RAISONS POUR ÉRIGER CERTAINS ACTES EN DELITS
nous découvrirons un antre mal qui peut ré« sulter d’un délit. Quand l'alarme arrive h un certain poiut, quand elle dure lon^j-temps, son effet ne se Itnrne pas aux facultés passives de l’homme; il passe jusqu’à ses facultés actives, il les amortit, il les jette dans un état d'abattement et de torpeur. Âinsi, quand les vexations, les déprédations sont devenues habituelles, le laboureur décotira^'é ne travaille plus que pour ne pas mourir de faim ; il cherche dans fa paresse la seule consolation de ses maux : l’industrie tombe avec l'espcranre, et les ronces s'emparent des terrains les plus fertiles. Cette liranchc du mal peut s'appeler le mai du troisième ordre.
Que le mal arrive par le fait d'un homme, ou qu'il résulte d'un événement parement physique, tontes ces distinctions seront é^i^lemcnt applicables.
tleureuHcmcnt, ce n'est pas au mal seul qu'il appartient oe se propa(;er et de se répandre. Le bien a les mêmes prérü|^atives. Suivez l’analoçie, vous verrez sortir d’une bonne action un 6ien du premier ordre^ éj»alement divisible en primitif et dérivatif; et un bien du secoftd ordre qui produit un certain de{![ré de confiance et de sûreté.
Le bien du troisième ordre se manifeste dans cette éneiqpe, celte fçaieté de cœur, cette ardeur d'a^jir qu'inspirent les motifs réroimératoires. L’homme, anime parce sentiment de joie, trouve en lui-méme des forces qu’il ne se connaissait pas.
La propagation du bien est moins rapide, moins sensible que celle du mal. Un {p*ain de bien, si j’ose parler ainsi, est moins productif
en espérances qu’un ip*ain de mal ne l'est en alarmes. Mais celte différence est abondamment compensée; car le bien est an résultat nécessaire de causesnaturelles qui opèrent toujours, tandis que le mal ne se produit que par accident et par intervalle.
société est tellement constituée, qu’en travaillant à notre bonheur particulier, nous travaillons pour le l>onbeiir général. On ne peut aufpnenter ses propres moyens de jouissance sans au(pnenter ceux d’autrui. Deux peu-
1>les, comme deux individus, s'enrichissent par eur commerce réciproque , et tout échange est fondé sur des avantages respectifs.
Heureusement encore, 1rs effets du mal ne sont pas toujours un mal. Ils revêtent souvent la qualité contraire. Ainsi les peinesjuridiques, appliquées aux délits, quoiqu'elles produisent un mal du premier ordre, ressent dans la société d'être regardées comme un mal , parce qu'elles produisent un bien du second ordre. Klles entraînent de l'alarme et du danger; mais pour qui?Ce n'est qucpournneclassed'hnmmes malfaisants, qui veulent bien s'y exposer : qu'ils soient tranquilles, il n'y a plus pour eux ni danger ni alarme.
Nous n'anrions jamais pu parvenir à snhju- ^cr jusqu’à un certain point ce vaste empire du mal, si nou.s n'avions appris à nous servir de quelques maux pour en combattre d’autres. Il a fallu façonner des auxiliaires parmi les peines, pour les opposer à d’autres peines qui fondaient sur nous de toutes parts. C’est ainsi que, dans l’art de guérir une autre classe de maux, les poisons men ménagés sont devenus des remèdes.