‹ Œuvres de J. Bentham, jurisconsulte anglaisChapitre 433 sur 524 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA PEUR DE l’innovation.

Le sophisme précédent tend à rejeter toute mesure nouvelle comme superflue. Cebii-ci y ajoute t’idéo de danger. Chauÿemtmt est un terme neutre, c'est-a-dirc qui n'implique ni hien ni mal, et qui exprime simplement un fait. Innovation est un terme de blâme. Outre l’iilée de changement, il présente à resprit un jugement anticipé que le changcinciu en ipiestion renfenne un mal ou un danger. Plus on est accessibb? aux imjtressions qui résultent du langa|;e vulgaire, plus on e.sl prêt à recevoir ce sophisme. Innovation devient synonyme de bouleversement, d'anarchie. L’imagination évoque des spectres , et la raison ne peut plus agir.

Exposer la nature de ce sophisme, c'est le réfuter.

Si la seule nonveaulc d’une mesure est une raison pour la condamner, cette même raison

aurait dû faire condamner tout ce qui existe. Dire qu'une chose est mauvaise parce qu'elle est nouvelle, c’est dire que tontes le.s choses sont mauvaises, du moins à leur commencement ; car tout ce tpii est ancien a été nouveau : tout ce qui est é(u/»/»sscnie«f a été innovation.

Kn adoptant ce prétendu argument, vous tombez mille fois par jour en coniratliccionavec vous-même. Vous croyez le parlement nécessaire au maintien de la liitcrté; mais, sous Henri III, vous auriez coiulumiié rinstilution lies Communes. Vous professez un grand zèle pour la réforiiiation ; mais, sous Élisabeth, vous l'auriez combattue de toutes vo.s forces. Vou.s croyez que rAnglelerrc a dû son salut à la révolution ipii mit Guillaume III sur le trône; tuais vous auriez défendu avec zèle la détestable c:m.sc de Jac^tpu's II, etc., etc.

Il tant observer toutefois que ce sophisme

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n'est pas faux sous tous les rapports. Il y a dans la plupart des chan{;emcnts un mal certain qu’il est necessaire de démêler.

Les choses établies vont, pour ainsi dire, d'elles-mèmes. On ne les chan|;e point sans un certain travail. Une loi nouvelle ne peut qu'éprouver quelque résistance de la part de ceux qui ne se {gouvernent que par l'habitude; il doit en résulter des chocs d'opinion , et selon la nature de la chose., une espèce d'aj^itation politique, qui trouble pour un moment une harmonieapparcnte,et peut aller juscju’à produire des animosités personnelles. Il n est point de chan^vement qui ne coûte quelque peine à ceux auxquels il impose de nouveaux devoirs, et qu'il appelle à sortir de leur routine.

Il y a souvent un mal ultérieur et plus (>ravc. La mesure , bonne dans sa totalité pour le public, peut nuire à imelqiic intérêt privé, actuel ou contin{*ent, à des joiiissaiK'es ou à des espérances. C’est là particulièrement le cas de tout ce qui tend à réformer des abus.

Si la mesure ne porte point de compensation, ou si la compensation est incomplète, cela seul est une raison très-légitime, sinon pour la rejeter, du moins pour y ajouter une indemnité suffisante. Un argument tiré de cette source n'a rien de commun avec le sophisme

Mais quand la réforme proposée est telle (jtron aurait houtc de s'en plaindre, quand 1 abus attaqué est si criant qu’on n'oserait le défendre d’une manière ouverte, quel autre recours peut-on avoir que le cri vul^jaîrc de l’innovation? C’est le mot de ralliement <le tous ceux qui ont quelque intérêt clandestin à sauver, et des esprits faibles qui, faute de réSéchîr, sont déjà prévenus contre tout ce qui porte ce nom réprouve.

Parmi les anecdotes du barreau on connaît le trait d’un procureur qui, pour défendre son client d'une fausse obligation, lui conseilla de faire une fausse quittance.

» VoT. Théorie Jet peines et des réfompenses , ch. n.

> On ne peut pat douter qu'il n* entre henucoup d'brpocritie dan» la terreur de l'innovation; c'eat le cri de ïioterét pcrtonnel quand il te sent en oppoaition avec l'ioiérét

fiuhlic. Mais après les malheurs innombrables d'une rér<v ution qui avait ouvert la plut belle carrière à rcspcrance, on doit quelque indulgence à ceux qui sc d^âeot des pro-

l’inkovation.

Cest ainsi qu’au lieu de combattre le aophianie en question , on lui a quelquefois oppo.sé un contre-sophisme, a Le temps lui-même

• est un grand innovateur. Le changement pro-

• posé n'est point une innovation : au cona traire, il n'a d'autre objet que <le prévenir le

■ changement ou de réuddir les choses dans a l'étal où elles étaient. En un mot, ce n'est

■ pas innovation, c'est restauration de l'état

■ primitif. »

Ce coutre-sophisme n'est pas si dangereux que le précédent; mais ce n’est pas moins un sophisme, i" parce qu'il ne fournit aucun argument spécifique sur le mérite ou le démérite de la mesure proposée, et qu’il est par consérpient étranger à la question; a* parce qu'il implique une sorte de concession <|ui ménage et protège le sophisme opposé, admettant que si la mesure était nue innovation, elle mériterait, à ce titre seul, d’être rejetée.

Uécapitulons. 11 n’y a point d’inconvénient spécifique allégué contre la mesure; car, s'il y en avait , l’objection ne serait alors plus un sophisme.

Tout ce qu'on allègue, c’est qu'il en résultera un mal; et pourquoi? parce que la mesure esit nouvelle. Or, si c'est là un argument, il s’applique également à toutes les mesures passées, présentes et futures, à tout ce qui a clé fait, à tout ce qui peut se faire dans tous les lieux et dans tous les pnvs. Ce propos, dans une bouche vulgaire , peut passer pour de l’ignorance ; mais de la part d’un politique, c'est imbécillité on hypocrisie.

J’ai oublié le nom de ce magicien qui, par le simple attoitchement de sa baguette , forerait les possédés de confesser la vérité, et de déclarer le nom du démon avec lequel ils avaient fait un pacte.

Que (le curieuses découvertes produiraiteelte baguette entre les mains d'un membre d'une assemblée politique

meatex et qui ont asiorié le» idées d'tnoovatîon et de don. ner. Je ne puis que les renrorer à un autre ournige de M. Benihani, oti il a exposé tous les ralculs a faire avant d'innover daus les lois, et tous les ^ards dus atu institntions ciistantes. S'il combat la peur de l'innovation, ce n'est qu'après avoir combattu les neprises et les egoranents des ianovateun. Voj. TVnitù de téÿisUuion.

SOPHISME DES LOIS IRnÉVOCABLES.

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