‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 19 sur 524 · CAUSES DES DIFFERENCES DANS LA SENSIBILITE · texte numérisé non relu

CAUSES DES DIFFERENCES DANS LA SENSIBILITE

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5* Le ilegr^ de lumières. On entend par -là Itfü connaissances ou les idées que possède un individu , c'est*à-dire les connaissances ou lus idées intéressantes, celles qui sont de nature à influer sur son bonheur et celui des autres. L'homme éclairé est celui qui possède beaucoup de res idées importantes : riynorajit, celui qui en possède peu et de peu d’importance.

6* La force des facultés intellectuelles. Le de- (pré de facilité k se rappeler des idées acquises ou à en acquérir de nouvelles constitue la force de riiitelligencc. Différentes qualités de l’es- )rit peuvent se rapporter à ce chef, telles <jue 'exactitude de la mémoire, la capacité de 1 attention, la clarté du discernement, la vivacité de rima{pnalion, etc.

La fermeté de tame. On attribue cette qualité à un homme, lorsqu'il est moins affecté par des plaisirs ou des peines immédiates que par de {p'unds plaisirs ou de jp’andes peines iHoi^piées ou incertaines. Quand Tureniic, séduit par les prières d'une femme, lui dévoila le secret de l’état, il manqua de fermeté d’aroe. Les jeunes Lacédémoniens qui se laissaient déchirer de ver^jes à l’autel de Diane, sans

I tousser un cri, prouvaient que la crainte de a honte et l’espérance de la (gloire avaient

ftlus d’empire sur eux que la douleur actuelle a plus ai{*ué.

8* La persévérance. Cette circonstance se rapporte au temps durant lequel un motif donné a{*it sur la volonté avec une force continue. On dit d’un homme qu'il manque de persévérance, lorsque le motif q\ii le faisait 3(pr perd toute sa force, sans qu’on puisse assigner ce chanf^ement à quehjue événement extérieur, à quelque raison qui ait dù l'afTaiblir, ou lorsqu’il est susceptible de céder tourà-tour à une (p’ande variété de motifs. C'est ainsi que les enfants se passionnent et se lassent de leurs jouets.

9* La pente des inclinations. Les idées que nous nous formons d’avance d’un plaisir ou d’une peine influent beaucoup sur la manière dont nous sommes alertés, quand nous venons à éprouver ce plaisir ou cette peine. L’effet ne répond pas toujours à l’attente, mais U y répond dans les cas les plus ordinaires. Le prix de la possession d’une femme ne peut pas s’estimer par sa beauté, mais par^a passion de son amant. Connait-on les penchants d’un Homme? on peut calculer avec une espèce de certitude les peines ou les plaisirs qu’un événement donné lui fait éprouver

10^ Les notions <f honneur. On appelle honneur la sensibilité aux peines et aux plaisirs (|tii dérivent de l'opinion des autres hommes, cest-à-dirc de leur estime ou de leur mépris.

• Ln quatre circonUâBcci «uiranle» ne sont que des lubdivisioos de ce chef : c« «ont les inclinations, les pas-

Les id<«s d’honneur varient beaucoup ebex les peuples et chez les individus, il faut donc distin(pier, premièrement, la force de ce motif, et secondement, sa direction.

Il* Les notions de religion. Ou sait à quel point le système entier de la sensibilité peut être altéré ou amélioré selon les idées reli- (jieiises. C’est à l'époque de la naissance d’une religion qu’on voit ses plus grands effets. Des peuples doux sont devenus sanguinaires, des peuples pusillanimes sont devenus intrépides, des nations esclaves ont repris leur lux^rté, des sauvages ont reçu le joug de la civilisation; il n’est, en un mol, aucune cause qui ait produit des effets si prompts et si extraordinaires snr les hommes. Quant aux Liais particuliers que la religion peut donner aux individus, ils sont d’une diversité étoiiiiantc.

1 a" Les sentiments de sympathie. J'appel.'e sympathie la disposition qui nous fait trouver du plaisir dans le bonheur des autres êtres sensibles, et compatir à leurs peines. Si cette disposition s'applique à un seul imlividu, on l’appelle amitié ; si elle s*aj>pliquc à des personnes souffrantes, clic reçoit le nom de pitié ou de compassion ; si elle embrasse une classe subordonnée d’individus , elle constitue ce qu’on apptille esprit de corps, esprit de parti; si elle embras.se toute une nation, c’est esprit ublic , patriotisme; si elle s’étend à tous les ommes, c'est humanité.

Mais l’espèce de sympathie qui joue le plus grand rôle dans la vie commune, c’est celle qui fixe les affections sur des individus assignables, tels que des parents, des enfants, un mari , une femme , des amis intimes. Son effet général est d’augmenter la sensibilité,soit pour les peines, soit pour les plaisirs. Le moi ac- <niiert plus d’étendue, il cesse d’être solitaire, il devient collectif. On vil, pour ainsi dire, à 'double dans soi et dans ceux qu’oii aime, Ct même il n'est pas impossible de s’aimer mieux dans les autres que dans soi-même, d’être moins sensible aux événements qui nou.s concernent, par leur effet immédiat sur nous, que par leur impression sur ceux qui nous sont attachés; d’éprouver, par exemple, r^ic la partie la plus amère d’une affliction, cest la douleur qu'elle doit causer aux personnes qui nous aiment, et que le plus graml chamie d’un succès personnel, c’est le plaisir qui nous revient de leur joie. Tel est le phénomène de la sympathie. Les sentiments reçus et rendus s'augmentent parccttecoiiimunical ion, comme des verres disposés de manière à sc renvoyer les rayons de lumière, les rassemblent dans un foyer commun , et produisent un degré de chaleur beaucoup plus grand par leurs reflets réciproques. La force de ces sympathies est

sinnu, cnnnêcrén par rapport i certains pUîtira et à certaines peines d^tennioées.

CAUSES DES DIFFEDENCES DANS LA SENSiniMTK.

une des raisons qui ont fait proférer par les Ic- (jisJateurs les hommes maries aux célibataires, et les pères de famille à ceux qui n'ont point d'enfants. La loi a bien plus d'empire sur ceux qu'on peut atteindre dans une plus ip'ande aphere; et d'ailleurs, intéressés au bonheur do ceux qui doivent leur survivre, ils unissent dans leurs pensées le présent à l'avenir, tandis cpie les hommes qui n’ont pas les mêmes liens, n’ont d’interet que dans une possession viancre.

Aur la sympathie produite |>ar des relations de parenté, il faut observer qu elle peut açir indépendamment de toute affection. 1/bonneur acquis par le père se répand sur le fils» la honte du fils réfléchit sur le père. Les membres d'une famille, quoique désunis d’intérêU et d’inclinations, ont une sensibilité commune

Sonr tout ce qui tient à rhunneur de chacun 'eux.

1 3** Lesantipat/uVr. C'est l'opposé de tous les sentiments expansifs et a^ectueux dont nous venons de parler. Mais il y a des sources de sympathie naturelles et constantes : on les retrouve partout, dans tous les temps, dans toutes les circonstances; tandis que les antipathies ne sont qu'accidentelles, et par contéqtient passagères : aussi elles varient selon les temps, les lieux , les événements, les personnes , n'ayant rien de fixe et de déterminé. Cependant, ces deux principes se correspondent quelquefois et s’entr’aident. L’humanité peut nous rendre odieux des hommes inhumains : l’amitié nous porte à haïr les adversaires de nos amis ; et l'antipathie elle-même devient une cause d’union entre deux personnes qui ont un ennemi commun.

l4* La folie ou d/rangetnetit tt esprit. Les im-

Perfectious de l'esprit peuvent se réduire à qrnorance, — ta faiblesse, — l’irrilabilité , — l'inconstance. Mais ce qu’on appelle folie est un de(p‘c d'imperfection extraordinaire, aussi frappant pour tout le monde que le défaut corporel le plus marqué : non-seulement

elle produit toutes les imperfections susdites et les porte à l’excès, mais encore elle donne aux inclinations une tournure absurde et dangereuse.

La sensibilité du maniaque devient excessive sur un certain point, tandis (|u'elJe est nulle à d'autres égards : il parait avoir une défiance excessive, une malqpiité nuisible, une cessation de tout sentiment de bienveillance : il n'a plus de respect pour lui-meme ni pour les autres, il brave lesbiciiséanccsct les égards; il n'est pas insensible à la crainte ni aux bons traitements; on le subjugue par la fermeté, en même temps qu'on l'apprivoise par la douceur; mais il n’a presque point d'avenir dans l'esprit, et l’on n’agit sur lui que par des moyens immédiats.

i5* Les circonslancci pdvuniuires. Elles se composent de la somme totale des moyens comparée ^ la soinine totale des besoins.

Les moyens comprennent : i* la propriété, ce qu'on possède indépendamment du travail; 2^ les profits résultant du travail; 3** les secours pécuniaires qu'on peut attendre gratuitement de ses parents ou de scs amis.

I.CS besoins uépendent de quatre circonstances: 1^ des habitudes de dépense; au-delà de ces habitudes est le superflu, en-deçà sont les privations : la plupart de nos désirs n'existent que parle souvenir de quelque jouissance antérieure; 2^ des personnes aont on est chargé par les lois ou par l'opinion, des enfants, des arents pauvres, de vieux serviteurs ; 3** des esoinsiroprévus: telle somme peut avoir beaucoup plus de valeur dans tel moment qu'en tel autre; par exemple, si elle est nécessaire pour un procès important, pour un voyage dont dépend le sort d'une famille; 4” des expectatives d'un profit, d'un héritage, etc. Il est évident que des espérances de fortune, à proportion de leur force, sout de vrais besoins» et que leur perte peut affecter presque autant que celle d'une propriété dont on aurait eu lu jouissance.

SECTION II

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