‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 14 sur 524 · PEINES SIMPLES · texte numérisé non relu

PEINES SIMPLES

i« Peines de privation : elles correspondent à tout plaisir quelconoue dont l’absence excite un sentiment de cLagrin. Il y en a trois modifications principales, i* Si l’on souhaite un certain plaisir, mais que la crainte de le manquer soit plus grande que l’espcrance de l’avoir, la peine qui en résulte se nomme peine du désir ou désir non satisfait. 2* Si l'on a fortement espéré d’en jouir, et que tout d'un coup l’espérance soit détruite, cette privation est une peine (fattente trompée, ou en un seul mot cpi’il serait bon de rétablir dans la lanpie fran> raise, désappointement. 3** Si l’on a joui d'un É»ien, ou ce qui revient au même, si l’on a compté fermement sur sa possession, et qu’on vienne à le perdre, le sentiment qui en résulte se nomme regret. Quant à cette langueur de l’aroe caractérisée par le nom d’ennui, c’est une peine de privation qui ne sc rapporte pas à tel ou tel objet, mais à l’absence ue tout sentiment agréable.

2* Peines des sens. Elles sont de neuf espèces : celles de la faim et de la soif; celles du

foùt, de Vodorat, du toucher, produites par application des substances qui excitent des sensations désagréables ; celles de l'ouïe et de la vue, produites par les sons ou les images qui blessent ces organes, indépendamment de toute association ; l'excès du froid ou de la chaleur ( k moins qu’on ne rapporte cette peine au toucher ); les maladies de tout genre; enfin, la foliée, soit de l’esprit, soit du corps.

3* i^eïnei de la maladresse : celles qu’on éprouve quelquefois dans des tentatives infructueuses, ou des efforts difficiles pour appliuer à leurs différents usages toutes les espèces 'outils ou d'instruments des plaisirs ou des besoins.

4* Peines de rinimitié : celles qu’un homme ressent lorsqu’il sc croit l'objet de la malveillance de tel ou tels individus en particulier, et qu'en conscqueuce il peut être exposé à soupir de leur haine , eu quelque façon que ce soit.

5» Peines tt une nuzuunïse rénutation : celles qu’un homme ressent quand il se croit actuellement l'objet de la malveillance ou du mépris du monde qui l'environne, ou exposé à le devenir. C’est ce qu’on peut appeler aussi peines du déshonneur y peines de la sanction populaire.

6" Peines de la piété. Elles résultent de la crainte d’avoir offensé l’Étrc suprême, et d’eu-

courir ses châtiments, soit dans cette vie, soit dans une vie à venir. Si on les juge bien fondées, on les appelle craintes reu^ieuses; si on les juge mal fondées , on les appelle craitües superstitieuses.

f Peines de la bienveillance. Ce sont celles que nous éprouvons par l’aspect ou la pensée des souffrances, soit de nos semblables, soit des animaux. Les émotions de la pitié font couler nos larmes pour les maux d’autrui comme pour les nôtres. On peut les appeler également peines de sympathie, peines des affections sociales.

Peines de la malveillance. Cest la douleur qu'on éprouve en songeant au bonheur de ceux qu’on hait. Ou peut les appeler peines (tantipathie , peines des affrétions anti-sociales.

9, 10, 1 10. Les peines de la mémoire, celles de V imagination , celles de la crainte, sont exactement le revers et U contre-partie des plaisirs de ce nom.

Lorsqu'une même cause produit plusieurs de ces peines simples , ou les considère comme une seule peine complexe. Ainsi l’exil, l’emprisonnement, la confiscation, sont autant de peines complexes qu’on peut décomposer en suivant ce catalogue des peioes simples.

Si le travail de dresser ces catalogues est aride, en récompense il est d’une grande utilité. Tout le système de la morale, tout le système de la législation portent sur cette base unique, la connaissante des peines et des plaisirs. C’est le principe de toutes les idées claires. Quand on parle de vices et de vertus, d'actions innocentes ou criminelles, de système remunératoire ou pénal, de quoi s’agitil? de peines et déplaisirs, et pas autre chose. Un raisonnement en morale ou en législation, qui ue peut pas se traduire par ces mots siin- *ple.s peine et plaisir, est un raisonnement obscur et sophistique, dont on ne peut rien tirer.

Vous voulez, par exemple, étudier la matière des délits , ce grand objet qui domine toute U législation. Cette étude ne sera au fond qu’une comparaison, un calcul de peines et de plaisirs. Vous considérerez le crime ou lo mal de certaines actions, c’est-à-dire les peines qui en résultent pour tels ou tels individus; le motif du délinquant, c’est-à-

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