ANALYSE DO MAL, SES PARTIES
t«l OU tel individu^ lorsqu'il entend parler d’un vol qui a réussi. 11 ne connaissait pas ce moyen de subsister, ou il n'y pensait pas : l’eaemple a^t comme une instruction , et lui fait couce> voir la première idée de recourir au même expédient. Il voit que la chose est possible, pourvu qn'oD s'y prenne bien : exécutée par un autre, elle lai paraît moins difficile et moins périlleuse. C'est une trace qui le çuide dans un sentier où il n'aurait pas osé se hasarder le premier. Cet exemple a un autre effet non moins remarquable sur son esprit ; c'est d'affaiblir la puissance des motifs qui le retenaient ; la crainte des lois perd une partie de sa force tant que le coupable demeure impuni ; la crainte de la honte diminue é^lement, parce qu’il voit des complices qui lui ocrent, pour ainsi dire, une association rassurante contre le malheur du mépris. Cela est si vrai, que partout où les vols sont fréquents et impunis , ils ne causent pas plus de honte que toute autre manière d’acquérir. Les premiers Grecs n'en concevaient aucun scrupule. Les Arabes d’aujourd’hui s'eu font gloire.
Appliquons cette théorie. — Vous avez été battu, blessé, insulté, volé. La masse de vos peines personnelles considérées en vous seul , forme le mal primilif. Mais vous avez des omis : la sympathie les fait participer à vos peines. V ous avez une femme, des enfants, des parents ; une partie de la honte dont vous a couvert l’affront que vous avez subi, rejaillit sur eux. Vous avez des créanciers : la perte que vous avez faite vous oblige de les faire attendre. Toutes ces personnes soi^frent un mal plus on moins grave dériiHf du votre ; et ces deux lots de mal, le vôtre et le leur, composent ensemble le mal du premier ordre.
Ce n'est pas tout. La nouvelle de ce vol avec ses circonstances se répand de bonche en bouche. L'idée du danger se réveille, et par conséquent l'alarme. Cette alarme est plus ou moins
Srande, selon ce qu’on a appris du caractère es voleurs, des mauvais traitements qu'ils ont faits, de leur nombre et de leurs moyens ; selon qu'on est plus ou moins près du lieu de révi'nement, qu'on a plus ou moins de force et de courage, qu'on voyage seul ou avec une femme, qu’on porte avec soi plus ou moins d'effets précieux, etc. Le danger eteette alarme constituent le mal du second ordre.
Si le mal qu’on vous a fait est de nature à se propager; par exemple, si on vous a diffamé par une imputation qui enveloppe une classe plus ou moins nombreuse d’imtividua, il ne s'agit plus d'un mal simplement privé, mais d'un mal extetisif. il est augmenté à proportion du nombre do ceux qui y participent.
Si la somme <|u'on vous a volée appartenait non à vous, mais à une société ou à l'état, la perte serait un mal rvpartible on divisible. Au contraire du cas précédent, le mal se trouve ici
diminué à proportion du nombre de ceux qui y participent.
Si, en conséquence de la blessure que vous avez reçue, vous souffrez quelque mal toul-à» fait distinct du premier, comme d'abandonner des affaires lucratives, de manquer un mariage, de ne pas obtenir un poste avantageux, c'est ce qu'on peut appeler mal cvnsétfuentiel.
Le mal permanent est celui qui , une fois fait, ne peut plus se changer; par exemple, une injure personnelle irréparable, une amputation, la mort, etc. Le mof pasMOer ou éoanescenl est celui qui est susceptible de cesser tout-àfait, comme une maladie qui se guérit ou comme une perte qui peut être complètement compensée.
Ces distinctions, quoique en partie nouvelles, ne sont rien moins que des subtilités inutiles. Ce n'est que par leur moyeu qu’on peut apprécier la dinérencc de roaligi^té entre différents crimes, et régler la proportion des peines.
Cette analyse nous fournira un critérium moral , un moyen de décomposer les actions humaines, comoae on décompose les métaux pour reconnaître leur valeur intrinsèque et la quantité précise d'alliage.
Si parmi les actions mauvaises ou réputées telles, il en est qui ne prodaisent point d’alarrnty quelle dinérence entre ces actions et celles qui en produisent! L'objet du mal primitif est un seul individu ; le mal dérivatif ne peut s’étendre qu'ù un petit nombre. Mais le mal du second ordre peut embrasser la société tout entière. Qu'nn fanatique, par exemple, commette un assassinat pour cause d'hérésie, le mal du second ordre, l'alarme surtout, peut valoir plusieurs millions de fois le mal du premier ordre.
Il y a une grande classe de délits, dont tout le mal consiste en danger. Je parle de ces actions qui, sans blesser aucun individu a.ssignable, sont nuisibles à la société entière. Prenons pour exemple un flélit l'ontre la justice. La mauvaise conduite d’un juge, d’un accusateur ou d'un témoin, fait absouilre un coupable. Voilà un mal sans doute, car voilà un danger, le danger d’enhardir par l'impunité le délinquant lui-méme à réitérer ses crimes; le danger d’encoura|;er d'autres délinquants par l'exemple et le succès du premier. Cependant il est probable que ce danper, tout grave qu'il peut être, aura échappé à I attention du public, et que ceux qui , par I habitude de la réflexion , sont capables de le démêler, n’en concevront point d alarme. Ils ne craignent pas de le voir SC réaliser sur personne.
Mais l'importance de ces distinctions ne peut se faire sentir que dans leur développement. Nous en verrons bientôt une application parlirnlière.
Si nous portons la vue encore plus loin.