PAR
Henri HYMANS
La Bibliothèque royale de Belgique.
(Extrait du Mouvement scientifique en Belgique « Notre Pays », 1830-1905.)
La Bibliothèque royale doit son existence à l’arrêté roval du 19 juin 1837. Elle forme le dépôt général des livres imprimés, des manuscrits, des estampes, des cartes et des plans, des médailles, monnaies et méreaux appartenant à l’État.
Dès l’origine de sa constitution, installée dans une partie de son local actuel, alors le Palais de l’Industrie, elle s’est ouverte à l’étude le 21 mai 1839. Aucune cérémonie, aucun discours ne rehaussa cette inauguration. Les lecteurs vinrent occuper une place dans la petite salle • disposée pour les recevoir; ce fut tout.
Evénement considérable pourtant, que notre jeune nation pouvait compter, non sans orgueil, parmi les manifestations les plus éloquentes de son patriotisme.
Voici, d’ailleurs, comment s’exprimait Ch. Liedts dans le rapport fait au nom de la section centrale de la Chambre des Représentants sur le projet d’acquisition par l’Etat, de la bibliothèque de feu Charles Van Hulthem, à Gand :
« S’il n'est pas possible, comme à ces législateurs de l’antiquité, formant les mœurs des nations encore au berceau, de rendre un peuple inalliable avec d’autres; si les rapports journaliers et le frottement continuel des nations
entre elles ne permettent plus d’imprimer aux âmes une forme nationale à l’épreuve du temps et des conquêtes, du moins les citoyens peuvent encore tellement s'affectionner aux institutions de leur pays, que leur amour pour elles oppose au joug de l’étranger un obstacle plus insurmontable que la force des armes.
» L’un des plus puissants moyens de répandre cet amour et de consolider par conséquent notre nationalité, est de ne rien négliger de ce qui peut étendre le vaste domaine de la raison et des connaissances humaines; c’est dans ce but que le Congrès a débarrassé la pensée des dernières entraves que le gouvernement déchu y avait mises : liberté de la presse, liberté dans la manifestation des opinions, liberté de l’enseignement.
» C’est dans ce même but que le Gouvernement vous propose de fonder dans la capitale une bibliothèque nationale, qui soit en quelque sorte l’école de tous les citoyens et qui facilite surtout à ceux qui sont nés avec du talent, mais sans fortune, les moyens de s’instruire et d’honorer un jour le pays par leurs travaux et leurs écrits.
» La Belgique se croirait largement récompensée de ses sacrifices, si ses arsenaux littéraires, les bibliothèques, contribuaient à former un seul grand historien pour célébrer la gloire de nos ancêtres, porter au loin le nom du peuple belge et faire chérir la nationalité de ceux qui la calomnient encore ».
Nous voyons à quels mobiles élevés obéissaient ceux qui présidaient aux destinées du pays, en prenant 1 initiative d’enrichir le patrimoine national de la vaste collection de livres délaissée par l’ancien bibliothécaire de la ville de Bruxelles et secrétaire de l’Académie des sciences et belles-lettres.
Elle se composait, d’après l’exposé du rapporteur :
i° De plus de mille manuscrits, presque tous relatifs à l’histoire de Belgique;
2" D’une collection unique de livres dans toutes les langues et de toutes les époques, qui ont trait à l’histoire nationale ;
3° De la collection la plus complète peut-être qui existe de matériaux, tant en manuscrits qu’en livres imprimés, relatifs à l’histoire littéraire et à l’histoire de la bibliographie de notre pays.
Les Chambres votèrent, et un arrêté royal du 13 mars 1837 sanctionna l’acquisition, au prix de 315,000 francs, de la partie de la Bibliothèque royale actuellement encore dénommée le fonds Van Hulthem.
Le temps 11’a pas réduit l’importance de ce vaste répertoire des connaissances humaines. Œuvre d’un curieux autant que d’un lettré, on y trouve en supérieure condition, dans leurs reliures originales pour la plupart, au nombre de 31,685 numéros et de plus de 60,000 volumes, non seulement des ouvrages traitant de l’histoire, mais d’une infinité de matières : philosophie, sciences phvsiques, mathématiques et naturelles, géographie, belleslettres, beaux-arts, branches auxquelles s’était intéressé particulièrement Van Hulthem, à la fois curateur de l’ Université, président de la Société de botanique et de l’Académie de peinture de Gand.
Sa bibliothèque constitue ainsi un monument de persévérance, de savoir, de bon goût et de patriotisme.
La section consacrée aux Pays-Bas : histoire, sciences, arts et littérature, forme le tome IV des six volumes d’un catalogue rédigé par Auguste Voisin, bibliothécaire de l’Université de Gand, catalogue publié en 1837. A lui seul ce volume comprend jusqu’à 7,000 numéros.
Comme conséquence de l’acquisition de la bibliothèque Van Hulthem parut, contresigné par de Theux, ministre de l’Intérieur, l’arrêté royal du 19 juin portant création de la Bibliothèque royale, disposition suivie à court intervalle du décret d’adjonction au dépôt de la précieuse collection
de manuscrits connue sous le nom de bibliothèque des ducs de Bourgogne, alors réunie aux archives de l’Etat.
De même, la collection des médailles, également la propriété de l’Etat et déposée au Musée des antiquités, était, en vertu d’un arrêté du 2 août 1838, incorporée à la Bibliothèque royale.
L’histoire des origines de la bibliothèque de Bourgogne figure au paragraphe consacré à la section des manuscrits. Nous pouvons nous borner à dire à cette place que, surtout composée de volumes manuscrits, parmi lesquels plusieurs appartinrent aux princes dont elle n’a cessé de porter le nom, ce précieux dépôt s’était accru, au cours des siècles, de livres imprimés, et notamment des exemplaires que les typographes belges étaient tenus de déposer pour s’assurer la propriété de leurs éditions, aux termes des privilèges octroyés par les souverains. En 1842, un catalogue en trois volumes, embrassant les nos 1 à 18,000, en fut dressé par le chevalier Marchai. Il se compléta en 1852 d’un répertoire onomastique.
En 1843, l’Etat, par suite d’une convention conclue avec la ville de Bruxelles, se trouva propriétaire des collections ayant jusqu’alors appartenu à la capitale.
La Bibliothèque royale entrait, par ce fait, en possession de plus de 10,000 ouvrages, formant an delà de 40,000 volumes.
L’ancien fonds de la ville, constitué sous le régime français pour servir de bibliothèque à l’Ecole centrale, renferme de nombreux et beaux ouvrages provenant surtout des couvents supprimés.
Enrichi par des acquisitions poursuivies avec suite, par les dons des sociétés et des particuliers, l’ensemble, au moment de sa reprise, était tenu par les autorités compétentes pour un des plus riches du pays en éditions anciennes et rares. La Bibliothèque royale y trouva de précieux incunables et d’importants recueils d’estampes.
Un savant bibliographe, d’origine espagnole, de Laserna y Santander, avait rédigé de ce dépôt un catalogue formant sept volumes grand in-folio, resté manuscrit.
Prise dans son ensemble, la nouvelle bibliothèque de l’Etat, sans pouvoir rivaliser avec d’autres institutions similaires, montrant leur origine dans les siècles, se réclamait néanmoins d’un passé considérable, à certains égards, illustre.
Parmi ses bibliothécaires, elle pouvait signaler avec quelque fierté, outre Laserna, G.-j. Gérard, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences et belles-lettres, comme fut aussi Van Hulthem, le baron de Reiftenberg, enfin Sylvain Van de Weyer, lequel, à son titre de Ministre plénipotentiaire de Belgique à Londres, joignait celui de bibliothécaire honoraire de la ville de Bruxelles.
L’arrêté organique de la Bibliothèque royale appelait à la direction, avec le titre de Conservateur, le baron de Reiffenberg, ancien professeur à l’Université de Louvain, puis professeur à celle de Liège, en 1821, bibliothécaire adjoint de la ville, fonctions ensuite occupées par L.-V. Goethals, lequel vint clore, en 1842, la liste des bibliothécaires du dépôt communal.
Une galerie de 70 mètres, formant an premier étage l’aile droite du Palais de l’Industrie, fut remplacement primitif de la Bibliothèque royale. Cette galerie, large de 10 mètres et transversalement divisée par des corps de rayons, laissant libre un passage de 3'n25, était précédée d’un espace réservé de 10 mètres de large sur 7 de profondeur : la salle de lecture des imprimés, formant la première section de la Bibliothèque.
La section des manuscrits avait pour local une partie du rez-de-chaussée du corps central, avec accès par la cour de l’édifice. Des menbles de chêne, à double face, servaient à loger ses trésors. Son premier conservateur fut J. -P. Marchai, mort en 1858.
Le fonds Van Hulthem et le fonds de la ville prirent place isolément sur les ravons, gardant leur ordre primitif, c'est-à-dire celui des matières d’après le système de Debure. Cet ordre leur a été conservé.
Les accroissements furent rapides. Dès avant la fin de 1841, 8,831 nouveaux volumes avaient grossi le contingent. Le budget annuel était alors de 60,000 francs, somme dans laquelle entraient pour la moitié environ les achats de 19,030 volumes. Le cabinet de lecture des imprimés répondait aux demandes des 2,000 lecteurs.
Les nouvelles acquisitions étaient réparties en neuf classes, à leur tour subdivisées d’après un système bibliographique introduit par Namur, conservateur adjoint de la première section.
L’énumération de ces classes, en partie conservées, oiïre quelque intérêt.
Première classe :
Deuxième classe : Troisième classe :
Quatrième classe :
Cinquième classe :
Sixième classe :
Septième classe :
Huitième classe :
Neuvième classe :
Introduction aux connaissances humaines.
Théologie.
Philologie et pédagogie.
I urisprudence.
Sciences mathématiques , physiques et naturelles.
Sciences médicales.
Arts et métiers.
Philologie et belles-lettres.
Histoire et sciences auxiliaires.
Plus tard, une dixième classe, comprenant les revues, journaux, vint s’ajouter aux précédentes. Chaque classe, différenciée par une marque variant de forme et de couleur, est, à son tour, subdivisée par une combinaison de lettres et de chiffres inscrits sur la marque appliquée au dos du volume.
La Bibliothèque royale, tout en se préoccupant d’abord
des publications avant trait à la Belgique, ne manquait pas de s’accroître dans la mesure du possible d’ouvrages d’intérêt général.
« La Bibliothèque, disait de Reiffenberg, est belge d’abord, éminemment belge, mais ensuite, elle conserve sa mission encyclopédique et doit représenter l’état actuel des connaissances humaines. »
Les vues, intelligemment poursuivies, eurent pour effet de mettre le dépôt national en possession d’un ensemble important d'ouvrages anciens et modernes éminemment utiles au progrès des études. La Bibliothèque de Bruxelles était citée, dès l’année 1844, comme une des plus importantes du Nord. Parmi ses lecteurs, dont le nombre atteignait 3,000, on relevait les noms de quelques-unes des sommités de la littérature et des sciences historiques. Le budget annnel avait été porté à 80,000 francs.
Mais le manque de place se faisait gravement sentir. De Reiffenberg, dans son rapport de 184g, le dernier qu’il adressa à l’administration supérieure, réclamait avec instance une extension de local. « Il y a des jours, écrivait-il, où une partie des visiteurs doit se retirer faute de place ».
Il ne devait pas être donné au savant conservateur de voir se modifier cet état de choses. Moins d’un an après, le 18 avril 1850, la mort l’enlevait à ses multiples travaux. Il était né à Mons en 1795.
La succession de de Reiffenberg fut recueillie par Louis Alvin, ancien fonctionnaire supérieur de l’administration centrale. Le nouveau conservateur en chef se montra préoccupé, dès l'origine, de mettre l’établissement en possession d’un catalogue d’ensemble. L’entreprise était considérable; la mener à bien n’était possible qu’avec l’aide d’un personnel spécial. On ne pouvait, effectivement, taire dépendre l’avancement du travail du temps que seraient à même d’v consacrer des fonctionnaires
investis du service, déjà fort absorbant, de la salle de lecture. Un crédit spécial fut donc sollicité de la législature pour la « Fusion des trois fonds », un personnel extraordinaire engagé et le travail poursuivi d’après un plan uniforme à partir de 1856.
Successivement le fonds de la ville de Bruxelles, la première série des accroissements (les acquisitions faites sous l’administration précédente), les accroissements formant la seconde série (commencée par Alvin et classée simplement dans l’ordre numérique d’entrée) se trouvèrent catalogués sur fiches, alphabétiquement par noms d'auteurs et systématiquement par titres d’ouvrages. Dès l’année 1860, le fonds de la ville était achevé au très grand avantage du service de la salle de lecture.
Au cours de l’année 1861, l’Etat se rendait acquéreur, au prix de 30,000 francs, de la bibliothèque du savant anatomiste et physiologiste allemand Johann Millier, mort en 1858. Ce notable accroissement, 4,877 numéros, fut à son tour l’objet d’un relevé sur fiches.
L’importance de la Bibliothèque allait grandissant; à tout prix, il fallait pourvoir à l’extension de ses locaux. Partageant avec le Musée de l’Industrie, avec l’Ecole industrielle, avec l’Académie royale de Belgique, avec l’Académie royale des beaux-arts de la ville de Bruxelles, les constructions de l’ancien Palais de l’Industrie, l’établissement ne pouvait trouver à s’étendre qu’aux dépens de ses voisins. Pour remédier à ce déplorable état de choses, Alvin, en 1855, proposa l’érection d’une galerie nouvelle, contiguë à celle occupée par les livres des anciens fonds.
Le projet ayant été adopté, la Bibliothèque royale se vit à même, dès l’année 1856, d’affecter de nouvelles salles au placement des incunables, à l’arrangement des cabinets des estampes et de numismatique; enfin, de loger d’une manière convenable les milliers de volumes déposés
en vertu de la convention intervenue avec la France, le 22 août 1852, sur la propriété littéraire.
Ce ne pouvait être là qu’un acheminement vers des extensions ultérieures, chaque jour plus impérieusement réclamées par l’afflux de nouveaux livres.
Peu à peu, en effet, on allait voir le Musée de l’Industrie et ses dépendances, même les locaux occupés par l’Académie royale des sciences, des lettres et des beauxarts de Belgique, céder devant le flot envahisseur. Avant la fin de 1877, la Bibliothèque royale avait pris possession du palais entier, v compris les pièces du sous-sol, où depuis tant d’années se donnaient les cours de dessin de l’Académie rovale des beaux-arts.
Elle s’était enrichie, dans l’intervalle, par voie d’héritage, de la collection de Mme la Ctesse douairière de Lalaing (900 volumes); par voie d’achat de la précieuse bibliothèque musicale délaissée par François Fétis, directeur du Conservatoire royal de musique (7,325 numéros); enfin, de la bibliothèque héraldique de feu F.-V. Goethals, ancien bibliothécaire de la ville, donnée à l'Etat par la veuve du défunt en 1876.
A ces divers groupes sont venues depuis s’adjoindre : la bibliothèque dramatique (3,900 numéros) délaissée par Frédéric Faber, acquise par l’État en 1892; la bibliothèque du philologue H. Helbig(96i volumes), également en 1892.
L’ensemble des livres appartenant à la Bibliothèque royale atteignait, à la fin de 1904, le total d’environ 400,000 volumes, occupant sur les rayons une étendue de plus de 15 kilomètres et formant une masse de 5,591 mètres cubes.
La salle de lecture, établie en 1880 au centre du corps central de l’édifice, peut donner place à 83 personnes assises. En fer à cheval, orientée du nord au sud, elle prend jour vers la façade par cinq grandes fenêtres du
corps central; vers l’hémicycle, par trois vastes baies, correspondant aux fenêtres extérieures de l’escalier monumental. Ouverte de 9 heures du matin à 6 heures du soir, elle a reçu, en 1904, 37,375 lecteurs et satisfait .à 84,898 demandes. Au moment de l’établissement de la salle nouvelle, le nombre des lecteurs avait été de 14,390, celui des ouvrages communiqués de 27,135. La fréquentation de la salle de lecture n’est soumise à aucune formalité.
Si la galerie primitive de la Bibliothèque rovale continue d’être en usage, si, comme à l’origine, les divers fonds y ont gardé leur ordre d’entrée, une partie des locaux a été aménagée d’après le système adopté, à l’exemple du Musée britannique, dans la plupart des grandes bibliothèques.
Des étages en fer, avec tabliers à claire-voie, reliés entre eux par des escaliers, se superposent, les échelles devenant, dès lors, inutiles.
Outre les catalogues sur fiches, représentant à l’heure actuelle au delà de 400,000 bulletins, le personnel chargé du service dispose d’un nombre au moins égal de bulletins de références, classés dans l’ordre alphabétique des matières. Ce catalogue facilite d’une manière puissante les recherches.
Comme annexe à la salle de lecture centrale, la section des imprimés dispose, depuis 1882, d’une salle des périodiques ouverte de 9 à 4 heures dans la journée, de 7 '/2 à 10 ‘/2 heures le soir.
Cette salle, où le nombre de places est limité et dont la fréquentation est accordée sur demande faite au conservateur en chef, tient à la disposition des lecteurs 1,400 périodiques, livres de références, etc.
On y communique aussi le soir, sur demande préalable, les livres appartenant au fonds des imprimés.
La salle des périodiques a reçu, en 1904, 15,680 visites.
Manuscrits. — Nous avons exposé plus haut l’origine de cette importante section de la Bibliothèque royale. Sous son titre ancien de Bibliothèque des ducs de Bourgogne, qui constate son illustre origine, elle est célèbre en Europe. Grandement accrue depuis son incorporation à la Bibliothèque royale, on évalue à 27,000 le nombre des manuscrits qui la composent.
I)e Laserna y Santander, alors garde de la Bibliothèque de la ville, fit paraître, en 1809, un Mémoire historique de la Bibliothèque de Bourgogne.
L’histoire est des plus mouvementée. Nombre de manuscrits précieux furent la proie des flammes dans l’incendie du Palais royal, en 1731. Vint ensuite la prise de Bruxelles par les armées du maréchal de Saxe, en 1746. Une partie notable des volumes sauvés du désastre prit le chemin de Paris, pour enrichir la bibliothèque du roi. Revendiquée, en 1769, au nom de Marie-Thérèse, par le comte de Neny, président du Conseil privé, il en revint tout au plus la moitié, d’ailleurs revêtus d’une splendide reliure au chiffre de Louis XV.
A peine avait-on pu mettre la main au classement des volumes, que la conquête française faisait charger pour Paris sept énormes chariots comprenant les plus beaux manuscrits de la collection.
Au moment de la rétrocession, après 1815, beaucoup, et non des moins précieux, restèrent à Paris. Ceux que l’on put replacer sur les rayons avaient, dans l'intervalle, été timbrés aux armes de la République et de l’Empire.
La section des manuscrits, nonobstant ces vicissitudes, détient quantité de trésors. Installée au rez-de-chaussée des bâtiments dits de l’ancienne Cour, c’est-à-dire la partie des constructions élevées par Charles de Lorraine, elle occupe tout le bas de l’aile gauche et d’une partie du bâtiment central, convertie en salle d’exposition.
Pas plus que pour le reste de la Bibliothèque royale, aucun permis n’est exigé pour l’admission à la salle de travail. 825 personnes y ont travaillé en 1904, recevant en communication 3,477 manuscrits.
Le public visite la salle d’exhibition sur présentation d’une carte délivrée par le conservateur. Cette salle a été inaugurée en 1899, sous l’administration de M. Ed. Fétis, appelé aux fonctions de conservateur en chef à la mort d’Alvin, survenue le 17 mai 1887.
Depuis 1901, un catalogue imprimé des manuscrits est en voie de publication. Œuvre du R. P. Van den Ghevn, S. J., conservateur de la section, il comprend jusqu’ici quatre volumes embrassant 3,056 numéros.
Estampes. — Alvin s’était occupé avec un zèle tout spécial de coordonner les éléments du Cabinet des Estampes. Il les trouva dans une partie des recueils ayant appartenu à la Bibliothèque de la Ville et provenant, en majeure partie, des couvents supprimés, maisons professes des jésuites, etc. Un nombre considérable de pièces étaient réunies dans un même volume, collées dos à dos, de manière à couvrir entièrement les pages. Beaucoup de volumes Varia, du fonds Van Hulthem, furent également mis à contribution. Enfin, 69 portefeuilles d’estampes ayant formé la collection Van Parys, comprenant 14,318 pièces, grossirent ce noyau.
Ouvert au public dès le mois d’avril 1858, le Cabinet des Estampes s’est considérablement accru depuis par des acquisitions imputées sur le budget, par des échanges et des dons.
On peut estimer l’ensemble actuel à 70,000 pièces. Quelques-unes des plus précieuses sont des trouvailles faites dans les incunables et les manuscrits. Parmi ces dernières, par exemple, figure la seule épreuve connue à ce jour de la grande planche des Armoiries de Charles le
Téméraire et une collection de 29 empreintes de nielles, collées sur les marges d’un ouvrage daté de 1600.
Le Cabinet des Estampes est surtout riche en documents d’intérêt national : œuvres de maîtres belges de toutes les époques, portraits, représentations d’événements ou de faits historiques, vues de monuments, etc.
Toutes ces pièces, cataloguées sur fiches, se trouvent, dès lors, facilement à la main, en cas de demande. Il faut noter, en effet, que chaque estampe est montée isolément.
Une série nombreuse de volumes est consacrée aux portraits rangés dans- l’ordre alphabétique des noms des personnages, une autre aux événements ayant trait à la fondation de l’indépendance nationale.
Parmi les accroissements notables du Cabinet des Estampes, il convient de mentionner le legs Lintermans, fait à l’Etat en 1895 Par musicien de ce nom. Outre un très grand nombre de beaux volumes à planches : voyages, costumes, etc., le musicien dont il s’agit s’était attaché surtout à réunir, en dessin et en gravure, les uniformes de tous les pays du monde. Il avait ainsi formé un ensemble de plus de 15,000 pièces, dont un très grand nombre affirment sa préférence pour les sujets militaires. Sur sa commande, divers artistes avaient exécuté de superbes représentations à l’aquarelle de soldats de presque tous les pays du monde.
A la suite de la disparition d’une partie des locaux anciens, en vue de la construction du Palais des Beaux- Arts, le Cabinet des Estampes fut transféré, en 1877, dans les salles primitivement occupées par l’Académie royale de Belgique, au premier étage de l’aile gauche du palais. Ces pièces, jadis habitées par le prince Charles de Lorraine et somptueusement décorées, ont reçu un mobilier en rapport avec leur destination. Elles furent inaugurées par le Roi, le 17 juin 1879, eL Peu de jours après, hono-
rées de la visite de LL. AA. RR. le Comte et la Comtesse de Flandre.
Le Cabinet des Estampes a répondu, en 1904, à 1,043 demandes formulées par 470 personnes.
A l'Exposition de Liège, la section des Estampes s’était appliquée à faire revivre, en gravure et lithographies, la représentation des soixante-quinze premières années de la Belgique indépendante.
Reproduction des Grandes armoiries de Charles le Téméraire .
Gravure de l’Ecole flamande. Epreuve unique.
Reproduction de La Vierge de 1418. La plus ancienne gravure sur bois datée. Epreuve unique.
Médailles. — Originairement une dépendance du Musée des antiquités, le Cabinet des Médailles, au moment de son adjonction à la Bibliothèque royale, en 1838, se composait d’une dizaine de mille pièces à peine. Un inventaire descriptif en avait été dressé par le savant Joachim Lellewel, le patriote polonais réfugié en Belgique.
La construction du Palais des Beaux-Arts ayant, on l’a vu, nécessité la démolition d’une partie des locaux primitifs de la Bibliothèque royale, le Cabinet des Médailles, compris dans l’emprise, ne reçut ses installations actuelles qu’en 1881.
Les six pièces affectées à son usage forment l’étage, vers la place du Musée, de l’avant-corps de droite du bâtiment de la Bibliothèque rovale.
Les collections du Cabinet de Numismatique proviennent en majeure partie d’achats, de dons et de legs. Il faut mentionner cependant une trouvaille intéressante faite au cours de l’année 1855. Dix-huit monnaies d’or, du XVIe et du XVIIe siècle, furent trouvées par un fonctionnaire de l’établissement, M. Ch. Ruelens, plus tard conservateur de la section des manuscrits, dans le dos du
volume 4733 du fonds des imprimés de la ville, livre de médecine imprimé à Paris en 1562.
Ces pièces étaient accompagnées d’un inventaire rédigé en flamand par une main du XVIe siècle.
Favorisé par d’heureuses occasions, le Cabinet a pu s’enrichir de beaux spécimens du moyen âge et de la renaissance, auxquels sont venues s’ajouter peu à peu de riches collections d’ensemble, formées par d’opulents collectionneurs. Le Cabinet des Médailles a été tout particulièrement favorisé sous ce rapport. On peut évaluer à plus de 60,000 le nombre de pièces antiques et modernes qui le composent actuellement.
La série de ses monnaies grecques, déjà fort riche par l’acquisition du médailler de M. le Cte du Chastel, devait s’accroître encore d’une manière remarquable au cours de l’année 1901.
En cette année, Mme la Bonne de Hirsch de Gereuth légua à la Belgique, son pays natal, l’ensemble de la précieuse collection d’antiques délaissée par le Bon Lucien de Hirsch son fils. Célèbre parmi les savants, cet ensemble, de près de 2,000 tvpes monétaires de la Grèce propre et de ses colonies, a rangé le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque rovale parmi les plus considérables de l’Europe pour la partie représentée.
Dans ce grandiose ensemble fut comprise la totalité des figurines de terre cuite, de vases, de marbres, de bronzes et de verres d’origine grecque, également rassemblés au prix de grandes recherches et de grands frais par le Bon Lucien de Hirsch. Le Cabinet de Numismatique a pu former, à l’aide de ces éléments, une exposition extrêmement remarquable.
Dans une autre catégorie d’objets, la collection Charles Van Schoor, léguée à l’Etat en 1903, mérite d’être signalée comme exceptionnelle.
Le savant magistrat s’était appliqué à réunir les mon-
naies et médailles papales, parmi lesquelles, à peine faut-il le dire, figurent des chefs-d’œuvre du burin des plus grands médailleurs de la renaissance.
L'ensemble de ce legs est de 2,750 monnaies et médailles, frappées par les papes : 270 en or, 1,730 en argent et 706 en bronze.
Vient ensuite une collection de plus de 600 insignes d’ordres de chevalerie, anciens et modernes, donnée à l’Etat, en même temps que l’ensemble presque intégral de son riche médailler, par un des numismates les plus passionnés du pays, le Bon Surmont de Volsberghe, ancien ministre de l’Industrie et du Travail.
Le Cabinet de Numismatique est le premier entré dans la voie de répondre, par le moyen des reproductions en moulage de ses pièces, aux demandes des collections publiques ou des collectionneurs privés.
On a pu voir à l’Exposition internationale de Liège, comme précédemment, à celle de Saint-Louis, des spécimens absolument parfaits de ces reproductions retraçant l’histoire de la médaille en Belgique depuis le XVe siècle jusqu'à nos jours.
Indépendamment des quatre sections dont nous venons de résumer l’histoire, l'arrêté royal du 16 septembre 1904 a créé, à la Bibliothèque royale, deux nouvelles sections, l’une comprenant le bureau du Catalogue des imprimés et des périodiques, ainsi que le bureau des renseignements bibliographiques, l’autre le secrétariat, le bureau d’entrée et la comptabilité.
Le personnel de la Bibliothèque royale se compose du conservateur en chef, de cinq conservateurs- chefs de section, de conservateurs adjoints, d’employés de première et de deuxième classe et de gens de service.
Nul ne peut être nommé employé de première ou de
deuxième classe, s’il n’est porteur d’un diplôme de candidat bibliothécaire obtenu après une année au moins de stage gratuit. Les autres conditions à remplir pour l’obtention de ce diplôme ont été fixées par l’arrêté ministériel du 24 décembre 1897.
Un conseil d’administration, composé de onze membres, est investi d’une mission de haute surveillance sur le personnel, le matériel et tout ce qui intéresse la Bibliothèque royale. Il délègue, une fois l’an, un ou plusieurs de ses membres pour inspecter toutes les branches du service et pour vérifier si les dispositions des arrêtés et des règlements sont exactement observées.
Les crédits inscrits au budget de 1855 pour la Bibliothèque rovale s’élevaient à la somme de 60,000 francs; au budget de 1905, ils atteignent le chiffre de 252,460 francs.
Le Cabinet des Estampes de Bruxelles
(Extrait de YArt, revue hebdomadaire, Paris, 1879, t. I, p. 301.)
Si l’on pouvait calculer même très approximativement ce qu’il a été fait et imprimé d’estampes depuis l’origine de la gravure, il faudrait se résoudre à croire que nos prédécesseurs se sont livrés à une destruction systématique des meilleures productions pour nous donner le plaisir de rechercher des curiosités.
L'excellente conservation de tant de livres imprimés il v a plus de quatre siècles, démontre suffisamment que le papier et l’encre bravent l’action du temps, parfois beaucoup mieux que des monuments en apparence indestructibles. Une gravure n’étant pas destinée à circuler comme un billet de banque, ce n’est que par ce dédain des choses du passé que professaient nos pères, que l’on s’explique la rare apparition d’une quantité de travaux certainement créés en vue de la plus large diffusion.
L’estampe, à part sa valeur intrinsèque, a souvent aussi un caractère d’actualité très nuisible à sa bonne conservation. L’événement auquel se rattache l'œuvre cessant d’intéresser, l’estampe disparaît le plus souvent avec lui.
Vient enfin la mode, brûlant dans son aveugle férocité l’idole de la veille. Autant de causes qui expliquent le
haut prix que l’on peut légitimement attacher à la possession de certaines œuvres.
Il s’est trouvé heureusement, à toutes les époques, des amateurs éclairés dont les portefeuilles sont devenus comme le port de refuge des fragiles produits de l’art qui nous occupe. Il n’v a de collections vraiment complètes que celles qui ont pu se lormer autour de ces noyaux déjà anciens. Il faut lire l’excellente notice de M. le V,e H. Delabarde sur le département des estampes de la Bibliothèque nationale, pour voir combien le Cabinet de Paris a été, sous ce rapport, exceptionnellement favorisé. Les collections impériales de Vienne, — où Bartsch a puisé les éléments de son Peintre-Graveur , — la collection Albertine doivent également à une origine deux fois séculaire une partie considérable de leur splendeur.
Quant à la plupart des autres Cabinets européens, ils en sont réduits journellement à lutter entre eux de vigilance et d’écus, heureux encore lorsqu’un opulent amateur ne vient pas se mettre de la partie.
La situation devient à cet égard assez critique. Les collectionneurs se tracent d’ordinaire un programme qui les amène à faire des sacrifices considérables pour compléter les spécialités de leur choix. Les collections publiques, elles, doivent s’attacher à tout réunir, car les demandes qu’on leur adresse sont variées à l’infini.
Le Cabinet de Bruxelles, dont l’existence officielle ne remonte encore qu’à une trentaine d’années, s’est vu contraint d’entrer, dès l’origine, dans la voie d’universalité où l’entraînait irrésistiblement le voisinage de la France. M. de Reiffenberg, le précédent conservateur de la Bibliothèque, avait en quelque sorte ébauché le travail de répartition poursuivi avec non moins d’ardeur que de méthode par M. Alvin. Bientôt le Cabinet des Estampes eut ses locaux et son service distinct, et l’on négligea peu d’occasions d’enrichir la collection dans laquelle vinrent se
fusionner aussi de nombreux recueils des anciens fonds de la Bibliothèque. Les collections Van Parys, Paelinck, Barlant de Nortdonck, Camberlyn, etc., formées en Belgique, donnèrent d’excellents moyens d’accroissement. Des agrandissements devinrent bientôt nécessaires et, dans ces derniers temps, un événement imprévu a permis au Cabinet des Estampes de recevoir une installation qui, tout autre parallèle écarté, le met au niveau des établissements les plus importants du genre. L’événement auquel nous faisons allusion est l’emprise d’une partie des anciens locaux dans les terrains destinés à l’érection du Palais des Beaux-Arts.
Le transfert des galeries d’œuvres d’art modernes du Musée de peinture avant permis d’installer les Académies des sciences, des lettres et des beaux-arts au Palais ducal, le Cabinet des Estampes s’est trouvé en possession d’une partie des locaux laissés disponibles par ces corps savants.
Les salles qui ont été inaugurées par le Roi le 17 février conviennent parfaitement à leur nouvelle destination. Point essentiel : la lumière y abonde. Les tables affectées à la communication des estampes de moyens formats sont placées près des fenêtres. Chaque visiteur trouve à sa portée un pupitre mobile. Les planches de grandes dimensions sont communiquées à des meubles centraux. Dépendant originairement du palais occupé par le prince Charles de Lorraine, ces salons sont décorés dans un style de transition du Louis XV au Louis XVI. Les trumeaux portent de ravissants trophées d’instruments de musique et la gorge des plafonds est ornée de bas-reliefs d’un bon travail italien. L’ameublement en chêne forme autour des salles un revêtement continu de 3 mètres de haut où sont superposées, par ordre de formats, les estampes formant la collection. La corniche de ces meubles est surmontée de seize bustes des plus célèbres graveurs flamands, exé-
entés expressément pour compléter la décoration des locaux. Ces bustes de terre cuite se détachent sur le fond vert olive de la tenture.
A cet ensemble décoratif d’un bon effet vient s’ajouter une exposition fort intéressante de quelques pièces curieuses faisant partie de la collection. Ces pièces se suivent par ordre chronologique dans des cadres vitrés qui recouvrent les portes de toutes les armoires contenant les estampes.
Bien que cette exhibition comprenne un certain nombre d’œuvres précieuses des écoles étrangères, les maîtres néerlandais en fournissent les éléments principaux.
Chaque pays montre, en somme, avec une prédilection légitime, les œuvres de ses nationaux, et le visiteur étranger est bien aise de pouvoir étudier sur place les produits de l’art des pays qu’il parcourt.
Le Cabinet de Bruxelles avait d’ailleurs à montrer des pièces d’un premier intérêt. Il ne s’en est pas fait faute. A côté de la fameuse Vierge de 1418, « la plus ancienne gravure datée », œuvre qui, mieux connue, eût sans doute soulevé de moins ardentes polémiques, se produit la non moins curieuse planche des Armoiries de Charles le Téméraire, estampe qui a eu, dans ces dernières années, un regain de notoriété et dont Y Art a publié naguère le fac-similé (voir 3e année, t. II, p. 235). Suivent alors quelques pièces d’une extrême rareté, sinon uniques. Un Cavaleir gravé sur bois, faisant partie d’une suite des Neuf Preux dont les seuls fragments connus ont été trouvés dans une reliure ancienne. C’est à la même source qu’a été puisé un fragment de Modèle de tenture aux armoiries impériales , que l’on serait tenté d’attribuer à Albert Diirer. Quelques pièces rarissimes du maître ont été réunies dans un même cadre, notamment le petit Saint Jérôme en bois (B. 115), la Vierge, inconnue de Bartsch (Heller, 1808), le Zodiaque^ B. 151).
Suivent les planches de l’énigmatique maître S., que se disputent Bruxelles et Cologne. Une Tentation de saint Antoine, de Jérôme Bosch; une Vierge et l'enfant Jésus, dont la gravure est attribuée à Mabuse (B. VII, 546, n° 1); une Vue de la Cour de Bruxelles datant du dernier tiers du XVIe siècle. Ce palais de Coudenberg, incendié à la fin du siècle dernier, s’élevait sur l’emplacement actuel de la place Royale, et c’est dans son vaste parc que furent taillées les allées du parc actuel de Bruxelles.
Chose remarquable, l’estampe dont il s’agit est devenue le prototvpe de nombreuses œuvres postérieures dans lesquelles le costume des personnages a été modernisé.
Une série de planches gravées d’après Breughel retrace la grotesque danse des épileptiques de Molenbeek-Saint- Jean, près de Bruxelles. C’était en réalité un pèlerinage qui se faisait le jour de la Saint-Jean et auquel les participants attribuaient la grâce d’être délivrés pendant l’année de toute nouvelle attaque.
Parmi les curiosités exposées dans la même salle, il faut citer aussi deux belles vues de la Bourse de Londres, que Thomas Gresham érigea en 1569 sur le plan de celle d’Anvers. Le British Muséum ne possède qu’une seule de ces planches contemporaines de la construction de l’édifice et dont le caractère flamand est irrécusable. Au-dessus de la cheminée de cette même salle est placée une planche que l’on peut considérer comme la plus grande estampe connue, car elle 11e mesure pas moins de 2 mètres de haut sur im6o de large. C’est l’épreuve unique jusqu’à ce jour de la gravure qu’un maître français, P. Devaulx, exécuta en neuf planches d’après la Cène de Rubens, aujourd’hui à Milan. Ce travail, de la plus remarquable vigueur de burin, est sans doute la tentative la plus hardie que l’on puisse citer de la gravure en taille-douce.
Dans le troisième salon sont réunies des œuvres non moins curieuses. Une planche de Michel Coxie : le
Serpent d’airain; quelques beaux portraits de Gollzius, des Wiericx, dont plusieurs inédits, notamment un portrait en pied de Christian de Wapenvelt et même des planches inachevées de ces féconds graveurs dont les procédés se révèlent ici sous un jour remarquablement intéressant. On voit, en effet, que les Wiericx commençaient leurs planches par un bout qu’ils achevaient absolument avant de se préoccuper de l’effet d’ensemble. Une estampe • des plus curieuses de Van de Velde montre l’infante Isabelle tirant l’oiseau sur une des places publiques de Bruxelles et — qui mieux est — l’abattant. Cette planche est datée de 1615.
Dans la même salle est exhibé un exemplaire complet du rarissime Crucifix gravé par l’orfèvre Antonio Gentile, qui avait fait cette belle pièce sur la commande du cardi- •nal Farnèse (plus tard Paul III), pour être offerte à la basilique de Saint-Pierre. Des eaux-fortes de Van Dyck, de Jean Wauters, paysagiste, élève de Rubens, de Van Diepenbeke, de Jordaens, de Crayer, etc., complètent la décoration de cette salle où sont en outre représentés les graveurs interprètes de Rubens, et où figure notamment un assez grotesque portrait de Christine de Suède revêtue d’une armure, planche gravée par Pondus l’année même de l’abdication de la reine. Nous gagnons ainsi la fin du XVIIe siècle.
Dans le salon d'entrée figurent quelques travaux d’écoles modernes. Les graveurs belges, Meunier, Biot, Franck, Carr, Desvachez (artiste français, mais dont le talent s’est formé en Belgique) y figurent de bons spécimens à côté d’Henriqnel Dupont. Calamatta, Mandel, Cousins, représentant respectivement la France, l’Italie, l’Allemagne et l’Angleterre. Une très rare épreuve inachevée de la Transfiguration représente Raphaël Morghen. Il n’est pas inutile d’ajouter que chaque planche est accompagnée d’une étiquette explicative sous l’épreuve.
En somme, le Cabinet des Estampes de Bruxelles est aujourd’hui très digne du grand établissement dont il forme la troisième section, et le hasard des circonstances vient de lui assigner sa situation naturelle entre le Musée de peinture et les autres sections de la Bibliothèque royale.