‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 32 sur 524 · Métaphore nest pas raison · texte numérisé non relu

Métaphore nest pas raison

J'entends ici, soit une métaphore proprement dite, soit une allégorie dont on se sert d'abord pour éclaircir le discours ou l'orner, et qui peu à peu devient la base d’un raisonnement.

Blackstone * , tellement ennemi de toute réforme qu'il a clé jusqu’à blâmer l'introduction de la langue anglaise dans les rapports des cours de justice, n'a rien négligé pour inspirer le même préjugé à ses lecteurs, il représente la loi comme un château, comme une forteresse à laquelle un ne peut faire aucun changement sans l’a^aiblir. Il ne donne pas, j'en conviens , cette métaphore comme un raisonnement ; mais pourquoi l’emploie-t-ii? Pour s’emparer de l'imagination , pour prévenir ses lecteurs contre toute idée de réforme, pour leur donner un effroi machinal de toute innovation dans les lois. Il reste dans l'esprit une idée fausse qui produit le même effet qu'un faux raisonnement. 11 aurait dù penser au moins qu’un pouvait tourner cette allégorie contre lui-même. Quand il a fait de la lui un château , n’est-il pas naturel à des plaideurs ruinés de se le représenter comme peuplé de harpies?

La maison d'un homme, disent les Anglais , est son château. Une expression poétique n’est pas une raison ; car si la maison d'un homme est son château de nuit, pourquoi ne le serait-il

f)as de jour ? Si c'est un asile inviolable pour e propriétaire, pourquoine le serait-il pas pour toute autre personne qu’il jugerait à propos d'y recevoir ? — Le cours de la justice est quelquefois entravé en Angleterre par cette puérile notion de liberté ; il semble que les criminels doivent avoir leurs terriers, comme les renards, pour le plaisir des chasseurs.

Un Leinple, clans les pays catholiques, est la maison de Dieu. CcUe métaphore a servi à établir les asiles pour les criminels. Celait manquer de respect à Dieu que d’arracher de force ceux qui venaient so réfugier dans sa maison.

La balance du commerce a produit une multitude de raisonnements fondes sur la métaphore. On a cru voir les nations s'élever et s'abaisser dans leur commerce rcciprocpie, comme les bassins d'une balance charges de poids inégaux ; on s’est inquiété de tout ce qu on regarciait comme un défaut d'équilibre ; on s'imaginait que l'une devait perdre et l'autre gagner,

1 3* COMM. ch. XVII.

DigiiiiBu uy Cn.ügle

4a FAUSSES MANIERES DE RAISONNER EN MATIERE DE LEGISLATION.

commc'si on avait 6t^ d'an basnin poor ajoat«r à l’aatre.

Le mot de mèrt^patrie a fait naître an (pand nombre de pr<$ju{rcf et de faui raisonoeroents dans toutes letqueationsconcernantles colonies et les métropoles. On imposait anxcolonies des de\'oirs ; on leur supposait des crimes tous enraiement fondés sur la métaphore de leur dépendance filiale.

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