‹ Œuvres de Henri Hymans (volume 2)Chapitre 2 sur 26 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

MAX ROOSES

Conservateur du Musée Plantin-Moretus, Membre titulaire de l’Académie royale d’Archèologie de Belgique.

(Extrait du Bulletin de l'Académie royale d’ Archéologie de Belgique, 1912.)

Par le décès de notre collègue Henri Hymans, 1 Académie d’Archéologie de Belgique, et non pas seulement elle, mais la plupart des compagnies savantes de notre pays, l’Académie royale de Belgique, la Commission de Biographie nationale et bien d’autres ont subi une perte immense. Partout où il prêtait sa collaboration, il était le membre le plus dévoué et le plus assidu, le plus richement informé aussi. On le voyait à toutes les séances, à toutes les manifestations; on se demandait où il trouvait

le temps pour écrire les nombreux ouvrages qu’il publiait, les innombrables articles qu’il fournissait à toutes espèces de revues et on ne se l’expliquait que par son incroyable facilité de travail, par la mémoire merveilleuse dont il était doué, par l’intérêt intense qu’il portait à tous les points de l’histoire de l’art. Il était la serviabilité même, puisant dans ses trésors d'érudition pour ceux qui v recouraient des informations toujours intéressantes et exactes. De là, le deuil universel où sa mort plongea tous ceux qui l’ont connu et qui ont eu l’occasion d’apprécier ses multiples mérites. L’âge ne refroidit pas son ardeur au travail; jusqu’à ses derniers jours, il conserva la clarté de son esprit. Il mourut la plume à la main. Je regarde comme une insigne faveur l’honneur que me ht l’Académie d’Archéologie de tracer en ces quelques pages, la biographie de cet homme qui pendant de longues années m’honora de son amitié.

H enri Hvmans naquit à Anvers, le 8 août 1836. Son père, docteur en médecine, était, tout jeune, venu se fixer en Belgique; d’abord à Bruxelles, avant la Révolution; après la séparation des deux pays, il transféra son domicile à Anvers. Henri eut pour frère aîné Louis Hvmans, le publiciste et l’homme politique bien connu, qui lui-même fut le père de Paul Hvmans, le leader actuel des libéraux bruxellois. Il reçut une éducation soignée. De bonne heure il suivit des classes spéciales d’allemand et d’anglais et acquit cette connaissance de langues étrangères qu’il possédait à un si haut degré et qui lui tut si grandement utile dans l’avenir. Son père aurait voulu qu’il étudiât la médecine ; lui-même se sentit vivement porté vers l’art et

sa mère encouragea cette disposition. Le jeune homme suivit les cours de l’Athénée en même temps que ceux de l’Académie, où il eut pour professeur de dessin M. Dujardin. Sa mère lui donna les premières leçons d’histoire de l’art et de l’esthétique en conduisant ses enfants au musée et dans les églises d’Anvers.

Henri n’avait que 12 ans lorsque son père mourut. Sa mère s’installa à Bruxelles à la fin de 1849. Son frère Louis se sentit appelé à se vouer décidément aux lettres et le professeur Motte lui avait trouvé une petite place au journal Le Politique. Sur ce, sa mère jugea qu’il valait mieux que toute la famille allât habiter la capitale.

Ce ne fut pas sans un véritable chagrin que Henri quitta sa ville natale, à laquelle il s’était vivement attaché. Il perdait ses camarades, ses professeurs, tout un monde qui lui était devenu cher. Il se transporta dans un milieu qui lui était étranger et le resta longtemps. Ceux qui l’ont connu plus tard, savent combien Anvers lui resta chère jusqu’à la fin de sa vie. Quoiqu'il n’écrivit jamais notre langue, il la connaissait et la parlait dans des cercles de Flamands, avec tontes ses nuances et locutions pittoresques comme un enfant d’Anvers. Le jour où, en décembre 1877, il fut nommé professeur d’esthétique et de l’histoire de l’art à Anvers, fut pour lui un des plus heureux de sa vie. Pendant plus de trente ans il donna ce cours; d’abord et pendant huit ans à l’Académie, ensuite et pendant vingt-cinq ans, jusqu’en 1909, à l’Institut supérieur des Beaux-Arts. Il fut chéri et honoré de ses élèves qu’il fit largement profiter de ses connaissances abondantes, distribuées avec cette parole facile et élégante qui

lui était propre. Ses élèves ne négligèrent aucune occasion pour lui témoigner leur chaleureuse sympathie.

Non seulement comme professeur il se rendit utile à sa ville natale; Anvers ne célébra aucune fête artistique sans faire appel à son concours hautement apprécié. Quand, en 1877, elle fêta Rubens, il fut un des principaux organisateurs de l’exposition des œuvres du maître, auquel il avait voué un culte particulier; quand, en 189g, elle organisa l’exposition des œuvres de Van Dyck, ce fut à ses relations multiples avec les collectionneurs anglais que cette exhibition dut en tout premier lieu son grand éclat. Six ans plus tard, lors de l’exposition de Jordaens, il compte encore parmi les organisateurs les plus zélés. Lors des fêtes organisées en 1892 par l'Académie d’ Archéologie, où fut célébré le Landjuweel de 1561 et où sortit le premier de ces cortèges qui ont laissé un si brillant souvenir, et lors du cortège de Van Dyck, en 1899, ^ siégea dans le jury qui eut à juger du mérite de la part prise par chacune des sociétés de la ville. Il fut nommé membre honoraire du Corps académique d’Anvers, le 19 août 1879.

Henri Hvmans passa la plus grande partie de sa vie à Bruxelles. Tout d’abord il y poursuivit ses études. Au moment de se choisir une carrière, il se décida pour la lithographie, qui lui semblait offrir de l’avenir. Il produisit quelques planches qui prouvent des dispositions sérieuses. En 1860, l’année même où il fut nommé à la Bibliothèque royale, il participa à l’exposition de Bruxelles, et le jury lui accorda un subside pour ses lithographies. Il 11e persévéra pas dans cette voie, mais se voua entièrement à ses études de l’histoire de la gravure et de

l’histoire des beaux-arts en général. C’est en 1857 qu'il entra à la Bibliothèque rovale. M. Alvin s’occupait en ce moment de l’organisation d’un personnel chargé de la rédaction du catalogue des imprimés. Un cabinet des estampes était aussi en voie de création. Dès que les locaux auraient été construits et aménagés, il s’agissait d’v reporter les collections dont les éléments étaient jusqu'alors disséminés dans les anciens fonds. Depuis plusieurs années, le futur artiste fréquentait assez régulièrement la Bibliothèque. M. Alvin, dont il avait suivi les conférences au Cercle artistique et qui lui avait montré plus d’une lois des estampes, lui fit des ouvertures pour l’engager à lui prêter sa collaboration dans le travail de classement dont il s’occupait avec une remarquable prédilection. Le jeune homme ne demandait pas mieux et accueillit avec empressement les offres qui lui étaient faites. Une lettre du 21 janvier 1858 lui apprit qu’il venait d’être agréé comme surnuméraire.

Son premier soin fut de dresser un répertoire des maîtres représentés dans la collection et, ce travail fait, le cabinet des est-ampes put être ouvert au public, au mois d’avril 1859. Le jeune employé avait pris goût à son métier; il sollicita sa nomination définitive qui lui fut accordée le 10 avril 1860. Au moment où il l’obtint, le ministre lui accorda une gratification pour les services rendus à la Bibliothèque. Dès ce moment et pendant de longues années, il s’occupa de l’étude et du classement des pièces qui formaient le cabinet des estampes. Il rédigea le catalogue complet des peintres, sculpteurs et autres artistes qui avaient contribué à créer ces œuvres, avec

l’indication de leur date et lieu de naissance et de mort; il dressa la table alphabétique des portraits; bref, par un travail assidu commencé de grand matin, poursuivi jusque bien avant dans la soirée, il construisit ce catalogue modèle dont s’enorgueillit le cabinet des estampes de Bruxelles et qui rend de si précieux services à ceux qui viennent le consulter. Pendant de longues années, il continua à le compléter, multipliant les renseignements sur les pièces décrites et les décrivant à divers points de vue : auteurs et sujets; notant les éléments divers qu’elles peuvent nous fournir : coutumes, événements historiques, dates, sites, accessoires quelconques.

Le cabinet des estampes ne formait qu’une section de la Bibliothèque générale. En 1875, ^ en fut séparé et érigé en département spécial. M. Hvmans fut appelé alors par le Gouvernement à en prendre la direction. Il s’appliqua, avec le zèle conforme à l’activité de son caractère et avec ce succès assuré par sa compétence exceptionnelle, à enrichir ce dépôt existant à peine, négligé lamentablement jusqu’alors. Il se mit en rapport avec les marchands des divers pays, il fureta dans les portefeuilles des étalages, il suivit personnellement les grandes ventes à l’étranger et se lit accorder par le Gouvernement les larges subsides nécessaires pour y acquérir tout ce qui pouvait compléter son dépôt. Il ne négligea aucune occasion pour recueillir les produits de l’art national qui, auparavant, se dispersaient à travers tous les cabinets étrangers, sous l’œil indifférent du Gouvernement. Ce qu’il y recueillit de précieux et de rare, il eut bien des fois l’occasion de nous le révéler dans des articles consacrés aux raretés, découvertes

et acquisitions. Il se préoccupa tout aussi sérieusement de l’installation des locaux. Ceux-là s’agrandirent rapidement et tandis qu’à l’origine une salle unique suffisait à contenir la collection, trente ans plus tard, trois salles ne suffisaient guère à renfermer ses richesses. De ces salles et de leur mobilier, armoires, tables et encadrements, il fournit l’arrangement et le dessin. Il fit ainsi, de ce qu’il aimait et connaissait comme son domaine, une organisation modèle. Il conserva un faible pour la lithographie qui y est représentée avec une abondance exceptionnelle.

Les pièces relatives à la Révolution belge de 1830 et publiées en Hollande autant qu’en Belgique, s’y trouvent complétées avec un soin extrême. Les pièces historiques éclairent les événements de notre histoire, les portraits de nos hommes de tous les temps s’v rencontrent avec une abondance qui émerveille et enchante les curieux étudiant les hommes et les choses de notre pays. Historien luimême, il comprenait quels services les documents iconographiques peuvent rendre à ses collègues et se préoccupait de les leur fournir dans la plus large mesure possible. Il aimait ses estampes au même degré qu’il les connaissait. Il ne savait pas seulement le nom de leur auteur, le sujet qu’il représentait, mais toutes sortes de détails qui les concernaient. Je lui ai, par exemple, entendu vingt fois réciter de mémoire les vers en différentes langues qui les illustraient. Le soin scrupuleux avec lequel il observait jusque dans leurs moindres détails les variantes des épreuves d'une même planche n’est pas moins admirable. Avant lui on connaissait deux états du portrait de Rubens au chapeau par Pontius ; il en découvrit deux autres, se

distinguant par des détails imperceptibles, mais qui ne lui échappèrent point, qu’il caractérisa clairement et justifia solidement. Il resta à la tête du cabinet des estampes, son principal champ de travail et d’honneur, jusqu’au moment où le Gouvernement le nomma, en 1904, en remplacement de M. Fétis, à la place de conservateur en chef de la Bibliothèque royale, la plus élevée dans la hiérarchie de sa carrière. Il quitta à regret les fonctions dans lesquelles il avait passé la plus large partie de sa vie et recueillit la réputation la plus fermement assise et la mieux méritée. Il comptait bien ne pas passer de longues années dans les fonctions plus élevées auxquelles il fut appelé et, effectivement, au bout de cinq années, il sollicita et obtint sa démission qui fut acceptée le 2 juillet 1909. Il avait épousé à Bruxelles, le 4 juin 1867, Françoise-Elisabeth Cluysenaar, qui resta sa compagne dévouée jusqu’à la fin de sa vie. Il mourut le 23 janvier 1912.

Nous avons parlé de l’activité inlassable de M. Henri Hvmans et de sa productivité sans pareille. Il n’écrivit pas d’histoire générale de notre école artistique, mais il n’y eut guère de peintre sur lequel il ne fournit point d’histoire ou de notice plus ou moins détaillée. Il s’attaqua tout d’abord aux plus célèbres : à Rubens en premier lieu. Il aimait à rappeler comment ce fut au prince de notre école qu’il dut sa nomination à l’Académie d’Anvers. A l’époque où, dans cette ville, 011 s’occupait de la célébration du troisième centenaire de la naissance de son plus grand fils, on confia la réalisation de ce projet à l’Académie d' Archéologie. Celle-ci résolut d’exposer l'ensemble de l’œuvre de Rubens, reproduit par la gravure ou par la

photographie. La ville d’Anvers ne possédant pas encore la collection créée plus tard et unique au monde, on sollicita et on obtint l’autorisation de faire figurer à cette exposition une partie considérable du cabinet de l’Etat. S’étant depuis de longues années occupé de la rédaction d’un catalogue de l’œuvre du maître extraordinairement riche à la Bibliothèque royale, M. Hvmans fut tout naturellement désigné pour venir en aide aux organisateurs et, à la demande de M. Alvin, il fut désigné pour surveiller l’installation appartenant à l’État.

Il fut chargé par la Commission de lui présenter un rapport sur les ressources des diverses collections auxquelles elle pourrait s’adresser pour réunir les éléments indispensables de l’Exposition. Il dressa le plan et fut désigné pour rédiger le catalogue. On lui adjoignit MM. Philippe Bombants, greffier de l’Académie, Alphonse Goovaerts, bibliothécaire adjoint de la ville, et Max Rooses, conservateur du Musée Plantin-Moretus. Le catalogue obtint un grand succès; il lut réimprimé plusieurs fois. Au cours de ce travail, M. Adolphe V an Soust de Borkenfeld vint à mourir et sa place d’inspecteur des Beaux-Arts échut à M. J. -B. Rousseau, secrétaire de la Commission des manuscrits, qui donnait en outre à l’Académie des Beaux-Arts d Anvers le cours d’histoire de l’Art. Cette dernière place étant devenue ainsi vacante, M. Henri Hvmans posa sa candidature. Ils étaient douze à solliciter l’emploi, et celui qui s’était fait connaître par ses travaux sur Rubens, appuyé par MM. Alvin et Nicolas De Ivevser, l’emporta par neuf voix sur onze. Il fut nommé au mois de décembre 1877, et la garda pendant huit années pour

io

passer ensuite à l’Institut des Beaux-Arts où il donna le même cours.

Immédiatement après sa nomination, il partit pour

I Italie où il séjourna pendant plusieurs mois, son absence prolongée étant rendue possible par la clôture du Cabinet des Estampes, alors en voie de restauration. Il fournit un rapport de ce voyage à M. Alvin qui le soumit au ministre. Celui-ci en décida l’insertion au Bulletin des Commissions royales d'art et d’ archéologie. A cette époque, l’Académie royale de Belgique avait mis au concours un mémoire sur l’Ecole des graveurs de Rubens. Henri Hvmans, qui déjà avait publié dans Y Art (Paris, 1877) un article sur les graveurs de Rubens, profita de son voyage en Italie pour étudier les collections d’estampes de ce pavs, de même que celles de Vienne et de Hollande. L’année 18 77 avait vu paraître maint travail intéressant sur Rubens.

II étudia tous ces documents, écrivit son mémoire qui forma tout un volume, couronné et publié par l'Académie en 1879. Ces travaux sur Rubens lui ouvrirent les portes de l’Académie d’ Archéologie et indirectement celles de l’Académie royale de Belgique, où il entra . comme correspondant le Ier mars 1883, où il fut élu membre titulaire en 1885 et dont il fut le directeur en 1891 et en 1909.

Son Idistoire de la gravure dans l’école de Rubens est une œuvre monumentale, solide et scientifique dans tous ses alinéas et dans toutes ses lignes, qui, après trente années de services rendus à la science, n’a rien perdu de sa valeur. Nous savons que Rubens transforma l’art de la gravure, à Anvers d’abord, dans toute l’Europe ensuite; il guida ses interprètes, leur apprit à rendre la couleur et la lumière

telles qu’il les concevait ; il revit et retoucha leurs travaux, parfois les publia et s’intéressa de toutes manières à leur perfection et à leur débit. Leur historien décrit leur vie avant leur entrée en relations avec Rubens, leurs rapports avec lui, la transformation de leur stvle, leurs œuvres principales, leur histoire ultérieure, l’influence des éditeurs et des marchands, leur influence à l’étranger, brel tout ce qui peut éclairer l’histoire de cette école et de ses produits si éminemment brillants.

Il reprit plus tard un des chapitres de cette histoire en écrivant l’histoire de Lucas Vorsterman, catalogue raisonné de son œuvre. Ce qu’il n’avait pas fait dans son premier livre, il le fit dans celui-ci en donnant, pièce par pièce, la description et l’histoire de chacune des estampes du plus parfait des graveurs de Rubens. Il fit précéder son catalogue d’une notice biographique de Luc Vorsterman, étude tout aussi méticuleusement exacte et aussi richement documentée que l’œuvre même.

Ce n’est pas seulement par ses deux grands livres qu’il se rangea parmi les connaisseurs les plus experts et les plus fervents dévots de Rubens ; par bien d’autres études moins étendues, il éclaira l’un et l’autre coin de l’histoire du grand maître. Ainsi nous avons déjà mentionné sa découverte de deux états inconnus du portrait gravé par Pontius qu’il publia dans le Bulletin Rubens; dans la Gazette des Beaux-Arts (janvier 1896), nous rencontrons un fort intéressant article : Un Rubens à retrouver, qui lui fut inspiré par la découverte d’une gravure de Galle, représentant François Woverins, fils de Jean, qui se rencontre d’ordinaire sans inscription et qu'il découvrit avec

un texte donnant le nom du modèle. Celui-ci fut un jeune savant qui, à l’âge de 17 ans, prononça, en 1622, devant la Cour de Bruxelles, l’éloge funèbre de l’archiduc Albert. Nous n’avons pas retrouvé la peinture, mais du moins nous connaissons l'identité de celui qui, jusqu’alors, n’était connu que sous le nom de « Jeune Abbé ».

Dans le supplément de son Lucas Vorsterman, il publia quatre lettres autographes de la plus grande importance, qu’il eut la bonne fortune de découvrir, parmi des paperasses et des estampes sans valeur, dans la vente d’un peintre gantois, Isidore van Imschoot, qui se fit au moment où le livre sur le grand graveur venait de voir le jour. Dans le Repertorium für Kunstwisscnschaft, il édita, en 1879, un travail important sur Rubens et ses derniers historiens : Gachard et Génard. Dans les Bulletins de V Académie royale de Belgique, il publia un article sur un tableau de Rubens attribué au Titien (t. XXI, 1891, p. 295). C’est la Susanne avec les vieillards gravée par Vorsterman et appartenant au Musée de Chicago que, dans leur Klassischer Bilderschatz, MM. Reber et Beyersdorfer attribuent à l’école du Titien, attribution que rien ne justifie. Dans le tome XXIV, année 1892, il fit connaître, d’après une phrase d’un opuscule fort rare de Balth. Gerbier, un Voyage artistique de Rubens ignoré qui, à n’en pas douter, est l’excursion que le grand peintre fit en Hollande en 1611.

Dans les Bulletins de la Classe des lettres de l Académie royale de Belgique (1900, p. 674), il fit connaître Beux nouveaux autographes de Rubens : l’un, le texte autographe par Rubens de l’explication du frontispice du

Legatus de Marselaer; l’autre, un fragment de lettre à de Marselaer, datée du 27 février 1623, deux manuscrits acquis par M. Hymans comme papier sans valeur dans une vente publique à Bruxelles en 1900. Dans le Bulletin de l’ Académie royale de Belgique (1907, p. 394), il fit paraître : Autour d’un tableau de Rubens . Il s’agit du tableau Junon et Argus, acquis par le Musée de Cologne, et d’une gravure unique reproduisant ce tableau que l’on regardait jusqu’alors comme non reproduit, et bien d’autres encore.

On ne saurait étudier Rubens sans se sentir attiré vers son grand élève ; aussi Hymans s’occupa-t-il beaucoup d’Antoine Van Dvck. Il le fit très sérieusement, comme pour tout ce qu’il entreprenait, et nous fournit sur le grand portraitiste des notes bien instructives. Dans l’ Encyclopædia Britannica , où il avait déjà publié l’article sur P. P. Rubens en 1886, il publia, deux ans plus tard, la notice sur Antoine Van Dyck. Dans la Gazette des Beaux-Arts, il publia, en 1887, un article sur Les dernières années d’Antoine Van Dyck. Dans Bas Muséum, il publia, en 1895, une note sur Rubens et, en 1896, celle sur Antoine Van Dyck. A propos de l’exposition des œuvres de Van Dyck, à Anvers, il revint sur le sujet, dans la Gazette des Beaux-Arts (t. XXII, Paris, 1899, pp. 226 et 320), en deux articles où il fit la description des œuvres exposées, en les classant par ordre chronologique. La même année, il publia Quelques notes sur Antoine Van Dyck, dans les Annales de l’ Académie d’ Archéologie (p. 400) : toutes contributions précieuses et dont nous sommes reconnaissants, mais qui ne sauraient effacer le

sentiment de regret qu’il ne nous ait pas laissé un travail complet sur le maître, que nul mieux que lui n’était à même de nous fournir. Bien des fois je l’ai engagé à se mettre à ce travail, qui devait dans mon idée être le couronnement de sa carrière scientifique. M’y suis-je pris trop tard? Mesurait-il avec effroi l’immensité de la tâche qu’il aurait abordée? Je l’ignore. Toujours est-il qu’il a laissé à un autre le labeur auquel il était si abondamment préparé et qu’il aurait si dignement accompli.

Rien ne prouve mieux combien cette appréciation était fondée, qu’un livre analogue qu’il publia à la fin de sa vie, son A ntonio Moro, son oeuvre et son temps, qu’il publia en 1910, et qui dans son genre est un vrai chef-d’œuvre, se distinguant par l’étude approfondie et l’appréciation justifiée des œuvres, la connaissance de l’histoire des modèles, la fréquentation des hommes et des choses de l'époque. Tout cela, nous l’admirons dans X Histoire de Moro et nous l’aurions sans nul doute retrouvé à un degré égal dans son î Van Dyck.

Mais ne nous laissons pas trop aller aux regrets. Soyons reconnaissants de l’abondance des biens scientifiques qu’il a créés et nous a légués. Il distribuait avec tant de prodigalité les fruits de sa plume que nous devons les remémorer, non par unités, mais par groupements.

Pendant vingt-cinq ans il fut le collaborateur assidu de la Gazette des Beaux-Arts. La grande revue parisienne ne compta pas dans sa rédaction de membre plus zélé et de mérite plus complexe que Henri Hvmans; nul pays ne fut aussi abondamment et aussi soigneusement représenté dans ses colonnes que le nôtre. Il débuta dans sa tâche de

correspondant de la « Gazette pour la Belgique », par sa correspondance du Ier février 1886; il la continua jusqu’à la fin de sa vie. Tous les ans, il envoya en moyenne deux articles très étendus, comprenant une huitaine des grandes pages compactes de la publication. Elles communiquaient les dernières nouvelles du monde des Arts : Ouvertures de Musées, Expositions d’œuvres anciennes, livres et revues artistiques, événements quelconques agitant le règne des Musées. Parmi ces contributions régulières, il se glissait des études de plus grande étendue et d’importance plus durable, telles les visites aux expositions et aux musées d’art ancien, les monographies sur ses artistes célèbres. En 1888, il fournit ainsi une étude publiée en trois livraisons sur Quentin Massys; en 1890-189], une autre sur Pierre Breughel le vieux, également en trois parties, deux biographies qui comptent parmi ses plus remarquables travaux. En 1894, il consacra deux lettres très importantes au Musée du Prado et une troisième à Quelques œuvres d’art conservées en Espagne. En 1895, il analysa l’Exposition d’art ancien à Utrecht. En 1899, il consacra deux articles à l’Exposition de Van Dyck à propos de l’exposition de ce maître à Anvers, à laquelle il avait pris une si large part. En ic)o2, il consacra trois articles à l’inoubliable exposition des primitifs à Bruges. En 1905, il étudia les tableaux anciens et modernes exposés à Liège et ceux de Jordaens exposés à Anvers. En 1907, il retourna à Bruges pour rendre compte des primitifs que renfermait l'exposition de la Toison d’or. Il eut la bonne fortune d’y rencontrer, à côté de Y Annonciation de Jean van Eyck, appartenant à l’Ermitage de Saint-Péters-

bourg, qu’il n’avait pas encore vue, deux des œuvres les plus importantes du maître de Flémalle, appelé successivement le maître de la souricière, de Mérode, de Flémalle, Jacques Daret et Robert Campin. Depuis longtemps, son attention avait été attirée sur cette personnalité énigmatique qui a pris rang parmi les plus éminents de l’ancienne école belge. Il fut un des premiers à en parler. Quand Bode le mentionna pour la première fois, dans son étude sur la Renaissance au Musée de Berlin ( Gazette des Beaux- Arts , 1887), il nota : « C’est M. Hymans qui a attiré mon attention sur le chef-d’œuvre de ce maître, un triptyque que possède la comtesse de Mérode à Bruxelles ». Dans une lettre à la Gazette des Beaux-Arts de mars 1900, il rapproche X Annonciation de la comtesse de Mérode, de la Nativité, la peinture murale de la Boucherie de Gand et de la Nativité du Musée de Dijon. A Bruges, en 1907, il s’étend longuement sur le même maître à propos de la Nativité de la comtesse de Mérode et des deux œuvres du Prado (nos 1352-1353), exécutées par le maître de Flémalle pour le chanoine de Werli, la Sainte-Barbe et le portrait d’un frère mineur. Il ne découvre pas son identité, mais fait ressortir à chaque occasion son incomparable mérite. En 1910, il consacre deux articles à l’exposition du XVIIe siècle et y trouva une occasion glorieuse de revenir sur ses grands Anversois de prédilection : Rubens et Van Dyck. En novembre 1911, la Gazette des Beaux-Arts insère sa dernière correspondance de Belgique, qui traite des Expositions d’Art ancien à Charleroi, à Tournai et à Malines.

Henri Hymans fut un collaborateur des plus assidus

aux publications de l’Académie royale de Belgique. Il ne fournit pas moins de 246 notices à la Biographie nationale. Il commença en 1886-1887 (tome IX), par celle d’Adrien Huberti, continua jusqu’à celle de Karel Savery, traitant les peintres, les graveurs, les architectes, les historiens de l’art, les imprimeurs, les orfèvres belges de grande ou de moindre notoriété. Nous annotons parmi eux : Jacques Jordaens, Lens, Madou, Pincbart l’historien, Pol de Limbourg le miniaturiste, les Pourbus, Charles Ruelens, les Sadeler, les Savery. Dans l 'Annuaire de l’Académie, il fournit les notices biographiques de Ferdinand de Braekeleer, de Nicaise De Keyser, d’Alexandre Robert, les peintres, et de Joseph Franck le graveur. Dans les Bulletins, il fit insérer un grand nombre d’articles : Marin le Zélandais (1884), le portrait de Bernard van Orley par Albert Durer, le lieu de naissance de Memling (1889), « le Portrait », discours qu’il prononça comme directeur de la Classe (1891); des notices sur les livres ou travaux offerts à la Classe des beaux-arts, des rapports sur les concours ouverts; la légende de Saint-Servais (1912). Il prononça, au nom de la Classe, des discours aux funérailles de divers membres : Jos. Geefs (1885), Jos. Ducaju (1891), Jean Rousseau (1891), Gustave Biot (1905), Charles Tardieu (1909), Henri Maquet (1909), Édouard Fétis (1910). Il parla encore au nom de l’Académie à l’inauguration du Souvenir érigé au Musée de Gand, à Paul de Vigne et à Liévm de Winne (1906).

Dans l'Académie d’ Archéologie de Belgique à Anvers, il se fit remarquer, comme dans toutes les sociétés auxquelles il appartenait, par son assiduité aux réunions et

par le grand nombre et la haute valeur des études qu’il fournit à ses Bulletins et Annales. Nous ne saurions analyser ni même énumérer toutes les notices grandes et petites; nous rappellerons les principales. La plus ancienne que nous rencontrons se trouve dans le Bulletin de 1 88 1 ; elle traite du Commerce anversois au XVIe siecl e, d’apres une estampe dit temps. On connaît cette estampe de dimensions énormes, mesurant près d’un mètre de hauteur, inspirée par jean Neudorffer, dessinée et gravée par Jost Amman, tout aussi remarquable que rare à l’époque où M. Hvmans la décrivait minutieusement, mais reproduite et très répandue depuis lors. Dans le Bulletin de 1885, il nous lit connaître un Nouveau maître anversois , le graveur Jacques Blondeau, qui vécut dans la seconde moitié du XVII8 siècle et qui était resté inconnu aux iconographes. En 1886, il fit connaître le peintre anversois Ambroise Du Bois (Bosschaert) (1543-1614) qui, à la fin du XVIe et au commencement du XVIIe siècle, travailla à Fontainebleau pour le roi Henri IV et pour la reine Marie de Médicis.

En 1887, il fut président de l’Académie, et dans son discours d’ouverture il traita de l’école de gravure anversoise au XVI' siècle, c’est-à-dire avant Rubens. Il y appela le premier l’attention sur le prétendu Dirk van .Star, que nous avons plus tard appris à connaître comme Dirck Vellert et qu’il réclama avec raison pour l’école d’Anvers. Il s’étend sur Corneille Massvs et éclaircit l’histoire de Lambert Suavius et de Jérôme Cock, une étude capitale, se distinguant même des œuvres si pleines d’érudition de l’auteur. Dans les Annales de 1S96, il consacre un article

à V Adoration des mages, de Mabuse; en 1887, dans un article Un maître énigmatique, il pose la question si le maître désigné sous le nom de Conrad Fyoll, ne serait pas un des fils de Quentin Massys, Quentin le jeune. L’année suivante, avant recherché avec le soin et l’érudition qu’il mettait à ces sortes de travaux, il étudia les gravures rares et remarquables de Melchizédech van Hooren et nous traça l’histoire de ce cartographe anversois. En 1902, son attention ayant été attirée sur la signature de deux peintures de physionomie flamande par le sujet, il enrichit notre histoire d’un nouveau peintre anversois, Gérard Thomas (1663-1720). En 1906, sons le titre Un point d’histoire , il traita l’histoire de l’ordonnance de Marie- Thérèse, affranchissant, en 1773, les arts de la juridiction des corps de métiers, ce qui lui fournit l’occasion de peindre l’état de profonde décadence où étaient tombés les beaux-arts à cette époque.

Ce ne sont pas toujours des études de large étendue et de grande profondeur dont il expose les résultats; bien des fois ce sont des épisodes puisés dans un ancien auteur, où il trouve matière à dissertation et sujet d’une causerie attrayante. Tels sont : Un tragique épisode de l’art flamand (1896), une Phase de l’histoire de l’art en Chine 1 (1898), travail remarquable, écrit à l’occasion de la découverte d’un rouleau d’estampes. En 1903, il se demanda A quelle époque fut terminée la tour de Notre-Dame à Anvers , à propos d’un dessin découvert par l’auteur et signé P. Breughel; la même année, l’amusante étude de mœurs Dupes et faussaires . En 1908, il choisit pour sujet de son discours présidentiel, la Part de quelques soin ces

artistiques anciennes dans une invention moderne, à propos de la présence d’une guillotine de dimension réduite dans la vente van Havre, qui lui donna l’occasion de montrer que des instruments de supplice de forme analogue figurent dans des œuvres de peintres anciens, notamment de Lucas Cranach, Penez et Aldegrever, qui auraient servi de modèle au docteur Guillotin. A propos de deux vieilles estampes très rares, il nous fit connaître, en 1908, l’architecte anversois Henri van Paesschen, l’architecte de la Bourse de Londres.

Il nous serait impossible d’analyser tous les articles qu’il prodigua dans les différentes revues auxquelles il collabora. Signalons encore une de celles auxquelles il fournit des rapports considérables. C’est la Vlaamsche School qui, plus tard, s’appela Onze Knnst. En 1891, il étudia le portrait d’homme portant l’inscription Connubialis anior, etc., où il crut voir le portrait de Quentin Massys lui-même. En 1904, il consacra dans Onze Kunst deux articles importants à l’Exposition des primitifs français. L’année suivante, à l’occasion de l'exposition organisée par l’art contemporain, d’une riche collection des œuvres de H enri Levs et de Henri De Braekelaer, il fournit une étude sur les deux grands maîtres de l’école anversoise au XIXe siècle. En 1907, il fait connaître les œuvres des peintres primitifs qui se trouvaient dans l’exposition de la Toison d’or à Bruges.

Le Messager des sciences historiques de Gand fut la revue à laquelle il confia ses premières études dans le domaine de l’histoire des arts. C’était en 1861 et le sujet choisi avait pour titre : Notes et recherches sur quelques

tableaux du Musée royal de Bruxelles. Avec quel œil exercé et quel savoir documenté il entreprit cet examen d’un grand nombre de tableaux anciens italiens et flamands, nous en trouvons la preuve dans le fait que lui le premier remarqua que le tableau de Rubens, Vénus dans la Forge de Vulcain se composait de deux morceaux hétéroclites, dont l’un n’était pas de la main du maître, accident qui bien plus tard devait se vérifier et être expliqué. En 1886, il fit imprimer une conférence qu'il donna à l’Union des artistes, et on il traita de Rembrandt , le seul artiste étranger dont il analysa la vie et les œuvres.

Sa collaboration s’étendit à des publications d’un autre genre; ainsi dans Patria Belgica (1875), il fournit Y Histoire de la Gravure et Y Histoire des Costumes, la première donnant un aperçu d’une branche qui lui était familière, la seconde prouvant combien sérieuses étaient ses connaissances dans une science si utile aux historiens de l’art.

De bonne heure il s’était, comme nous venons de le voir, appliqué à l’histoire de la peinture et spécialement de l’ancienne peinture flamande. L’ouvrage le plus considérable et somme toute le plus précieux qu’il produisit sur ce terrain, est le Livre des peintres de Car cl van Mander, qu’il traduisit du flamand en français et qu’il enrichit considérablement de notes et de commentaires. C’est une véritable histoire de notre peinture du XVe et du XVIe siècle qu’il nous fournit dans ces deux gros volumes in-40, publiés à Paris en 1884-1885 et donnant les résultats que la science de cette époque avait acquis. Cette publication lui ouvrit l’accès de la Gazette des Beaux-

Arts où, comme nous l’avons dit, il continua pendant tout le reste de sa vie les études de la peinture au fur et à mesure que l’occasion s’y prêtait. Dans 1 ' Encyclopædia Britannica (1888), il inséra une notice sur les Teniers et dans Das Muséum (1897) une autre sur David Teniers II. Pour les artistes modernes, Constantin Meunier {Zeitschrift für bit demie Kunst, 1905) et Henri de Braeckelaer {Kunst und Künstler, 1905). Dans l’Art, de Paris, il publia de 1877 à 1885 divers articles de moindre importance. Dans les six premiers volumes de V Allgemeines Lexikon der bildenden Künstler de Thieme et Becker (1907-19 11), il publia les notices des peintres flamands qui s’v rencontrent.

Il ne négligea pas une minute la branche de l’art qui formait sa spécialité, et il sema un peu partout les fruits récoltés par son observation perspicace et ses comparaisons minutieuses dans le dépôt qu’il dirigeait et dans ceux des pays étrangers qu’il visitait. Nous avons vu son livre Les Graveurs de Rubens; citons encore le Catalogue de Jonas Suyderhoef, de M. Wussin, qu’il traduisit en français (Revue universelle des Arts, Paris, 1862), L’Art de la lithographie et ses ressources, La gravure criblée et les impressions négatives , dans Documents iconographiques de la Bibliothèq ue royale de Belgique ; Les Images populaires flamandes au XVIIe siècle (1869), le Catalogue des estampes d ornement à la Bibliothèque royale de Bruxelles (1907) et surtout les remarquables apports à la Gescllschaft für vervielfàltigende Kunst. Dans la Chronique que cette société fait paraître périodiquement, Hvmans avait traité, en 1887, X Histoire de la gravure sur bois en

Belgique; en 1888, Die Niederlàndische Malerei und ihre Beziehungen zum Kupferstich (l’ancienne peinture néerlandaise et ses relations avec la gravure sur cuivre).; en 1888, Schelte a Bolswert comme peintre; en 188g, les burinistes belges après Rubens jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la suite et le complément de la gravure dans l’école de Rubens; en 1904, Lancelot Blondeel comme graveur. Quand la société publia ses superbes volumes, contenant 1 ' Histoire de la gravure moderne, elle confia le département de la Belgique à M. Hvmans : pouvait-elle faire choix plus heureux? Il fournit, en 1898, X Histoire de la lithographie en Belgique; en 1901, la Gravure moderne en taille-douce ; en 1902, la Gravure à l'eau forte; en 1903, X Histoire de la lithographie en Belgique, pour lui la plus importante des quatre branches. En 1885, il publia à Liège les compositions décoratives et allégoriques des maîtres de toutes les écoles; en 1902, L’Art en Belgique, choix des principaux monuments de l’art en Belgique, 40 planches avec une préface de sa plume. En 1905, il publia une étude sur la Bibliothèque royale de Belgique. A la demande de la Commission du Musée de Bruxelles, il fit le catalogue des sculptures du Musée en 1904, et le catalogue du Musée historique. Ce dernier n’est pas imprimé.

Hymans aimait à se promener dans les villes; il n’en connaissait pas seulement les œuvres d’art que renfermaient les musées et les églises, il avait parcouru les places, les rues et les ruelles, avait noté les coins pittoresques, les maisons et les monuments d’aspect vénérable ou attrayant. C’est avec un respect attendri qu’il me mon-

tra, dans les derniers temps, les bâtiments de Bruxelles qni allaient disparaître sons le marteau du démolisseur. Il n’y avait donc rien d’étonnant que les éditeurs des Villes d’art célébrés le choisirent quand ils voulaient publier la description des villes de vieille réputation que compte notre pays : en 1901, Bruges et Ypres; en 1902, Gand et Tournai; en 1910, Bruxelles, qui, successivement, parurent en allemand à Leipzig et Berlin, en français à Paris. La mort le surprit avant qu’il eut achevé la description d’Anvers, à laquelle il travaillait et dont il avait terminé une grande partie. Dans ces descriptions de villes, les illustrations foisonnent comme dans toutes les revues d’art auxquelles il confiait ses articles : la Gazette des Beaux- Arts, Onze Kunst, l’histoire de la Gravure dans Die Graphischen Künste. Il fut correspondant du Musée de South-Kensington, etc.

Hymans n’était pas seulement un historien de l’Art, il en fut également, à certains moments, le philosophe; ainsi, en 1891, il prononça comme directeur de la Classe des beaux-arts de l’Académie royale un discours Sur le Portrait, où il défendit la thèse que la grande valeur de l’effigie ne doit pas être la ressemblance. Ce ne fut pas seulement sur l’histoire de l’Art qu’il émit des idées particulières; il lit connaître sa manière de voir sur divers autres points, tels le Réalisme et sou influence sur la peinture contemporaine (1884), œuvre où il démontra la valeur de l’idéalisme dans l’Art, défendant contre les prétentions de Courbet les droits imprescriptibles des grands artistes de tous les âges. En 1909, il traita sous le nom de la Tradition en art au contact de F évolution scientifique

moderne, l’influence de la photographie, de la librairie moderne et de la cinématographie sur les Beaux-Arts.

Voilà comment il comprit sa manière de remplir le but de sa vie. C’est une tâche effrayante qu’il assuma, qu’il accomplit sans hésiter, toujours allègre, toujours éveillé, cherchant et trouvant le bonheur dans le travail, toujours prêt à prendre dans le fond inépuisable de ses connaissances de quoi répondre aux investigations de ceux qui venaient le consulter. Il vivait au milieu des livres et quand il s’en éloignait c’était pour courir à l’une ou l’autre exposition, pour aller voir les musées grands et petits. Il encoffrait dans sa mémoire, sûre gardienne de ce qu’il lui confiait, tout ce qu’il voyait, et l’en retirait au moment où cela lui devait servir à lui ou à ses amis.

Sa mort causa un deuil profond. L’Académie royale de Belgique s’en rendit l’interprète en levant la séance où cette triste nouvelle lui parvint, et remit à la fin de l’année et non du semestre le délai où il serait pourvu à son remplacement.

M. Henri Hymans était :

Commandeur de l’Ordre de Léopold.

Commandeur de l’Ordre de François-Joseph d’Autriche.

Conservateur en chef de la Bibliothèque royale en 1904. Pensionné le 2 juillet 1909.

Pensionné à l’Institut, des Beaux-Arts d’Anvers avec le titre de professeur honoraire, 2 juillet 1909.

Elu président de la Commission de Biographie nationale à l’unanimité en 1910.

Membre et ancien président de l’Académie royale d’ Archéologie de Belgique.

Elu correspondant de l’Académie royale de Belgique le 12 mars 1883, membre titulaire le 8 janvier 1885, directeur de la Classe des beaux-arts en 1891 et en 1909.

Membre du Comité supérieur des Beaux-Arts.

Membre honoraire du corps académique, 19 août 1879.

Membre de la Société des arts graphiques à Vienne en 1901 (Gesellschaft für vervielfâltigende Kunst).

Membre correspondant du Musée impérial d’Art et d’industrie, Vienne, 1889;

de la Société historique et archéologique de Tournai (1896);

du Cercle archéologique d’Enghien (1882);

de la Société archéologique et paléontologique de Charleroi (1888);

Correspondant de la Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut.

Membre du Letterkundig Genootschap de Leide.

Membre d’honneur de la Société des Arts, des Sciences auxiliaires de Paris (1910); de la Société de Compiègne.

Membre de la Graphische Gesellschaft de Berlin (1906).

Membre des Amis du Musée.

Membre de la Commission royale des monuments.

Correspondant de l’Institut de France.

Honorary Fellow. Society of Antiquaries London.

Membre de la Commission directrice des Musées royaux de peinture et de sculpture.

Membre de la Commission administrative de l’Académie royale de Belgique.

Président de la Biographie nationale.

Page 1