Tome 1 II
Le vray de ce que vous mentistes,
En ce qu'après le voir déistes,
Que ma dame estoit assez près.
724 Je m'en vois ; or venez après,
Ou vous demourrez, s'il vous plaist. »
— « Guillaume, bien heure de plait
Est encor ; ne vous hastez point.
728 Vous y venrez assez a point,
Se ma dame y puet adrecier.
Se vous saviez un po tencier, '
Bon seroit et pour certein cas 732 Ou vous devenez avocas ;
Car on vous porra bien sousprendre.
Se vous ne vous savez deffendre, »
De si fais mos nous debatiens, 736 Par gieu si nous en esbatiens;
Dont tant en parlant chevauchâmes
Que la gent la dame aprochames.
Lors m'avansay, et quant je vi 740 Son gentil corps amanevi
D*onneur, de grâce et de science.
En signe de grant révérence
Vos jus de mon cheval descendre ; 744 Mais tantost le me va deffendre,
En disant debonnairement :
« Hola, Guillaume, nullement,
Pour certein, n'i descenderez.
748 A cheval a moy parlerez. »
Quant je l'oy, je m'en souffri,
725 3/ si — 726 M bien li heure — 727 M Nest; DE encore
— 728 DE venes — 780 E Da vous parler et raisonner ^ 732 A aduocas— 735 D debation; £: debations — 736 D debation; E esbations — 737 AFD tout — 738 M ma dame — 740 FM amcneui; BD ame ne vi (B neuy); E a nicnneny — 744 E le raala d*
— 747 D ne; £ descendres — 748 F pallcrez — 749 I> Et quant loy.
Et si bel salu li offri,
Comme je pooie et savoie, 752 Et comme faire le dévoie,
Einsi comme j'avoie apris
A honnourer gens de tel pris.
Et elle aussi, sans contrefaire, 756 Sceut moult bien le seurplus parfaire,
En respondant par amisté,
Gardant honneur et honnesté.
Puis me dist moult rassisement :
La Dame.
760 « Guillaume, tnervilleusement
Estes estranges devenus.
Vous ne fussiez pas ça venus.
Se ce ne fust par mes messages.
764 Je croy que vous estes trop sages
Devenus, ou trop alentis,
Mausoingneus et mautalentis,
De vos déduis apetisiez, 768 Ou trop po les dames prisiez.
Quant je fui la dessus montée
En celle plus haute montée,
Mon chemin tenoie sus destre, 772 Et je regarday vers senestre.
Tout de plain vous vi chevauchier.
Vos lévriers siffler et huchier.
Tels ouevres faire vous ôoie, 776 Tout aussi bien com je vëoie
Vous etvostre conienement.
/Dont je croy bien certeinnement,
Guillaume, que vous nous velstes.
756 D Sceust; FMBDE faire— 758 D sonneur et soneste — 762 il sa; J/ ci — 763 D mon message — 7661) moult tal. — 768 D âmes — 772 M resgardoie ; E regarde — 774 E Les; FB tifflier — 775 D oyaye — 776 E comme — 779 D vous me v.
780 Et pour quoy dont, quant vous oistes
Nos chevaus passer et hennir,
Et si ne deingnastes venir,
Jusqu^a tant que je vous manday 784 Einsî com je le commanday?
Dont je vous merci tellement
Com je doy, et non autrement. »
Guillaume.
Lors li dis je : « Pour Dieu merci, 788 Ma dame, ne dites ceci.
Je respon, sauve vostre honneur,
Car foy que doy Nostre Signeur,
Je ne vi riens, ne riens n'oy, 792 Tant avoie cuer esjoy
De ma chace a quoy je pcnsoie,
Pour la fin a quoy je tendoie j}
S'estoie einsi comme ravis. «
796 Ma dame, je feroie envis
Riens encontre vostre voloir.
Et que me porroient valoir
A faire tels menuz despis ?
800 Bien say que j'en vaurroic pis.
Si m'en devez bien escuser. »
La Dame.
« Guillaume, plus n'en vueil ruser.
Puis qu'einsi va, mes cuers vous croit.
804 Mais d'une autre partie croit Moult durement une autre chose Encontre vous qui porte glose.
Se vous donray assez a faire,
808 Et se vous feray maint contraire,
780 FJ5J5 nous ; A corrige nous en vous — 782 A daingnics — 788 BE ce si — 796 E Dame — 797 DE contre ; D volunte — 800 D vendroie ~ 802 D ne ~ 8o3 E voit — 804 manque dans D —
805 D Mais.
LE JUGEMENT DOV ROY DE NAVARRE l63
Se pour confus ne vous rendez.
Guillaume, oëz et entendez :
Vers les dames estes forfais^ 8 1 2 S*en avez enchargié tel fais
Que soustenir ne le porrez,
Ne mettre jus, quant vous verrez. » ^
Avec ces paroles diverses, 8 1 6 En leurs diversetez perverses,
Me moustra elle une manière
Aspre, crueuse, maie et fiere.
En signe de grant mautalent, 820 Pour moy faire le cuer dolent
Et mettre ma pensée toute
En efTroy, en soing et en doubte.
De ce se mettoit en grant peinne, 824 Qu'elle se tenoit pour certeinne.
Que de tant bien la priseroie
Que son courrons moult doubteroie.
Et si fis je; je le doubtay, 828 Quant ces paroles escoutay,
Nom pas pour cause de meffait
Qu'endroit de moy eusse fait,
Mais je doubtay pour mesdisans 832 Qui sont aucunes fois nuisans
Par fausseté et par envie
Aus bons qui mainnent bonne vie.
Si doubtay si faite aventure ; 836 Mais seûrs fui qu'enforfaiture
N'avoie fait en ma vie onques
Envers nulles dames quelsquonques.
Se li respondi par avis.
812 D aures; M telz — 814 D Ne meittre jusqua tant vouldres — 818 ^ Apres — 834 D ne tenoit ; B ce tenoit — 835 de manque dans F -■- 83o M eusse meffait — 833 BDE aucune^ 835 E si fause a. — 836 MBE sui; D sunre; B* que forf. — 838 FMBDR quelconques — 839 D deuisai.
l66 LE JUGEMENT DOU ROY DE NAVARRE
Guillaume.
840 € Dame, fait avez un devis
Ou ma grant deshonneur moustrez,
Mais li procès n'est pas outrez,
Ne mis en fourme justement.
844 Pour faire certein jugement,
Vous me deûssiez dire en quoy
J'ay forfait, et tout le pourquoy
Amener a conclusion!
848 Or est en vostre ententîon
Secrètement mis et enclos.
S'il ne m'est autrement desclos,
Je n'en saveroie respondre.
852 Or vueilliez, s'il vous plaist, espondrc
Le fait de quoy vous vous dolez ;
Et s'einsi faire le volez
Vous ensieurez la juste voie 856 De droit, où je ne saveroie
Le fait congnoistre ne nier.
Se non, vous devez ottriër
Que je m'en voise frans et quittes 860 De ce forfait que vous me dites ;
J'en atenderoie bien droit. »
La Dame.
« Guillaume, sachiez, orendroit N'en arez plus de ma partie.
864 Car la chose est einsi partie :
Se je le say, vous le savez.
Car le fait devers vous avez
85 1 E saroie; D scaroie que r.; que ajouté aussi dans B* — 852 D Or vous plest a ie moy e. ; E respondre — 834 s manque dans D -^ 855 D ensuiues ; E suiures; A la droite voie — 856 DE saroie — 858 D Si ; AF Ce — 860 D déistes — 861 DiS attendroie ; BD le droit; U ^acé dans B* ^ Après ce vers on Ht dans E lacteur au Heu de la;daiBe — 863 f aues — 865 D Se ne le.
En l'un de vos livres escript, 868 Bien devisié et bien descript :
Si resgardez dedens vos livres.
Bien say que vous n'estes pas ivres,
Quant vos fais amoureus ditez.
872 Dont bien savez de vos ditez,
Quant vous les faites et parfaites,
Se vous faites bien ou forfaites,
Dès qu'il sont fait de sanc assis 876 Autant a un mot comme a sis.
S'il vous plaist, vous y garderez.
Qu'autre chose n'emporterez
De moy, quant a l'eure présente.
880 Soiez certeins que c'est m'entente. »
Guillaume.
tt Dame, qu'est ce que dit avez?
Selonc le bien que vous savez,
Trop mieus savez que vous ne dites :
884 J'ay bien de besoingnes escriptes
Devers moy, de pluseurs manières,
De moult de diverses matières.
Dont l'une l'autre ne ressamble.
888 Considéré toutes ensamble,
Et chascune bien mise a point,
D'ordre en ordre et de point en point.
Dès le premier commencement 892 Jusques au darrein finement.
Se tout voloie regarder
— Dont je me vorray bien garder —
Trop longuement y metteroie ;
868 D escript — 869 B' Si y r. ; BDE a vos 1. — 872 manque dans D — 874 £: et f. ; -4 parfaites — 877 D Si — 884 D des — 886 E materes — 888 FED Considérer— 889 D Est — 890 et manque dans D — 892 M darnier ; BDE derreiiier — 894 manque dans D\ B verray, corrigé en yauray dans B* — 895 FD mettroie .
l68 LE JUGEMENT DOU ROY DE NAVARRE
896 Et d'autre part, je ne porroie
Trouver ce que vous demandez, S'a vos paroles n'amendez.
Pour tel chose ne quier ja lire,
900 Dame, nom pas pour vous desdîre.
Mais ce n'est pas chose sensible Que vostre pensée invisible Puist venir a ma congnoissance,
904 Fors que par la clef d'ordenance Dont vostres cuers soit deffermez, Et que si en soie enfourmez Que vostre bouche le me die.
908 Lorsqu'à respondre contredie, Quant de bouche le m'arez dit, J'en vueil moult bien, a vostre dit, Estre blasmez et corrigiez.
912 Dame, s'il vous plaist, or jugiez Selonc la vostre opinion, Se j'ay tort a m'entencion.»
La Dame.
« Guillaume, puis qu'il est einsi, 916 Je m'acort bien a ce point ci.
Orendroit me ren je vaincue;
Mais de vostre descouvenue,
Qui est contre dames si grande, 920 Afferroit bien crueuse amende,
S'il estoit qui la vosist prendre.
Or vueilUez dès or mais entendre
Ad ce que je diray de bouche ; 924 Car moult forment au cuer me touche.
Et quant dit le vous averay,
902 FMB nuisible; B' inuysible — goS Mss. Peust; B' Puet
— 913 FE si; plaist manque dans 3df — giS la manque dans D
— 918 D descongneue; E esconuenue — 919 MD dame — 926 MBDE dit ce v.
LE JUGEMENT DOU kOY DE NAVARRE 169
En tel lieu le reprocheray Que vous en serez moult blasmez 928 Et vers les dames diffamez.
Une question fu jadis
Mise en termes par moult biaus dis, •
Belle et courtoisement baillie, 932 Mais après fu trop mal taillie :
Premièrement fu supposé,
Et en supposant proposé,
Qu'une dame de grant vaillance 936 Par très amiable fiance
Ameroit un loial amant,
Si que toudis, en bien amant,
Seroit de cuer loial amie; 940 Et il, en gardant courtoisie,
Toudis de bon cuer Tameroit
Et son pooir estenderoit
En li chierir et honnourer ; 944 Et pour li mieus énamourer
Il maintenroit toute noblesse,
Honneur, courtoisie et largesse.
Biaus homs seroit, a grant devis, 948 De membres, de corps et de vis
Renommez, de grâce parfais.
Et si bien esprouvez par fais
D'armes, comme nuls homs puet estre
952 Qui a mis sa vie et son estre En sieuir joustes et tournois Et tous amoureus esbanois.
927 D Que moût v. en s. bl. — 929 E Que — qSo E Cause; FDE terme — 93 1 F Bel — 937 E .1. loy amant — 939 A Fcroit — 940 A Se — 941 D que bon — 942 D Tout en son pouoir estendroit — 945 D maintenoit — 947 D Biau seroit homme — 950 manque dans /> — 961 ME com; homs manque dans E —
lyO LE JUGEMENT DOU ROY DE NAVARRE
Cependant qu'einsi s'ameront 956 Et toudis bien se garderont
Les courtois poins de loiauté
En raison et en vérité,
Leur avenroit tele aventure, 960 Par violence ou par nature.
Que li amans devieroit ;
Et celle, quant le saveroit,
Demorroit lasse et esgarée, 964 Loial amie non amée.
Car ses cuers demorroit espris,
Et li cuers de Tamant de pris
Seroit selonc nature esteins, 968 Dont li siens cuers seroit plus teins
Pour cause de la départie.
Plus n'en di de ceste partie,
Eins vorray d'une autre conter 972 Pour a ceste ci adjouster,
En faisant ma comparison.
Guillaume, or entendez raison :
Uns autres amans débonnaires, 976 Aussi vaillans en ses affaires
Comme cils de qui j'ay conté.
Tant en grâce comme en bonté,
Et de toutes autres parties 980 En honneur a point départies,
Amera aussi une dame
Sans mal penser et sans diffame ;
Et se li fera a savoir.
955 D sameroit — 956 D garderoit; E Et que t. b. garderont •^ 958 D et en loyauté — 962 D quant ^lle le scaroit — 963 A Demouroit — 965 F foà cuers ; BE folz c. ; D faulz c. ; E àe mouuoir espris — 966 -E a.' espris — 971 FME dun — 976 FMBDE a ses a. ; B» rétablit en ses ia. — 977 DE Coin — 983 BDE ce.
984 Et quant elle en sara le voir,
Volentiers le recevera
Et s'amour li ottriera
Liement; saps faire dangier.
988 Pas ne vueil ce ci prolongier;
Car cils l'amera loiaument
Et se la croira fermement
Sans erreur et sans nulle doubte, 992 Car il cuidera s'amour toute
Avoir acquis toute sa vie,
Sans jamais faire départie.
Mais il ira bien autrement ; 996 Quant il sera plus liement
Conjoins a li et affermez
En la fiance d'estre amez,
Elle li jouera d'un tour 1000 Outréement, sans nul retour,
Ou il trouvera fausseté
Contre lui, et desloiauté,
Et se ne le porra nier. 1004 Si doit bien celui anuiër,
Ce n'est mie moult grant merveille.
Mais ce n'est pas chose pareille
Au fait d'amours qui me remort, 1 008 Qui se défenist par la mort.
Guillaume, s'entendu m'avez,
Assez legieremçnt devez
Vostre meffaçon recongnoistre 1012 Pour vostre deshonneur descroistre.
Vous avez dit et devisié
Et jugié de fait avisié
985 D Tresuolentiers le receura — 987 FB dongier — 988 E ce sy — 989 D Car cil le scaura ~ 990 D Et cela; E Et cil la
— 996 Dbiea liement — ioo3 BDE Et ce; £ amer — 1004 E Ce
— ioo3 moult manque dam D — 1007 FMDE Âus fais — 1008 E pour — ICI 3 E diuisie — m 14 manque dans D»
Par diffinitif jugement, 1016 Que cils a trop plus malement
Grieté, tourment, mal et souffraite
Qui trueve sa dame for faite
Contre lui en fausse manière, 1020 Que la très douce dame chiere
Qui avéra son dous amy
Conjoint a son cuer, sans demy.
Par amours, sans autre moien, 1024 Puis le savera en loien
De la mort ou il demourra.
Si que jamais ne le verra.
Et comment Tosastes vous dire, 1028 Ne dedens vos livres escrire ?
Il est voirs qu^einsi Tavez fait,
Dont vous avez griefment meffait.
Si vous lo que vous tant faciez io32 Que ce jugement effaciez,
Et que briefment le rapellez.
Guillaume, se vous tant valez,
Vous le pouez bien einsi faire 10 36 Par soustenir tout le contraire.
Car li contraires, c'est li drois
En tous bons amoureus endrois. 1»
— « Dame, foy que doy sainte Eglise 1040 En qui ma foy est toute assise,
Pour nulle rien ne le feroie ;
Eins iray tout outre la voie
Dou fait, puisque j'y suis entrez.
1044 Dès que mes jugemens outrez
10173/ Grietez; D Tristece; mal manque dans D — 1023 BE C. en; B sans annuy ; E sans ami ; D c. son ami — io33 D autre lai — 1024 D scaura de bon cuer yrai — 102 5 D Que la mort le deuourera — 1028 FHurez — io3i D los — io33 D les appelles — io38 E bons amours en drois — 1040 F cui; ME toute mise — 1044 F ques.
Est de moy, je le soustenray,
Tant com soustenîr le porray.
Mais qui vorroit avant venir 1048 Pour le contraire soustenir,
Moult volentiers oubeîroie ^ A quanqu'oubeïr deveroie.
Car je ne suis mie si fors, io52 Ne si grans n'est pas mes cffors,
lie de science mes escus,
Que je ne puisse estre veincus.
Mais se je puis, je veinqueray ; io56 Se je ne puis, je soufferray.
Or voit einsi, com puet aler;
Je n'en quier autrement parler.
Et nompourquant, ma dame douce, 1060 Que vostres cuers ne se courrouce
A moy, nous ferons une chose
Ouvertement, nom pa;s enclose,
Ou vostre pais soit contenue, 1064 Et m'onneur y soit soustenue.
Car ce seroit a ma grant honte,
Selonc vostre meîsme conte,
S'endroit de moy contredisoie 1068 Le fait que jugié averoie,
De mon bon droit, tel et si fait
Que tout par moy aroie fait.
Nous penrons un juge puissant, 1072 De renommée souffissant,
Qui soit sages homs et discrez.
Se li soit comptez li secrez
Entièrement de la besoingne
1045 JS Et; /> en moy; le ajouté par B' — 1046 A T. que — 1047 -'*' pourroit — loSy A quon — 1060 se manque dans D — 1062 E Couuertement — 1064 D mon honneur... tenue — 1068 A qua iugie; D que tout iugie auroie — 1069 ^ ^®* "" *®70 ^ pour — 1071 D pourrons — 1074 M Sil soit; E les secres.
1076 Quia vous et a moy besoingne.
Or soit einsi fait par acort ;
Mais vous en ferez le recort
Dou prendre tel que vous vorrez.
1080 Contredire ne le m'orrez,
Eins y sui acordans dès ci
A vostre plaisir, sans nul si.
Mes cuers y est ja tous entiers, 1084 Car ce sera uns biaus mestiers
D'oïr les raisons repeter
Et les parties desputer
Soutilment, par biaus argumens, 1088 Qui vaurront auques jugemens. »
La Dame.
A ces moz prist la dame a rire -
Et en riant tantost a dire :
« Guillaume, bien suis acordans 1092 Ad ce qu'estes ci recordans;
S'en parleray, comment qu'il aille.
Et nompourquant, vaille que vaille.
Je nomme et pren celui qui rois 1096 Est appeliez des Navarrois.
C'est uns princes qui aimme honnour
Et qui het toute deshonnour,
Sages, loiaus et véritables, 1 100 Et en tous ses fais raisonnables.
Il scet tant et vaut, qu'a droit dire,
Nul milleur ne porroie eslire.
Li fais li sera savoureus, 1104 Pour ce qu'il est moult amoureus,
Sages, courtois et bien apris.
Il aimme Ponneur et le pris
1076 Af et moy — 1079 M tel com — 1082 i? cy ^- 1086 F despitter — 1089 ^ Asses prinst — 1092 D A ces mos que aies comptant — 1 102 B pourroit; D esluire*
LE JUGEMENT DOU ROY DE NAVARRE l^D
Des armes, d'amours et des dames.
I io8 C'est li rois par cui uns diffames
Ne seroit jamais soustenus ;
De toute villenie est nus
Et garnis de toute noblesse 1 1 1 2 Qui apartient a gentillesse.
Trop de biens dire n'en porroie,
S'ui mais tout adès en parloie. »
Einsi fumes nous acordé, 1 1 16 Comme devant est recordé.
Dont puis d'amours assez parlâmes,
Et en parlant tant chevauchâmes
Que nous entrâmes es drois las 1 1 20 De pai^ de joie et de solas,
C'est assavoir en un dous estre
Ou il faisoit si très bel estre
Qu'on ne porroit mieus, a mon gré :
1 1 24 C'estoit en souverein degré,
A mon avis, de bon propos.
De déduit et de bon repos,
Ou uns cuers se puet reposer ; 1 28 Qui a point se vuet disposer.
La avoit il un bel manoir
Ou elle voloit remanoir.
Assez fu qui la descendi « 1 132 Et qui entour li entendi ; Et, sans atendre, fu menée Dedens une chambre aournée Si bien, si bel, si cointement
iiii /) Garnis est — iii3 BDE bien; JK ne — 1114 D Sun mois; E Se vmais; M Sumais — 11 16 3/ Corn ci d. — 1117 /> puis après damours parlamz — 11 24 BDE ou s. — i 129 il manque dans />— I i3o £ Quelle vouloit la r.
1 1 36 Et de tout si très richement,
Qu'onques mais, dont j'eus grant merveille,
N'avoie veii la pareille.
Et briefment tuit, grant et meneur, 1 140 Li faisoient feste et honneur.
Mais bien sambloit estre maîstresse,
Car elle fu par grant noblesse
Entre coussins de soie assise.
1 144 Mais moult estoit sage et rassise,
Et fu d'aage si selir
Qu'entre le vert et le meur
Estoit sa très douce jouvente, 1 148 Plus qu'autre simple, aperte et gente.
Moult bien estoit acompaingnie
De belle et bonne compaingnie.
NM fu Margot ne Agnesot, 1 1 52 Mais douze damoiselles ot
Qui jour et nuit la norrissoient,
Servoient et endoctrinoient.
La première estoit Congnoissance 1 1 56 Qui li moustroit la différence
D'entre les vertus et les vices
Et des biens fais aus maléfices.
Par Avis qui la conduisoit 1 160 Jusqu'à un miroir qui luisoit,
Si qu'onques plus cler mirëoir
Ne pot on tenir ne vëoir.
Raisons le tenoit en sa destre, 1 164 Une balance en sa senestre,
ii36 D de trestout si rich. — • 1 138 DE vcue -^ i iSq tuit manque dans F — 1 143 B^DE coissins — 1 147 manque dans D— iibi B annesot; 2?amelot— ii58 -3/ au— 11 59 JS lui — 1160 A miroir; FMB mireoir;£' mircour; D mirouer; id. 1161 et 1180 — 1162 FM post on (3/ vn) — 11 63 Mss, la.
Si que la dame s'i miroit
Plus souvent qu'on ne vous diroit.
La vëoit elle clerement 1 1 68 Sans obscurté n'empeschement,
Quanque Dieus et Nature donne
A bonne eûreuse personne.
C'est le mal laissier et bien faire, 1 172 Et non voloir autrui contraire ;
Car fols est qui autrui pourchace
Chose qu'il ne vuet qu'on li face.
Et s'il eùst en son atour, 1 1 76 En son gentil corps, fait a tour,
Et en son cuer tache ne vice
Ou pensée d'aucun malice,
Ja ne fust si fort reponnue 1 180 Qu'en mirëoir ne fust veiie.
Et la vëoit elle, sans doubte,
La guise et la manière toute,
Comment Raison justement règle 1 1 84 Par belle et bonne et loial règle ;
Si que la prenoit exemplaire
De tout ce qu'elle devoit faire.
Et aussi la juste balance 1 188 Li demoustroit signefiance
Qu'elle devoit en tous cas vivre
Aussi justement com la livre
Ou on ne puet, par nulle voie,
1 192 Mettre n'oster, qu'on ne le voie.
La tierce avoit nom Attemprance
1164 DE Si sa — II 65 FM ques — 1168 A empeechement — 1171 M et le b. — iiyS DE qui a autrui — 1174 D quon ne v.: MB Ch. qui — 11 76 manque dans D — 1 177 MDE Ou — 1 17.S D daucune — 1180 B'D Quou; E Quen au — 1 181 £ veist — II 83 F rieugle — 1184 />P. bonne et belle; F rieugle — 1 188 ABDE deraoustrent — 1189 /> deuroit — 1191 BE Ou en ^
1193 FM Mestre; E la.