ACTE I, SCENE VI
s i d n e i , écrivant.
Que vas-tu faire?
DUMOIT.
'Moi? mes dépêches : parbleu!
Il faut mander du moins que je suis en ce lieu. Croyez-vous qu'on n'ait pas aussi ses connoissances? Vous m'avez fait manquer à toutes bienséances: Partir sans dire adieu , se gîter sans dire où; Dans mes sociétés on me prend pour nn fou : D'ailleurs quitter ainsi la bonne compagnie. Monsieur, c'est être mort au milieu de sa vie. Vous avez , il est vrai , des voisins amusants , D'agréables seigneurs, des campagnards plaisants. Qui vous diront du neuf sur de vieilles gazettes; Cela fera vraiment des visites parfaites.
SIDSÏI.
Console-toi, demain Londres te reverra.
D UMO NT.
Vous me ressuscitez, j'étois mort sans cela.
s i d n e i , continuant d'écrire.
Tu ne te fais donc point au pays où nous sommes?
Moi ! j'aime les pays ou l'on trouve des hommes : Quel diable de jargon! je ne vous connois plus; Vous ne m'aviez pas fait au métier de reclus : Depuis votre retour du voyage de l'rance, Où mon goût près de vous me mit par préférence, Je n'a vois pas encor regretté mon pays ; .le me trouvois à Londre aussi-bien qu'à Paris ; .l'ctois dans le grand monde employé près des belles, •le portois vos billets , j'étois bien reçu d't lies : De l'amant en quartier on aime le coureur, •(e remplissois la charge avec assez d'honnenr; Eu un mot je raenois un train de vie honnête : Mai ; ici je me rouille, et je me trouve bête. Ma foi, uous faisons bien de partir prompUsment ,
76 SIDNIÎI.
Et d'aller à la cour, notre unique élément.
Mais,puisque nous partons,qu'est-il besoin d'écrire?
SIDNEI.
Tu pars ; je reste , moi.
D UMONT.
Quel chagrin vons inspire Ce changement d'humeur, cette haine de tout, Et l'étrange projet de s'ennuyer par goût ? Je devine à-peu-près d'où vient cette retraite; Oui, c'est quelque noirceur que l'on vous aura laite : Quelque femme, abrégeant son éternelle ardeur, S'est-elle résignée à votre successeur?
Il est piquant pour moi , qui n'ai point de querelles , Et suis en pleine paix avec toutes nos belles, D'être forcé de vivre en ours, en hébété , Parceque vous boudez, ou qu'on vous a quitté.
SIDNEI.
Chez mylord Hamilton tu porleras ma lettre.
DUMOltT.
C'est de lui le paquet qn'on vient de me remettre ; Sur l'adresse du moins je l'imagine ainsi.
SIDNEI.
Comment! par quel hasard me sait-il donc ici? [il h tune lettre, et laisse les autres sans les ouvrir.) Il me mande qu'il vient; mais j'ai quelques affaires Que je voudrois linir en ces lieux solitaires : 11 faut, eu te hâtant , l'empêcher de partir...
D U MONT
Et vous laisser ici rêver , sécher, maigrir, Entretenir des murs, des hiboux, et des hêtres... Mais j'ai vu quelquefois que vous lisiez vos lettres.
( Dumont lit les adresses.) 0:i je suis bien trompé, monsieur, ou celle-ci Est de quelque importance ; elle est de la cour. sidnei, l'ayant lue.
Oui,