l'ennui dont se nourrit mon maître, j'ai vieilli de trois ans. Est-il devenu fou, Monsieur Sidnei? quoi donc ! se nicher en hibou, Lui riche, jeune, exempt de tout soin incommode, Au milieu de son cours des femmes à la mode , A la veille , morbleu ! d'avoir un régiment , Planter là l'univers, s'éclipser brusquement , Quitter Londre et la cour pour sa maudite terre ! Si je savois du moins quel sujet nous enterre Dans un gîte où jamais nous ne sommes venus : Mais j'ai beau lui parler, il ne me répond plus ; Depuis an mois entier c'est le silence même : Oh! je saurai pourquoi nous changeons de système; Il ne sera pas dit que nous nous ennuierons

7o SIDNEI.

Sans que de notre ennui nous sachions les raisons.

('revenant sur ses pas. ) Allons... J'allois me faire une belle querelle; Il m'a bien défendu d'entrer sans qu'il appelle. Il n'a point amené seulement un laquais ; Il faut qu'en ce désert je sois tout désormais, Et qu'un valet-de-chambre ait la peine de faire Le service des gens outre son ministère: Ah! la chienne de vie!... Encor si dans ces bois, Pour se désennuyer, on voyoit un minois, Certain air , quelque chose enfin dont au passage On put avec honneur meubler son hermitage , On prendroit patience, on auroit un maintien , Mais rien n'existe ici, ce qui s'appelle rien ; C'est pour un galant homme un pays de famine. J'ai pourtant entrevu certaine Mathurine, Fille du jardinier, gentille; mais cela M'a l'air si sot, ci neuf!... Ah ! parbleu! la voilà. Bon jour , la belle enfant.

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