‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 396 sur 524 · ORATEURS · texte numérisé non relu

ORATEURS

Dans une nombreii.se assemblée délibérante , il ne doit point y avoir de place prédéterminée. Chacun doit prendre la sienne à sou choix, selon l’ordre où il arrive.

Cet arranfjemenl libre est préférable à un ordre fixe , pour plusieurs raisons , et d’abord ,

f»arce qu’il tend à produire un débat d’une nieilüure espece.

^ Le »énat romain ne pou%’ait commencer aucune affaire avant le trver du soicît, ni en conclure aucune après son roiiclier. Céuit une prccaution contre le» surprise»; nuis la mctiiodc ao^leîsc est bien préférable.

Démostliènc Gt passer un décret par surprise , après «fue le parti contraire au sien se fut retiré, crofant la scbdcc Gnic. Ce cas n'aumit pas pu arriver dans le séuat britanni(|ur.

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ET d’une tribune POUR LES ORATEURS. 4^7

Les membres du même parti doivent avoir la facilité de concerter leurs operations et do distribuer leurs rôles. Sans ce concert, les armirocnts ne seront jamais présentés dans Torle plus convenable , ni placés sous le jour le plus avantageux. Ce n’est que par une continuelle correspondance des membres entre eux, qu’on peut ]>révenir une multitude d’inutilités, de longueurs, de contradictions, de répétitions, d’inconséquences et d'autres incidents dont la tendance commune est de rora-

f)re celte unité de plan nécessaire pour conduire es affaires à un dénouement. Kneeci, les intérêts de parti sont les mêmes que ceux du public. Il faut, pour le bien public, que chaque parti puisse plaider sa cause avec toute sa force, faire valoir tous ses moyens, puisque la vérité seule a tout à gagner dans ce concours.

Des conseils tenus avant l'assemblée ne sauraient suppléera CCS petits conseils du moment. 11 sulüt U une observation particulière, d’une proposition nouvelle, pour donner un nouvel aspect aux affaires, et uéeessiter un changement de mesures. La prévoyance la plus consommée ne pourrait anticiper tous les incidents c^ui peuvent naître dans le cours d’une discussion. 11 en est ici comme d'une bataille : le meilleur jdan foémé d’avance ne pourrait j.iihais suppléer au besoin de ces ordres occasionnels, suggérés à chaque instant par les événements de la journée.

I.a pratique anglaise est conforme à cette théorie. L’arrangement étant libre, les deux partis se sont naturellement placés aux deux cotés de la salle. Le premier banc, à la droite de l’orateur, qu’on appelle le banc <le la tr^sorericy est occupe par les ministres et les autres personnes en place ; mais c’est une affaire de courtoisie et non de droit. 1^ premier banc à sa gauche est celui où siègent tes principales personnes du parti de l’opposition.

Ily a une seule exception à cette liberté des places, exception louable dans le principe, mais trop rare dans la pratiipie pour créer un inconvénient. « Il est entendu , dit M. Ilatseil , UC les membres qui mit re*;u les remerciements e la chambre dans leur p/ure, ont droit à celte place y au moins pendant la durée de ce parleniciil, et elle leur est généralement allouée par la courtoisie de la rlinmbre. • ( Hatsell, (>7. ) Dans la chambre haute, différents bancs sont appropriés de droit à différents ordres, lin aux évêques, un autre aux ducs, etc.; mais ces appropriations sont fort peu observées.

Les états de Hollande et de West-I'rise s’assemblaient dans une salle où, à en juger par le local, la fixation des jdaces devait être de rigueur. Cliarjiie ville avait son banc ou sa part de banc. Les places étant toutes occupées, on ne pouvait en changer sans occasionner <|uelque dérangement. Quant aux inconvénients qui devaient en résulter, c'est une matière à

conjecture, et rien de plus, car tout se passait en seiTcl dans les assemblées bataves. On n’y a jamais connu celle liaison essentielle entre la liberté et la publicité, <|ui se maiutienuent l’une par l’autre.

Cet arrangement libre est favorable à l'égalité, dans un cas où l't'galité ne pouvant nuire à personne, est justice. Prévenir des disputes de préséance , prévenir ces vaines conte.s tâtions d’étiquette, <pii ont si misérablement absorbé l’attention des assemblées politiques, ce serait déj.i un grand bien; mais corriger la disposition même qui fait ailachcr de l’importance à ces distinctions, est un avantage bien supérieur. Pour exécuter ce plan d'injures graduées, un commence par .supposer qu’une place est préférable à toute autre, et que l'occuper est utie niartpie de supériorité. Ce système d'însullcs qui vont régulièrement en croissant de la première place à la dernière, est ce qu'on appelle ordre, subonliftuùony /uirmomV ; et ces distinctions honorifiques, c'est-à-dire ces gradations d’affronts reçus et rendus avec privilège, sont ordinairement envisagées avec plus de respect, et défendues avec plus d’opiniâtreté que les lois les plus importantes.

C’est là une cause de contentions et de petitesses qu'il faut exclure d’une assemblée politique. l^s distinctions de places et les disputes ne rang y doivent être inconnues, ^ferita sua tcnt‘(tnt auctorvs : vec ultra pruÿrediatur honos <ftunn rejyeriatur virtus.

En Angleterre, on entend parler quelquefois d’une querelle de préséance, mais ce n’esljamais (lue dans des asseniblées d’amusement, entre (les femmes, et seulement entre clics. Si ces démêlés parviennent jus(|u'aux hommes, ils n’y prennent part (jue comme à un sujet de plaisanterie.

Y aura-t-il une place assignée à ceux qui parlent ?

Pour répondre à cette question, il faudrait avoir deux dunm*es, la forme et la ^andeiir de la salle, et le nombre des d(‘putés.

Dans une assemblée nombreuse, l’orateur est mieux entendu en parlant d'une triliuiic placée près du centre, et visible à tous. I>ed<diat, mieux suivi, cause moins de fatip,ue. (àîiix qui ont la voix faible ne sont pas obligc's de la forcer pour se faire entendre aux extrémités, et c’est une considi'ration qui n'esi pasà dédaigiicrdansunc asscmbh'e politique où ilduity avuirunegrande proportion d’hTumnes âgés et studieux.

La polic'e y gagne. Si chacun peut parler de sa place, il y a tout an iiiuins danger de confusion ; il est plu.s difficile au pr(^sident de prévenir les interruptions irrégulitVes. La nécessite d’aller à la tribune arrête une foule do propos insigiiifiaiiUct précipités ; c’est un acte délibéré (pi’uii ne fait (pt’après avoir réHéchi sur ce (]u'on veut dire : il faut se mettre en scène, et il est ridicule d’appeler l’attention sur soi quand on n’a

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