DE LA SATISFACTION HONORAIRE
Il eit certain qu’à considérer le duel comme une branche de la j ustice pénale, c’est an moyen absurde et monstrueux » mais tout absurde et tout monstrueux qu'il est, on ne saurait contester quHl ne remplisse bien son objet princiefface entièrement la tache (juune insulte imprime à Chonneur. l.es moralistes vulj^aires, en condamnant sur ce point l'opinion générale, oe serrent qu’à confirmer le fait. Or, que ce rcaultat du duel soit justifiable ou non, n’importe : il existe et il a sa cause. Il est essentiel au législateur de la décourrir : un phénomène •i intéressant ne doit pas lui rester inconnu.
L’insulte, avons«nous dit, fait envisager celui qui en est l’objet comme avili par sa faiblesse et sa lâcheté : toujours placé entre un affront et un reproche, il ne peut plus marcher d’un pas égal avec les autres hommes, et prétendre aux mêmes égards. Mais qu’après cette insulte. Je me présente à mon adversaire, et consente à risquer, dansuncombat,ma viecontrela sienne, je sors par cet acte de l’humiliation où j’étais tombe. Si je meurs , me voilà du moins affranchi du mépris public et de l’insolente domination de mon ennemi. S’il meurt, me voilà libre et le coupable puni. S’il n’est que blessé, c’est une le^n suffisante pour lui et pour ceux qui nuraieut en la tentation de l’imiter. Suis-je blessé rooi-roéme, ou ne le sommes-nous ni l’un ni l’autre? Le combat n’est point inutile, il produit toujours son effet. Mon ennemi sent qu’il ne peut réitérer ses injures qu’au péril de sa vie : je ne suis pas un être passif qu’on puisse outrager impunément; mon courage me protège à peu près comme ferait la toi si elle punissait de tels délits par une peine capitale ou afflictive.
Mais si , quandeette voie de satisfaction m’est ouverte, j’endure patiemment une insulte, je me rends méprisaldc aux yeux du public, parce que cette conduite décèle , de ma part, un fonds de timidité, et que la timidité est une des plus grandes iftipcrfections dans le caractère d’un homme. Un poltron a toujours été un objet de mépris.
Mais ce défaut de courage doit-il être mis dans la classe des vices? L’opinion qui avilit la poltronnerie est-elle un préjugé nuisible ou utile?
On ne doutera guère que cette opinion ne •oit conforme à l’intérét général, si l'un considère que la première passion de tout homme étant le désir de sa propre conservation, le courage est plus ou moins une qualité factice. Une vertu sociale qui doit à l’estime publique plus qu’à toute autre cause sa naissance et son accroissement. Une ardeur momentanée peut s'allumer par la colère, mais un courage tranquille et soutenu ne se forme et ne mûrit que sous les heureuses influences de l’honneur. Le mépris qu’on éprouve pour la poltronnerie n’est
donc pas un sentiment inutile : la souffrance qui en rejaillit sur les poltrons n’est donc pas une peine prodiguée en pure perte. L’existence du corps politique dépend du courage des individus qui le composent. La sûreté extérieure de l'clat contre des rivaux dépend du courage de ses guerriers ; la sûreté intérieure de l’état contre ces guerriers eux-mémes dépend du courage répandu dans la masse des autres citoyens.
un mot , le courage est l’ame pubÜque , le génie tutélaire, le palladium sacré par lequel seul on peut se garantir de toutes les misères de la servitude , rester dans l’état d’homme , et ne pas tomber au-dessous des brutes mêmes. Or, plus le courage sera honoré, plus il j aura d’hommes courageux ; plus la poltronnene sera méprisée, moins il y aura de poltrons.
Ce n’est pas tout : celui qui , pouvant se battre, endure une insulte, ne décèle pas seulement sa timidité : il se révolte contrela sanction populaire qui en a fait une loi, et se montre sur un point essentiel indifférent à la réputation. Mais la sanction populaire est le ministre le
fdus actif et le plus fidèle du principe de l'utiité, l’alliée la plus puissante et la moins dangereuse de la sanction politique. Les lois de la sanction populaire sont-elles d'accord, en général , avec les lois de Tutilité? Plus un homme est sensible à la réputation, plus son caractère est prêt à sc conformer à la vertu ; moins il y est sensible, plus il est en proie à la séductioia de tous les vices.
Qnc résulte-t-il de cette discussion ? Que dans l'état d’abandon où les lois ont laisse jusqu’à présent l’honneur dos citoyens, celui qui endure une insulte sans avoir recours à la satisfaction que lui prescrit l’opinion publique, se inonirc par-là môme comme réduit à une dépendance humiliante, exposé à recevoir une suite indéfinie d’affronts ; — il se montre comme privé du sentiment de courage qui fait la sûreté générale, — et enfin comme dépourvu de sensibilité à la réputation, sensibilité protectrice de toutes les vertus et sauvegarde contre tous les vices.
En examinant la marche de l’opinion publique relativement aux insultes, il me semble qu'à parler en général, elle est bonne et utile; et les changements successifs qui sc sont faits dans la pratique du duel l’ont ramené de plus en plus sous le principe de l’utilité. Le public aurait tort , ou plutôt sa folie serait manifeste, si , spectateur d'une insulte, il portait immédiatement un décret d’infamie contre la partie insultée; niais voilà ce qu’il ne fait pas. Ce décret d’infamie n’a lieu que dans le cas où l’homme insulté, rebelle aux lois de l’honneur, signe lui-même l’arrêt de sa dégradation virile.
Le public a donc raison en général * dans ce système d’honneur; le véritable tort est du côté
• L« pobUc sait-U la raisoa qo'U a dans tea opioioa? E*c-U pu le principe de futUitê ou pu ooc iauU-
aEMÈOES AVX DÉLITS CONTRE l'hONNEDR. l6l
ilesloi« : Premier tort, — d'avoir laÎM^ lubtif- poser à l'usage dadael, remède imparfait maû ter, par rapport aux iosultes, cette anarchie unique: Troisième tort, — de ne lavoir cornqui a force de recourir à ce bixaire et inalheo- battu que par des moyens disproportiounës et reux moyen : i^econd tort, —d'avoir voulu s'op-^ inefficaces.