PLAISIRS ET PEINES
reux qui accompa^ment la persuasion d’ac<> quérir ou de posséder restime et la bienveillance du monde qui nous environne, des personnes en {'énéral avec qui nous pouvons avoir des relations ou des intérêts; et pour fruit de cette disposition, de pouvoir espérer de leur part au besoin des services volontaires et gratuits.
6“ Plaisirs du pouvoir ; ceux quVprouve un homme qui se sent les moyens de disposer les autres à le servir par leurs craintes ou leurs espérances, c’est-à-dire, par la crainte de quelque mal ou l’espérance de quelque bien qu’il pourrait lotir faire.
7* Plaisirs de la piété : ceux qui accompagnent la persuasion d'acquérir ou de posséder la faveur de Dieu, et de pouvoir en conséquence en attendre des grâces particulières, soit dans cette vie, soit dans une autre.
8** Plaisirs de la bientfeillance : ceux que nous sommes susceptibles de goûter en considérant le bonheur des personnes que nous aimons. On peut les appeler encore plaisirs de ssnnpathief ou plaisirs des affections sociales. Leur force est plus ou moins expansive ; ils peuvent se concentrer dans un cercle étroit ou s’étendre sur l'humanité entière. La bienveillance s’applique aux animaux dont nous aimons les espèces ou les individus : les signes de leur bien-être nous affectent agréablement.
9* Plaisirs de ta malueilLznce : ils résultent de la vue ou de la pensée des peines qu'endurent les êtres que nous n’aimons pas , soit hommes , soit animaux. On peut les appeler encore plaisirs des passions irascibles f de Can~ tipadne, des affections atui-sociales.
lO" Lorsque nous appliquons les facultés de notre esprit à acquérir de nouvelles idées, et ne nous découvrons ou que nous croyons écouvrir des vérités intéressantes dans les sciences morales ou physiques, le plaisir que nous éprouvons peut s'appeler plaisir de F intelligence. Le transport de joie d’Archimède apres la solution d’un problème difficile est facilement compris par tous ceux qui se sont appliqués à des études abstraites.
1 Lorsque nous avons goûté tel ou tel plaisir, ou même en certains cas, lorsque noos avons souffert telle ou telle peine, nous aimons à nous les retracer exactement, scion leur ordre, sans en altérer les circonstances. Ce sont les plaisirs de la mémoire. Ils sont aussi variés que les souvenirs qui en sont l’objet.
la** Mais quelquefois la mémoire nous suggère l’idée de certains plaisirs que nous rangeons dans un ordre différent, scion nos désirs, et (|ue nous accompagnons des circonstances les plus agréables qui nous ont frap-
pés, soit dans notre vie, soit dans la vie des autres hommes. Ce sont les plaisirs de rima^ination. Le peintre qui copie d’après nature , représente les opérations de la mémoire. Celui qui prend çà et là des groupes et les assemble à son gré , représente celtes de l'imagination. Les nouvelles idées dans les arts, dans les sciences , les découvertes intéressantes pour la curiosité, sont des plaisirs de l’imagination qui voit agrandir le champ de ses jouissances.
i3** L’idée d’un plaisir’futur, accompagné de la croyance d’en jouir, constitue le plaisir de F espérance,
i4"* Plaisirs if association. Tel objet ne peut donner aucun plaisir en lui-même; mais s’il s'est lié ou associé dans l'esprit avec quelque objet agréable , il participe à cet agrément. Ainsi les divers incidents d’un jeu de hasard, quand on joue pour rien, tirent leur plaisir de leur association avec le plaisir de gagner. i5« Enfin il ^ a des plaisirs fondes sur des
fteines. Lorsqu’on a souffert, la cessation ou a diminution de la douleur est un plaisir, et souvent très-vif. On peut les appeler plaisirs du soulagement ou de la délivrance. Ils sont susceptibles de la même variété que les peines.
Tels sont les matériaux de toutes nos jouissances. Us s’unissent, se combinent, se modifient de mille manières; en sorte qu'il faut un peu d'exercice et d’attention pour démêler, dans un plaisir complexe , tous les plaisirs simples qui en sont les cléments.
Le plaisir que nous fait l’aspect de la campagne est composé de différents plaisirs des sens, de l'imagination et de la sympathie. I>a variété des objets, les Beurs, les couleurs, les belles formes des arbres, les mélanges d’oml>re et de lumière réjouissent la vue ; l’oreille est flattée du chant des oiseaux, du murmure des fontaines, du bruit léger que le veut excite dans les feuillages; l'air embaumé des parfums d’une fraîche végétation porte à l’odorat des sensations agréables, en même temps que sa pureté et sa légèreté rendent la circulation du sang plus rapide , et l’exercice plus facile. L’imagination , la bienveillance emiiellissent encore cette scène, en nous présentant des idées de richesse, d’abondance, de fertilité. L’innocence et le bonheur des oiseaux, des troupeaux , desanimaux domestiques, contrastent agréablement avec le souvenir des fatigues cl des agitations de notre vie. Nous prêtons aux habitants des campagnes tout le plaisir que nous éprouvons nous-mêmes par la nouveauté de ces objets. Enfin, la reconnaissance pour r Être suprême , que nous regardons comme l’auteur de tous ces bienfaits, augmente notre confiance cl notre admiration.