‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 31 sur 524 · FAUSSES MANIERES DE RAISONNER EN MATIERE DE LEGISLATION · texte numérisé non relu

FAUSSES MANIERES DE RAISONNER EN MATIERE DE LEGISLATION

longs onTTAges sur des définitions purement arbitraires. Tout l'artifice consiste à prendre an mot dans un sens particulier, éloigné de son usa(*c vulgaire , à employer ce mot comme on ne Ta jamais employé, et à dérouter les lecteurs par une apparence de profondeur et de mystère.

Montesquieu lui-méme est tombé dans ce vice de raisonnement, dès le début de son ou* vrage. V oulant définir la loi , il procède de métaphore en métaphore : il rapproche les objets les plus disparates , la Divinité , le monde matériel ; les intelligences supérieures , les bêtes et les hommes. On apprend enfin que les loit sont fUs rapports , et des rapports éternels» Ainsi la définition est plus obscure que la chose à définir. Le mot loi y daus le sens propre, fait naître nne idée passahlcment claire dans tous les esprits; le mol rapport n’en fait naître aucune. Le mot loi y dans le sens figuré, ne produit que des équivoques, et Montesquieu , qui devait dissiper ces ténèbres , les redoul)lc.

Le caractère d'une fausse définition c'est de ne pouvoir pas être employée d'une manière fixe. Un peu plus loin(c/t. 1 1 i) l'auteur définit la loi autrement: La loi en général y ditil, est /a ratsun humaincy en tant quelle gouverne tous les peuples de la terre. Les termes sont plus familiers, mais il n'en résuhe pas une idée plus claire. S'ensuit-il que tant de luis contradictoires, ou féroces, ou absurdes, dans un état perpétuel de changement, soient toujours la roiVoR humaine? 11 n>e semble que la raison, loin d'être la loi, est souvent en opposition avec elle.

Ce premier chapitre de Montesquieu a produit bien du galimatias. On s'est creuse l'esprit pour chercher des mystères métaphysiques où li n’y en a point. Beccaria lui-méme s'est laissé entraîner par cette notion obscure des rapports. Interroger un homme pour savoir s’il est innocent ou coupable, c’est le forcer, dit-il, de s'accuser Lui-méme. Ce procédé le choque, et pourquoi? parce que, selon lui , c'eut confondre tous les rapports Que veut dire cela ? Jouir, soupir, faire jouir, faire souffrir, voilà des expressions dont je connais le sens ; mais suivre des rapports et confondre des rapports, c'est ce que je n’entends point du tout. Ces termes al>straits n’excitent en moiaucune idée, ne réveillent aucun sentiment. Je suis d'une indifférence absolue sur les rapports; — les plaisirs et les peines y voilà ce qui m'intéresse.

Bousscau n'a pas été content de cette définition de Montesquieu : il a donné la sienne, qu’il annonce comme une grande découverte : La loi y dit-il, est t expression de la volonté gé~ néraie. 11 n’y a donc point de loi partout où le peuple en corps n'a pas parlé : il n’y a de loi

• Cb. XII : de la Question.

que dans une démocratie absolue : il a supprimé par ce décret suprême toutes les lois existantes, il a frappé de nullité toutes celles qui se feront dans la suite chez tous les peuples du monde , excepté peut-être dans la république de Saint-Marin.

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