‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 121 sur 524 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DES CAS OU LE DANGER EST PLUS GRAND QUE l' ALARME.

Quoique Valarme eu général corresponde au danger, il y a des cas où cette proportion n'est

Pas exacte ; le danger peut être plus grand que alarme.

Cest ce qui arrive dans ces délits mixtes qui renferment un mal privé et un danger qui leur est propre dans leur caractère de délit public.

lise pourrait que dans un état le prince fût voté par des administrateurs infidèles , et le public opprimé par des vexations subalternes. Les complices de ces désordres, composant une phalange menaçante, ne lai.«.seraient arriver auprès du trône que des éloges mercenaires, et ta vérité serait le plus grand de tous les crimes. La timidité , sous le masque de la prudence, formerait bientôt le caractère national. Si, dans cet abattement universel des courages, un citoyen vertueux, osant dénoncer les coupables, devenait victime de son xcle, sa perte exciterait peu d’alarme : sa magnanimité ne paraîtrait qu un acte

de démence ; et chacun , sc promettant bien de ne pas faire comme lui, considérerait de sangfroid un malheur qu’il a les moyens d’éviter. Maisralarmc,cn sc calmant, faitpiaceà un mal

!>lns considérable : ce mal, c'est le danger de ’impunitc pour tous les délits publics, c’est la cessation de tous les services volontaires pour la justice; c'est l'indifférence profonde des individus pour tout ce qui ne leur est pas personnel.

On dit qu’en quelques états dTlalie ceux qui ont déposé contre des voleurs ou des brigands, en butte à la vengeance de tous les complices, sont obligés de cTiercber dans la fuite une sûreté que les lois ne sauraient leur tlonner. Il est plus uangereux de prêter son service à la justice que de s’armer contre elle. Un témoin court plus de risques qu’un assassin. L’alarme qui ea résulte sera faible, parce qu’on est maître de ne pas s’exposer à ce mal ; mais à proportion le danger augmente.

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