CIRCONSTANCES SECONDAIRES QUI INFLUENT SUR LA SENSIBILITÉ
Les auteurs qui ont voulu rendre compte des différences dans la sensibilité, les ont rapportées à des circonstances dont nous n'avons pas CDCore fait mention : ces circonstances sont le sexe, l'àge, le rang, l’éducation, les occupations habituelles, le climat, la race, le gouvernement , la religion : toutes choses très-appa-
rentes, très-faciles h observer, trcs-commoc|es pour expjiqucr les divers phénomènes de la sensibilité. Mais cependant ce ne sont là que des circonstances secondaires ;jc veux dire qu'elles ne rendent pas raison par elles-mêmes, qu on a besoin de les expliquer par les circonstances premières qui s’y trouvent représentées cl rcu-
CAVS£S DES DIFFÉREXCES DAXS LA SENSIBILITÉ, nies, chacune de» circonstance» secundaire» vidus, el sont même arbitraires à l’égard de cuiileuaiit cnelU-méme plusieurs des circon- tous. On no peut dire cpie des choses vagues stance» prcinièreâ. Ainsi , parle-t*on de l’in- et géuérales sur Tcnfauce, radolescencc , la fluence du sexe sur la scnsiliililé , c’est pour jeunesse, U maturité, le déclin, la décrépirappeler par un seul mot les circonstances tude, en les considérant comme des divisions premières de force, de lumière, de fermeté de la vie humaine. Les différentes imperfecd'ame, de persévérance, de» idées d'honneur, fions de l'esprit dont nous avons parlé, sont des sentiments de sympathie, etc. Paric-t-on de si frappantes dans l’enfance, qu’elle a besoin l’influence du rang? on entend par-là un cer- d’une protection vigilante et continuelle. Les tain assemblage des circonstances premières , affections de l’adolescence et de la première telles que le degré de connaissances, les idées jeunesse sont promptes et vives , mais peu good'honneur, les liaisons de famille, les occupa- vemées par le principe de la prudence. Le létionshabituelles,lcscirconstancespécumaires. gislatcur est oblige de garantir cet âge contre Il en est de même de toutes les autres; cha- les écarts ou renti'aîneraicnt le défaut d’expécune de ces circonstances secondaires peut se riencc et la vivacité des passions. Quant à la traduire par un certain nombre des premières, décrépitude, elle est à plusieurs égards le recette distinction, quoique essentielle, n’avait tour des imperfeclinns de l’enfance, pas encore été analysée. Passons à un examen 3^ Le ran^. Cette circonstance dépend telplus détaillé. • lement, pour seseffets, delà constitution poli-
i« Le sexe. La sensibilité des femmes^arait tique des états, (pi’il est presque impossible plus grande que celle des hommes. Leur santé de faire aucune proposition universellement est }nus délicate. Ilelativcment à la force du vraie. On peut dire en générai que la somme corps, au degré de lumières, aux facultés in- de la sensibilité est plus grande dans les contcllectiiellcs, à la fermeté d’ame, elles sont ditions supérieures que dans les dernières communément inférieures. La sensibilité mo- classes; surtout les idées d’honneur y sont raie et religieuse est plus vive, les sympathies plus dominantes.
et les antipathies ont plus d'empire sur elles; 4** L'éducation. On peut rapporter à l’éduxnaisrhonneur de la femme consiste plus dans cation physique f la santé, la force, la robusti* luchastelé ella pudeur, celui de l’hommedaus cité : a l’éducation inieUectuelle f la quantité la probité et le courage; la religion de la des connaissances, leur qualité, etjuscju’àun feimue dérive plus aisément vers la supersti* certain point, la fermeté de l’ame, 1a persévétiou, c’est-à-dire vers des obser>'ances mi- rance : à l’éducation morale ^ la pente des nutieuses; ses affections sont plus fortes pour inclinations, les idées d’honneur, de religion, scs propres enfants durant toute leur vie, et les sentiments de sympathie, etc. On peut rappour tous les eufanLs en général durant leur porter à toute l’éducation en général, les ocpremière jeunesse. Les femmes sont plus coin- cupations habituelles, les amusements, lesliaipatissantes pour les malheureux qu’elles voient sons, les liabitudes de dépense, les ressources souffrir, et s'attachent par les soins mêmes pécuniaires. Mais quand on parle d’éducaqu'elles Icur^donuent, mais leur bienveillance lion , il ne faut pas oublier que son influence est resserrée dans un cercle plus étroit, et est modifiée à tous égards, soit par un connioins gouvernée par le principe de l’utililc. cours de causes extérieures, soit par une dis- II est rare qu’elles embrassent dans leurs af- position naturelle qui en rend les effets incalfections le uien-être de leur pays en général, culables.
encore moins celui de l'humanité; et l’intérét 5** Les occupations habituelles ^ soit de profit, même qu’elles peuvent prendre à un parti soit d’amusement et de choix. Klles influent dépend presque toujours de quelque sympa- sur toutes les autres causc.s , santé, force, luihie privée. 11 entre clans leurs attachements et mières, inclinations, idées d’honneur, syinpaleurs antipatUles plus de caprice et d'imagina- thies, antipathies, fortune, etc. Aussi voit-on tion, tandis que l'homme a plus d’égard à des traits communs de caractère da^s certail'intc'rêt personnel ou à rulilité publique. Leurs ncs professions, surtout dans celles qui conoccupations habituelles du genre amusant, stitueut un état à part, ecclési.isliques, mili- «oiit plus paisibles et plus sédentaires. En rc> taircs, matelots, avocats, magistrats, etc. sultat général , la femme vaut mieux pour la 6** IjC climat. D’abord on a fait jouer à cette famille, mais l’homme est plus propre aux af- cause un trop grand rôle, ensuite on l'a refaire» d’état. L’économie domestique est mieux duitc à rien. Ce qui rend cet examen difficile, placée entre les mains de la femme, et l’ad- c’est qu’une comp.iraison de nation à nation ministration principale entre les mains de ne peut s'établir que sur de grands faits «m’on l'homme. peut expliquer de différentes manières. Il pa-
3** L\-1ÿe. Chaque période de la vie agit dif- rait incontestable que daus les climats chauds, féremment sur la sensibilité : mais il est d’au- les hommes sont moins fort», moins robustes : Lint plus difficile d'en rendre compte que les ils ont moins besoin de travailler, parce que limites des divers âges varient selon les indi- la terre est plus fertile : ils sont plus portés
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CAUSES DES DlPrERENCES DANS LA SENSIBILITE. 30
aux plaisirs de Tarnoor, dont la passion se manifeste plus tôtetavecplus d’ardour. Toutes leurs sensibilités sont plus exaltées, leur ima> çination est plus vive, leur esprit pins prompt, mais moins fort, moins persévérant. Leurs orcupations habituelles annoncent plus d'indolence que d'activité. lU ont probablement ü leur naissance une or^pinisation physique moins rq;oareuse , ane trempe d'ame moins ferme et moins constante.
y* La race. Un nèm*c né en France ou en Ai>> l^leterre est un être bien différent, à plusieurs éfpirds, d'un enfant de race française ou an- |v|aise. I3n enfant espa{piol né au Mexique ou an Pérou, est à l'heure de la naissance bien différent d'un enfant mexicain ou péruvien.
race peut influer sur le fonds naturel qui sert de base à tout le reste. Dans la suite elle opère bien pins sensiblement sur les biais moraux et relqpeux , sur les sympathies et les antipathies.
8* Le gouvernement. Cette circonstance influe de la même manière qne réducation. Le ma^strat peut être considéré comme on instituteur national ; et même, sous un {gouvernement prévoyant et attentif, le précepteur
Sarticulier, le père lui-même, n’est, pour ain^ti ire, qne le député, le substitut<lu ma^pstrat, avec cette différence que l'autorité du premier ' a son terme, et que celle du dernier se prulonne snr toute la vie.
L inflncDce de cetto cause est immense: elle s’étend presque à tout, ou plutôt elle embrasse tout, excepté le tempérament, la race et le climat; caria santé même peut en dépendre i plusieurs éfçards , en vertu delà police, de l'abondance, du soin d'écarter les causes nuisibles. manière de diri{^ l’éducation, de disposer des emplois, des récompenses, des peines, déterminera les qualités physiques et morales d’un peuple.
Sous un {gouvernement bien constitué on seulement bien administré, quoique mal constitué , on verra (généralement que les hommes
seront plus (»oavemés par rhonneur, et que l’honneur sera placé dans des actions plus conformes à l’utilité publicpie. La sensibilité religieuse sera plus exempte de fanatisme et d'intolérance, plus libre ue superstition et de respectservile. Ilseformeraun sentiment commun de patrioUsme. Les hommes s’apercevront de l'existence d'un intérêt national. Les factions affaiblies auront de la peine à retronver leurs anciens si^aux de ralliement. Les affections populaires seront dirmées vers le magistrat plutôt que vers des chefs départis, et vers la patrie entière, préférablement à tout le reste. Les vengeances privées ne se prolongeront pas et ne se communiqueront point : les goûts nationaux se dirigeront vers des d<^ penses utiles, des voyages d’instruction, de perfectionnement, d’a{p'iculturc, les sciences , les embellissements de la campa{pic. Ou apercevra même dans les productions de l'esprit humain une disposition générale à discuter avec calme des questions importantes au bonheur public.
9* La profession religieuse. On peut tirer de là des indices assez concluants par rapport à la sensibilité religieuse, aux sympathies, aux antipathies, aux idées d’honneur et de vertu. On peut même, en certains cas, préjuger les lumières, la force ou la faiblesse d’esprit, et les inclinations d’un individu, d'après la secte à laquelle il appartient. Je conviens qu’il est commun de professer en pnblic, par bienséance ou par convenance , une religion dont on n’est oint persuadé intérieurement ; mais son inuence, quoique affaiblie, n'est pas nnlle. La force des premières habitudes, les liens de société, la puissance de l'exemple, continuent à opérer, même après que le principe de tout cela n'existe plus. Tel homme qui , au fond du cœur, a cessé d’être juif, quaker, anabaptiste, calviniste ou luthérien, ne laisse pas d entretenir une certaine partialité pour les personnes de la même dénomination, et une antipathie proportionnelle pour les autres.
SECTION III
APPLICATION PR.tTIQlK DE CETTE THÉORIE.
Comme on ne peut calculer le mouvement d'un vaisseau sans connaître les circonstances qni influent sur sa vitesse, telles nue la force aes vents , la résistance de l'eau , la conpc du bâtiment, le poids de sa charge, etc. , de même, on ne pent opérer avec sûreté, en matière de législation, sans considérer toutes les circonstances qui influent sur la sensibilité.
Je me home ici â ce qui concerne le code pénal ; il exige dans tontes ses parties une attention scrupuleuse à cette diversit(' de circonstances.
1® Pour évaluer le mal ffun rfé/if. En effet, le même délit nominal n'est pas le même d<dit réel, lorsque la sensibilité uc l'individu lésé n’est pas la meme. Telle action, par exemple,
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3o CAUSES DES DIFFERENCES DANS LA SENSIBILITE.
serait une insulte Rrave envers une femnae, tandis (|u’e)te est indifférente envers un homme. Telle injure corporelle, qui, faite à un malade , met sa vie endaiq*er, n’a point de conséquence |)uur un homme en pleine santé. Une imputation qui peut ruiner la fortune ou l’honneur de tel individu , ne ferait aucun tort à tel autre.
a* Pour donner une satisfaction convenabie h tindividu lésé. La même satisfaction nominale n’est pas la même satisfaction réelle, lorsque la sensibilité diffère essentiellement. Une satisfaction pécuniaire pour un afh'ont, pourrait être a{p‘éable ou offensante, selon le raiq; de la personne , selon sa fortune , selon les préju(!;és reçus. Suis-je insulte ; un pardon demandé publiquement serait une satisfaction suffisante de la part de mon supérieur ou de mon é(jal, mais non pas de celle de mon inférieur.
3“ Pour estimer la force et F impression des peines sur les délinquants. La même peine nominale n’est pas la même peine réelle, dans les Ais où la sensibilité diffère essentiellement. Im bannissement ne sera pas une peine enraie |)our un jeune homme ou pour un vieillard , pour un célibataire ou pour un père de famille, pour un artisan qui n’a pas de inovens destd>sister hors de son pays, ou pour un homme riche qui ne fait que rhanfrer la scène de ses plaisirs. L’emprisonnement ne sera pas une peine é(valepour un homme ou pour une femme, pour une personne en santé on pour une pcr« sonne ma fade , pour un riche aont la famille ne souffre pas de son absence, ou pour un homme qui ne vit que de son travail et qui laisse la sienne dans la pau>Teté.
4” Pour transplanter une loi (F un pays flans un autre. La même loi verbale ne serait pas la même loi réelle, lorsque la sensibilité des deux peuples serait essentiellement diffiérente. Telle loi d'Europe qui fait le bonheur des familles, transportée en Asie, deviendrait le Oéau de la société. Les femmes, en Europe, sont accoutumées à jouir de la liberté et même de l’empire domestique : les femmes , en Asie , sont préparées par leur éducation à la clôture d'un sérail, et même à la serrîtiide. I/e mariage en Europe et dans l'Orient n’est pas un contrat de la même espère : si on voulait le soumettre aux mêmes luis, on ferait évidemment le malheur de toutes les parties intéressées.
Les mêmes peines f dit-on, pour les mêmes délits. Cet ada|vc .*i une apparence de justice et d’impartialité q\ii a séduit tons les esprits superficiels. Pour lui donner un sens raisonnable, il faut déterminer auparavant ce qu'on entend par mêmes peines et mêmes délits. Une lui inflexible, une loi qui n’aurait é{]ard ni au sexe, ni à l’iq^c, ni à la fortune, ni au raii(*, ni à rédueatioii, ni aux prrju|*és moraux ou relq;ictix des individus, serait doublement vicieuse, comme inefficace ou comme tymn-
nique. Trop sévère pour l’un, trop lndul('ente pour l’autre, toujours péchant par excès ou par défaut , sous une apparence d’é^jalité elle cacherait l'inéi^alité la plus monstrueuse.
Lorsqu’un homme d’une grande fortune et un autre d’une condition médiocre sont condamnés à la même amende, la peine est-elle la même? souffrent-ils le même mal? L'inégalité manifeste de ce traitement n'est-elle pas rendue plus odieuse par régalilé dérisoire ? et le but de la lui n'est-il pas mauqué, puisque l’un peut perdre jusqu'aux ressources de son existence, tandis que l’autre échappe en triomhant ? Qu'un jeune homme robuste et uu dëite vieillard soient condamnés tous deux à traincr des fers pour un même nombre d'années, un raisonneur, habile à obscurcir les vérités les plus évidentes, pourra soutenir l’égalité de cette peine; mais le peuple, qui ne sophistique pas sa raison, le peuple, fidèle à la nature et au sentiment , éprouvera ce murmure intérieur de l'ame à l’aspect de l’injustice; et son indignation, changeant d’objet, passera du criminel au juge, et du juge au législateur.
Je ne veux pas dissimuler des olijections spécieuses. • Comment est-il possible de faire
> entrer en ligne de compte toutes ces circon- » stances qui ênfluent sur la sensibilité? Cora- « ment peut-on appréi.‘ier des dispositions in-
> ternes et cachées, telles que la force d’esprit, ■ le degré des lumières, les inclioations, les
• sympathies? Comment peut-on mesurer des
• qualités difTérentes dans tous les êtres? Un » père de famille peut consulter ces disposi- » tions intérieures, ces diversités de caractère » dans le traitement de ses enfants; mais un
• instituteur public, chargé d’un nombre li- » mité de disciples, ne le peut pas. Le légis- » lateiir, qui a en vue un peuple nombreux,
• est à plus forte raison oblige de s en tenir à » des luis générales, et meme il doit craindre M de les compliquer en descendant à des cas n particuliers. S'il laissait aux juges le droit de N varier l'application des lois scion cette dim versité infinie de circonstances et de carac- I» tères, il n’y aurait plus de limites à l’arbim traire des jugements : sous prétexte de saisir » le véritable esprit du législateur, les juges fc- » raient des lois l’instrument de leurs préva- R rications et de leurs fantaisies. Sed aliter leges , R aliter philosophi tollunt astuiias : leges quate~ R nùimanu tewre possunt ; philosaplù quatenùs R ratione et intcUigeniiâ. De Off. 3. 17. ■
11 ne s’agit pas de répondre, mais d’éclaircir : car tout cela renferme moins une objection qu’une difficulté; ce n’est pas le princij>c qu’on nie, c’est son application qu’on croit impossible.
1» Je conviens que la plupart de ces différences de sensibilité sont inappréciables, qu'il serait impossible d’en constater l’existence dans les cas individuels, ou d’en mesurer la force
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CAt'SES ]>£« DIFFERENCES DANS LA SENSIBILITE. .)!
et le dcffré; mai* heureusement ces dispositions inLérieures et cach<^es ont, si je puis parler ainsi, des indices estérieun et manifestes. Ce sont les circonstances que j*ai appelées secondaires : sexe, nge, rang, rare, cUmal , gouvememeni , éducation , profession religieuse; circonstances évidentes et palpables qui représentent les dispositions intérieures. VoiU le lé^pslateur soulaf^é de la partie la plus difficile. Il ne s'arrête pas aux qualités métaphysiques ou morales , il ne se prend qu'à des circonstances ostensibles. Il ordonne, par exemple, la modification de telle peine, non pas à cause de la plus (p-ande sensibilité de l’individu, ou à raison de sa persévérance, de sa force (l'aroe, de set lumières, etc., mais à raison du sexe ou de l’à{;e. Il est vrai que les présomptions tirées de ces circonstances sont sujettes à être en défaut. 11 se peut qu'un enfant de quinze ans soit plus éclairé qu'un homme de trente ; il se peut que telle femme ait plus de coura(i;e ou moins de pudeur que tel nomme; mais ces présomptions auront, en (général, toute la justesse nécessaire pour éviter de faire des lois tyranniques, et surtout pour concilier au législateur les suffrages de l'opinion.
20 Ces circonstances secondaires ne sont pas seulement faciles à saisir : elles sont en petit nombre, elles forment des classes générales. On peut en tirer des bases de justification , d'exténuation , ou d’aggravation pour les différents délits. Ainsi la complication disparait, tout se ramène aisément au principe de la simplicité.
3o 11 n y a pas d’arbitraire : ce n'est pas le juge, c'est la loi même qui modifie telle ou telle peine, selon le sexe, l'êge, la profession religieuse, etc. Pour d’autres circonstanoea , dont il faut absolument laisser l'examen au juge, comme le plus ou moins dans le déran-
{^emeot d'esprit , le plus ou moins dans la force , e plus ou moins dans la fortune, le plus ou moins dans la parenté, le législateur qui ne peut rien prononcer pour les cas individuels, dirige Fes tribunaux par des règles générales, et leur laisse une certaine latitude, afin qu’ils puissent proportionner leur jugement à la nature particulière de la circonstance.
Ce qu'on recommande ici n'est pas une idée utopienne. Il n'y a point eu de législateur assez baidiare ou assez stupide pour négliger toutes les circonstances qui influent sur la sensibilité. Ils en ont eu nn sentiment plus ou moins confus qui les a guidés dans l’établissement des droits civils et politiques; iU ont montré plus ou moins d'égard à ces circonstances, dans l'institution des peines ; de là les différmiees admises pour les femmes, les en-
fants, les hommes libres, les esclaves, les militaires , les prêtres , etc.
Dracon parait être le seul qui ait rejeté toutes ces considérations , au moins en matière pénale : tous les délits lui ont paru égaux, parce qu'ils étaient tous des violations de la loi. Il a condamne tous les délinquants à mort sans distinction. Il a confondu , il a bouleversé tous les principes de la sensibilité humaine. Son horrible ouvrage n'a pas duré long-temps. Je doute que ses lois aient jamais été suivies au pied de la lettre.
Sans tomber dans cet extrême , que de fautes n'a-t-on pas faites dans le même sens! Je ne finirais pas si j’en voulais citer des exemples. Croirait-on qu'il y ait eu des souverains qui ont mieux aimé perdre des provinces, ou faire couler des flots de sang humain, que de ménager une sensibilité particulière d’un peuple, de tolérer une coutume indifférente en ellemême, de respecter un ancien préjugé, un certain liabillement, une certaine formule de prières ? •
Un prince de nos jours, actif, éclairé, animé par le désir de la gloire et du bonheur de ses sujets ' , entreprit de tout réformer dans ses états, et souleva tout contre lui. A la veille de sa mort, repassant tous les chagrins de sa vie, il voulait qu'on gravât sur sa tombe qu’il avait été malheureux dans toutes ses entreprises. Il aurait fallu y graver aussi , pour l'instruction de la postérité, qu'il avait toujours ignoré l'art de ménager les penchants, les inclinations, la sensibilité des hommes.
lorsque le législateur étudie le cœurhumain, lorsqu’il se prête aux differents degrés, aux différentes espèces de sensibilité par des exceptions, des limitations, des adoucissements, ces tempéraments du pouvoir nous charment comme une condescendance paternelle : c’est le fondement de cette approbation que nous donnons aux lois, sous les noms un peu vagues d'humanité, d’équité, de convenance, de modération , de sagesse.
Je trouve en ceci une analogie frappante entre l'art du législateur et celui du médecin. Ce catalogue des circonstances qui influent sur la sensibilité, est nécessaire à ces deux sciences. Ce qui distingue le médecin de l'empiric]ue, c'est cette attention à tout ce qui constitue l'état particulier de Findividu. Mais c'est surtout dans les maladies de l’esprit, dans celles où le moral est affecté, lorsqu'il s’agit de surmonter des habitudes nuisibles et d'en former de nouvelles, qu'il est nécessaire d'étudier tout ce qui influe sur les dispositions d’un malade. Une seule erreur à cet égard peut changer tous les résultats, et aggraver le mal par les remèdes.
• JfMrph II.