CHAPITRE VII
POSITION DU DÉLINQUANT : COMMENT ELLE INFLUE SUR l’ ALARME.
Il y a des déliu (jtie tout le monde peut com* mettre : il y en a d autres qui dépeuoent d'une position particulière, c'est-à-dirc , c'est celte position particulière qui fournit au délinquant i’occa.sion du délit.
Quel est l’effet de cette circonstance sur l’alarme? Elle tend communément à la diminuer, en rétrécissant sa sphère.
Un larcin produit une alarme {'cntTale : un acte de péculat, commis par un tuteur contre son pupille, n’en produit presque point.
Quelque alarme qu’inspire une extorsion faite par un officier de police, une contrihutiun levée sur un {p^nd chemin par des bri('ands en inspire inNninicnt plus. Pourquoi? C’est qu'on sent bien que le concussionnaire en place le plus déterminé a quelque frein et quelque retenue. Il lui faut des occasions, des prétextes
fiour abu.ser de son pouvoir ; tandis que les voeurs de (p'and chemin menacent tout le monde, à toute heure, et ne sont point arrêtés par l'opiiiiou publique.
Cette circonstance influe de la même manière sur d’autres classes de <léiiu, tels que la séduction , l'adultère. On ne peut pas séduire la première femme que Ton rencontre, comme on peut la voler. Une telle entreprise exige une connaissance suivie, un certain assortiment de rang et de fortune ; en un mot, l’avantage d’une position particulière.
De deux homicides, l’un commis pour recueillir une succession, l’autre à propos de brigandage , le premier manife.ste un caractère plus atroce, et le second excite cependant plus d’alarme. L’homme qui se croit sûr de scs liéritiers n’éprouve point d’alarme sensible par lepremicr
événement; mais quelle sûreté peut-il j avoir contre des brigands? Ajoutez que le scélérat qui tue pour hériter, ne se transformera pas en assassin de grand chemin : il risquera bien pour une succession ce qu’il uevoudraitpas hasarder pour quelques écus.
Voilà une observation qui s’étend à tous les délits impliquant violation de dép6t, abus de confiance et de pouvoir public ou privé. Ils causent d’autant moins d’alarme, ^ic la |)ositiun du délinquant est plus particulière, qu ily a un plus petit nombre u’individus dans une position semblable, et qu’aiusi la sphère de ce délit est plus rétrécie.
Exception importante. Le délinquant est-il revêtu de grands pouvoirs? Peut-il envelopper dans la sphère de son action un grand nombre de personnes? Sa position, quoique particularisée, agrandit l’enceinte de l'alarme au lieu de la rétrécir. Qu’un juge se proj>ose de piller, de tuer, de tyranniser; qu'un officier militaire ait pour objet de voler, de vexer, de verser du sang, l'alarme qu’ils exciteront, proportionnée à l'étendue de leurs pouvoirs, pourra surpasser celle des plus atroces brigandages.
Dans ces situations élevées, il n'est pas besoin d’un crime , une simple faute exempte de mauvaise fui peut causer une vive alarme. Un innocent est-îl envoyé à la mort par un juge intègre, mais ignorant, dès que la faute est connue, la confiance publique est blessée, la secousse se fait sentir, et l'inquiétude peut parvenir à un haut degré.
Heureusement ce genre d'alarme peut s’arrêter tout d’un coup par le déplacement du sujet incapable.
DE l’influence des MOTIFS SUD LA GRANDEUR DE l’aLARME.