‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 188 sur 524 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

FORTIFIER l’impression DES PEINES SUR l’iMAGINATION.

Cest la p«ine réelle qui fait tout le mal ; c*est la peine apparente qui produit tout le bien. Il laut donc tirer de la première tout le parti poa* bible pour aumuenler la seconde. L numaoitd Loiiüiüle dans le semblant de la cruauté.

Parlez aux yeux si vous voulez émouvoir le cieiir. Iac précepte ent aussi ancien qu’tlorace^ et Texpérience qui l’a dicté est aussi ancienne ipie le premier homme. Chacun en sent la force et cherche à la tourner à son profit : le comédien, le charlatan, Porateur, le prêtre, tous savent se prévaloir de cette paissance. Rendez vos peines exemplaires ; donnez aux cérémonies <pii les accumpa^pieDi une sorte de pompe lu{pü>re. Appelez a votre secours tous les arts imitatifs, et (jue les représentations de ces im- |M>rtantes operations soient parmi les premiers objets qui frappent les yeux de l’enfance.

Un échafaud tendu de noir, cette livrée de la douleur, — les officiers de la justice en habit de deuil, — l'exécuteur revêtu d’un masque qui serve à-la-fois à au(pnenter la terreur et à (lérot»er celui qui le porte à une indqpiatioo mai fondée , — des emblèmes du crime placés sur lu tête du criminel , afin que les témoins de scs souffrances soient instruits du délit qoi les lui attire. — Voilà une partie des décorations principales de ces trap,édies de la loi. Que tous les persunna{*es de ce drame terrible se meuvent dans une procession solennelle qu’une musique {p*ave et reli{jieuse prépare les cœurs des auditeurs pour l’importante leçon qu’ils vont recevoir. Que le juj^e ne croie pas qu’U est antlessous de lui de présider à cette scène publique, et que sa sombre di(piité soit comme consacrée par le miuistère de la reli(pon.

Je ne rejetterais pas l’inslructioii quand elle me serait offerte par plus cruels ennemis.

* Voyct Juvinalt >oa aUiuioa h U pc'uic des parrlciJca :

Conseil vehmique, inquisition, chamlire étoilée, je consulterais tout, j'examinerais tous les moyens, je comparerais tout ce qu on a fait, je prendrais un diamant, fut-il couvert de houe. Si les assassins se servent d'un pistolet pour commettre un meurtre, est-ce une raison de ne pas m’en servir pour rua défense ?

IaCS robes emblématiques de l’inquisition pourraient s’appliquer utilcnicut dan» la justice criininellc. Un incendiaire, soih un manteau où l’on représente des flanimcN , offrirait à tous les yeux rima{«e de son crime, et l'indqpiation du spectateur serait fixée sur 1 idée du déliu

Un système de peines accompajpuVs d’emblèmes appropriés autant <pie possible a chaque crime aurait un avantage aduilioimd. 1! fournirait des allusions à la poésie ', a l'éloqncnce, aux auteurs dramatiques , aux conversations ordinaires. IaCS idées qui en dérivent seraient, pour ainsi dire, réverbérées par mille et mille objets, et se dissémineraient de toutes parts.

Les prêtres catholiques ont su tirer de ce fV>nds les plus grands secours pour augmenter l’efficace uc leurs opinions religieuses. Je me souviens d’avoir vu, à Gravelinc, une exposition frappante : un prêtre montrait au peuple un tableau où Ton voyait une multitude de malheureux au milieu des flammes , et Tun d’eux faisaitun sqpicponr demander une goutte d’eau , en montrant sa langue brûlée. C'était un jour de prières publiques pour tirer les ames du purgatoire. — 11 est évident qii'une pareille exposition devait inspirer moins l’horreur du crime que l’horreur de la pauvreté, qui ne permet pas de le racheter. La conséquence est qu’il fallait avoir a tout prix de quoi payer une messe ; car où tout s’expic pour

ChJhs tupftlieio Mon debuit umi pamri ÿitmti t nun unus, ctr.

FOilTIFIEll L^MPRfôSION DES

de l'arf^ent , la mUèrc seule est le plus {p’and de tous les crimes , le seul qui n'ait point de ressource

Les anciens n'ont pas été plus heureux que les modernes dans le choix des peines. On n’aperçoit aucun dessein , aucune intention , aucune liaison naturelle entre la peine et le délit : le caprice a tout fait.

Je ne veux pas insister sur un point qui a depuis lonfT-tcmps frappé tout ceux qui sont capables de réflexion : nos modes de punir y en An(*leterre, forment un contraste parfait avec tout ce qui peut inspirer du respect; — une exécution capitale n’a point de solennité ; — le pilori est tantôt une scène de botiffonnerie, tantôt une scène de cruauté populaire, un jeu de hasard, où le patient est exposé aux caprices de la multitude et aux accidents du jour ; — la rqpicur du fouet dépend de rar{;enC donné à l'exécuteur ; — la brûlure dans la main , selon que le bourreau et le criminel ont pu s'accorder, se fait soit avec un fer froid, soit avec un fer roune ; et si c'est avec le fer rouge Y il n’y a de brûlé qu'une tranche de jambon. Pour jouer la farce , le criminel pousse les hauts cria pendant que la graisse brûle et fume. Les spectateurs , qui en sont instruits , ne font que rire de cette parodie judiciaire.

On dira peut-être, car tous les objets ont deux faces, que ces représentations réelles , ces scènes terribles de la justice pénale répandraient l’effroi parmi le peuple, et feraient des impressions dangereuses. — Je ne le crois pas. Si elles présentaient aux malhonnêtes gens

• Daot 1« cwnmeneetneot des rou de Polo^e, U tait on osage tri»*»inf»uUer.

« Un év^ae de Cracovic, usatsiné son roi dam le » omiirac uircle, cite & aon tribunaf , c' cat^-dire à U cbam pelle où ion »an(; fut vend, te nouveau roi comme s’il M était coupable de ce forfait. Jean %'j rendit à pied et » répondit comme tes prédéccbscnn, anc ce crime était 0 atroce, qu'il en était innocent, qu'il le détestait et en I* demandait pardon en implorant la protection du aaiat 0 martvr sur lui et sur le royaume. 11 serait à souhaiter 0 que dans loua les états on conservât ainsi les mooummts » des crimes des rois. La Ûatterie ne lenr trouve que des n vertus. » ( ffistoire dit /don Sobùii/ , par f abbé Cajer.

Tbm. 9,p. 104.)

l'EINKS SUR I-’lMAGlSATIOS. 207

l'idée du danger, elles n’uflriraicnt qu'une idée de sécurité à ceux qui sont honnêtes. — Quand on menace de peines étemelles, quand on décrit d’une manière effrayante les flammes de l'enfer, pour des espèce.stle délits indéfinis et indéfinissables, ou peut allumer riuiagination et produire la folie. Ici au contraire nous supposons un délit manifeste , un délit prouve, un délit que chacun est le maitre de ne pas commettre , et par conséquent la terreur de la peine ne saurait s'élever à tm degré ilangcrcux. Toutefois il faut prendre garde à ne pas produire des associations d'idées fausses et odieuses.

Dans la première édition du code Thérèse, le portrait de l’impératrice était entouré du médaillons, représentant des gibets, des roues, des chevalets de fer, d'autres instrnments de supplices. Quel contresens que d’offrir l'image du souverain avec ces emhlèmes hideux, comme une tête de Méduse agitant ses serpents. Ce frontispice scandaleux fut supprimé; mais on laissa subsister une estampe qui représentait tous les instruments de la torture. Tableau sinistre tpi'on ne pouvait considérer sans se diro à soi-même : voilà les maux auxquels je puis être exposé , quoique innocent! Mais si un tableau abrégé uu code pénal était accompagné d’estampes représentant les peines caractéristiques affectées à chaque criiiic, ce serait un commentaire imposant, une image sensible et parlante de la loi. Chacun peut se dire : voilà ce que je dois souffrir si je dc\’ien$ coiipalile. C’est ainsi qu'en matière de législation une seule nuance sépare quelquefois le bien d’avec le mal .

Voüii un fait tingulier rt qui fait preuve de U ffrande babiletê du clergé a »ai*ir rinia|;inalion et à faire imnrei>fioQ sur l'esprit des hommes. Combien tout était cakuté avec art dans cette cérémonie pour rendre la personne d'un évéque sainte et sacrée aiu frui d'un roi et d'une nation! Ce crime que le temps n'eftacc ixiinl, ce sang qui crie toujours, ce nouveau roi qui semble hériter la nialédiclion du foKait jusqu'à ce qu'il fait dénavoué; ce premier acte d’un régne, espece d'amende honorable d'une vio> lânce ccmimisc quelques siècles auparavaut, voilà une solennité bien entendue pour son but. Quant au veru qu'eiprime TabbéCoyer, il est très-bon sans doute, nuis il aurait dA nous enseigner les nioyciu de Faccomplir.

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