OBSERVATION SUR LA LOI MARTIALE
Kn Angleterre , dans le cas d’attroupements séditieux , on ne commence point par assassiner militairement ; ravertissemenl précède la peine j la loi martiale est proclamée, et le soldat ne peut agir qu'après que le magistrat a parlé.
L'intention de cette lui est excellente, mais l’exécution y répond-elle? Le magistrat doit se transporter au milieu du tumulte : il doit prononcer une longue et traînante formule qu’on n'entend pas : et malheur à ceux qui une heure après seront sur la place! ils sont déclarés atteints d’un délit capital. Ce statut , dangereux pour les innocents, difficile à exécuter contre les coupables , est un composé de faiblesse et de violence.
Dans ce moment de désordre, le magistrat devrait annoncer sa présence par quelque signe extraordinaire. Ce drapeau rougCf si fameux dans la révolution française, avait un grand effet sur l'imagination. Au milieu des clameurs les moyens ordinaires du langage ne suffisent
plus. Il ne reste à la multitude que des yeux $ c'est donc aux yeux tju’il faut parler. Une harangue suppose de 1 attention et du silence, mais des signes visibles ont une opération rapide et ^missantc. Ils disent tout à-la-fois : ils n'ont qii un sens qui ne sauraitêtre équivoque; et un bruit affecté, une rumeur concertée ne peuvent pas empêcher leur effet.
D’ailleurs la parole perd de son influence par une foule de circonstances imprévues. L'orateur est-il odieux, le langage de la justice devient odieux dans sa bouche. Son caractère, son maintien, son début, offrent-ils quelque ridicule, ce ridicule se répand sur ses fonctions et les avilit. Hai.son de plus pour parler aux yeux par des symboles respectables qui ne sont point soumis aux mêmes caprices.
Mais comme il peut être nécessaire de joindre la parole aux signes, une trompe est un accompagnement essentiel. La singularité même de cet instrument contribuera a donner aux ordres de la justice plus d’éclat et de dignité,
NATURE DE LA SATISFACTfON.
à éloigner toute idée de conrer»atioD familière , à en imposer d’autant plus qu’on ne croira pas entendre l'homme , le simple ind ividu , mais le ministre privilégié , le héraut de la loi.
Ce moyen de se faire entendre an loin est usité depuis long- temps dans la marine. Là, les distances , le bruit (les vents et des vagues , ont d'abord fait sentir l'insuihsanoe de la voix. Les poètes ont souvent comparé un peuple en tumulte à une mer orageuse. Cette analogie appartiendrait-elle eaclusivement aux arts agréables? Elle serait d'une tout autre importance entre les mains de la justice.
Que les ordres soient en peu de roots. Rien qui sente le discours ordinaire ou la discussion. Point de de par le Roi. Parl(52 au nom de la justice. Le chef de l’état peut être l’objet d’une
aversion juste ou injuste : cette aversion même peut être la cause du tumulte. Réveiller sou idée ce serait enHaromer les passicms au lieu de les éteindre. S'il n’est pas odieux ce serait l’exposer à le devenir. Tout ce qui est faveur, tout ce qui porte le pur caractère de la bieuvcillance doit être présenté comme l'ouvrage personnel du père des peuples. Tout ce qui est rigueur, tous les actes de bienfaisance sévère, il ne faut les attribuer à personne. Voilez avec art la main qui agit. Rcjetez4es sur quelque être de raison , sur quelque abstraction animée : telle est la justice, Hile de la nécessité et mère de la paix, que les hommes doivent craindre, mais qu'ils ne sauraient haïr, et qui aura toujours leurs premiers hommages.