CHAPITRE XXXIII
DE l'admission DES ÉTRANGERS.
Nous avons TU dans le chapitre de la Publicifélcs raisons pour admettre une certaine portion du pulilic aux sé.ances de l'assemblée , et nous avons indiqué les cas d'exception. Le nombre admis doit être aussi grand que possible, sans nuire à la facilité de parler et d’entendre : considération majeure qui réduit la salle à des dimensions lieaucoiip plus petites qu’un théâtre ordinaire , car on ne peut pas exiger d’un député du peuple la force de voix et la déclamation d’un acteur.
L’expérience de la France a fait voir d'autres dangers dans un nombre de spectateurs égal ou supérieur à celui de l’assemblée. 11 est vrai que ces dangers auraient pu être prévenus par une police sévère , mais cette police est plus difficile à maintenir à proportion que le nombre est plus grand. D’ailleurs, il est des hommes qui s’enivrent de la popularité du moment ; ils s'occuperaient plus de l'audience que de l’assemblée , et la discussion pourrait prendre nne tournure plus favorable aux mouvements oratoires qu'aux preuves logiques.
Il conviendrait, dans la distribution do ces places, d'allouer une tribune particulière aux tachygraphes ; une autre aux jeunes élèves qui étudient les lois, et qni trouveraient là une école et des modèles ; une autre à des magistrats, dont la présence peut être doublement utile. Il faudrait mettre aux ordres du président des places de réserve pour des .ambassadeurs et des étrangers , qui remporteraient
de ce spectacle des impressions avantageuses pour la nation et fructueuses dans de lions esprits. Cynéas sortit de Rome plus frappé de respect par la vue du sénat, qu’il ne 1 eût été par toute la m.igniHcence de la cour de Perse.
Par rapport aux places dans la tribune publique, elles devraient être payées. C'est 1 arrangement le plus favorable à l'égalité, dans un cas où l’é(;a ité est justice. Si vous les laissez prendre aux premiers venus, dans les jours d’afHuence , vous aurez un grand nombre d’aspirants trompés dans leur attente. Les plus forts et les plus grossiers auront tout l’avanCage dans ce concours S La galerie sera composée des spectateurs qui ont le moins à profiter par les discussions, et le plus à perdre par la cessation de leurs travaux. Leur nombre et leur défilÔM d’éducation pourraient souvent les porter librover l'assenihlée, à troubliT les débats par leurs approbations on leurs murmures.
Si 1.1 disposition des billets était dans les mainsdugouvemement, on ne manquerait pas de l’accuser de partialité et d'intention dangereuse. Voilà, dit-on, les ministres <|ui nous entourent de leurs créatures pour gêner nosdélÜHTations , etc.
Ce sujet de mécontentement serait écarté, en donnant les billets d'admission aux membres etix-même.s, et je ii’y vois qu'un seul inconvénient, celui de resserrer la prérogative de la publicité au lieu de retendre, de faire dégénérer en faveur personnelle un droit com-
* Ce fut Innf-Irmm iin mciier pour des hommen du peu- de l'nMcmldce nationulc, pour les vendre, pl**, dcs'ci(ip«r«r delioimc heure de» place» dan» U (rimuie •
aAo des formules.
mon, et d*aller ainsi contre le principe de Tegalic^ sans aucnn avantage
Un prix d’entrée réunit toutes les conditions ; c*est une mesure imparfaite, il est vrai, mais la seule possililc ; de la valeur qu'on attache à cette jouissance; et c’est aussi la preuve d'un état qui garauiit une bonne espèce <le spectateurs.
Ce moyen , je l’avoue , n'est pas noble , ni a is l'emploi des produits pourrait l’ennoblir. Quant aux bons mots empruntés du dictionnaire du tbéâtre, U faut s'y attendre et s'y résigner.
Doit-on admettre les femmes? Non. J'ai hésité, j'ai pesé les raisons pour et contre, je répugnais à un éloignement qui parait un acte d’injustice et de mépris. Mais les craindre, estce les mépriser.^ Les écarter d’une assemblée où la tranquille et froide raison doit régner seule, c’est iin aveu de leur influence qui ne saurait blesser leur orgueil.
Les séductions de l’éloquence et du ridicule sont des moyens dangereux dans une assemblée politique. Adineltex les femmes, vous donnez un nouveau degré tle force à ces séductions. Devant ce tribunal dramatique et passionné, une discussion qui n’aura de mérite que la justesse et la profondeur, ne fera au
vrai sage qu'une réputation de dissertateur ennuyeux. Toutes les passions se touchent et s'allument réciproquement. Le droit de haranguer ne sera souvent qu'un moyen de plaire ; et le premier moyen clc plaire à la sensibilité des femmes , c’est de montrer une ame susceptible d'émotion et d'enthousiasme. Tout sera sur un ton exalté , brillant ou tragique. On voudra partout du mouvement et des images. Il faudra parler de la liberté dans un style lyrique, et faire des hymnes sur les grands événements qui exigent le plus de calme. Il n'y aura de prix
3ue pour les clmses fortes et hardies, c'est-àire pour les avis imprudents et les mesures extrêmes.
(^bex les Anglais où les femmes ont si peu d’influence sur les affaires politiques, où elles aspirent si peu à s'en mêler, où les deux sexes sont dans l'habitude de se séparer même après les repas familiers, on ne permet pas qu’elles soient présentes tlans les déliais parlcinenlaircs; on les a excluc.s de la chambre des communes, d’après l'expérience et en connaissance de cause. On avait observé que leur présence donnait aux délibérations une tournure particulière , que ramoiir-propre jouait un plus grand rôle, que les personnalités étaient plus vives , et qu’oij sacribail trop à la vanité du bel esprit.