SOPHISME DES LOIS IRREVOCABLES
Ënvi«a(;cons(I^al>ordIa c|ue«üun «ouâ le puiuc clv Tue de rutîliuf.
A chaque periude doonée , le souverain actuel a tous les moyens de s'éclairer sur les circonstances et les besoins qui peuvent re(|ucrir telle ou telle loi.
Relativement à l'avenir, il s’en faut bien qu’il ait les mêmes moyens d’information. Ce n est que par conjecture, par une va(p]e analogie, qu’il peut former un jugement sur ce que les circonstauccs pourront exiger dans dix ou vingt ans; et qu’est-ce que ce jugement pour une époque plus reculée?
Or, pour tout cet avenir sur lequel la prévoyance a si peu de prise, voilà le gouvemeroent transféré de ceux qui auront tous les moyens possibles de bien juger, à ceux qui ont été dans l’incapacité d’y rien connaître!
Nf>us, les hommes du dix-neuvième siècle, eu lieu de consulter nos propres intérêts, nous nous laisserons guider aveuglément par les hommes du dix-huitième.
Nous, qui avons la connaissance des' faits et tous les moyens de former un jugement éclairé sur l’objet en question, nous nous soumettrons à la «ireisiou d’une classe d'hommes qui n’unt pu avoir aucune des connaissances relatives.
Nous, qui avons tout un siècle d’expérience de plus que nos devanciers, nous renoncerons à cet avantage, et nous nous r-aïq^crons gratuitement sous l'autorilé de ces memes devanciers, qui, avec cette expérience de moins, n’ont eu aucune supériorité d’un autre genre pour cuinpeiiscr ce défaut.
Accordons, si l'on veut, qu'ils oui été nos supérieurs en intelligence, en génie; s’ensuitil pour cela qu'ils doivent être les arbitres de nuire sort? Chil-ils possédé une autre qualité non moins nik’cssairc pour nous grmvcrner, quand ils ne sont plus? Peiit-on leur supnuser un zèle i*g.'il pour nos itUércts? Nesesonl^ilspas occupés de leur bien-être plus que du nôtre? Ont-ils aimé la génération présente autant qu’elle s’aime elle-méine?
Voilà pourtant les absurdiU's <|u'il faut dévorer dans ce système. Croyez à cette tendre anNiété de ces prédécesseurs pour le Imnlicur des temps à veuir. Croyez à leur intelligence supérieure, à leur prévoyance infinie. Croyez qu ils ont pu juger mieux que vous de %'os intérêu,sans connaître les circonstances où vous seriez placés.
11 ne semble pas possible de se refuser à l'évidence de CCS rcHexions; et ce|>endant c’est la gupériorité prétendue de no» ancêtres, c’est leur attention au bien-être de leur chère postérité, qui sert de base à l’argument de nos sages, pour lier les mains de nos législateurs , et pour faire du nous d'clcmels pupilles qui
* Oue fiction de nuUi'te sera plus parliculièremeat exa-
doivent toujours se laisser guider par ces vénérables tuteurs, et ne jamais penser par euxmêmes.
Mais si les hommes du dix-huitième siècle ont pu faire des lois irrévocables, ceux du dixneuvième ont le mémo droit à leur tour. 11 n’j a ^oint de raison pour accorder aux uns ce qu on refuserait aux autres. Kt quelle en est la conséquence ?Ccst qu’on arrive à une période où l'œuvre de la législation toute anticipée ne peut plus s’exercer sur rien. Tout est réglé, tout esldélerminé d'avance par des législateurs plus étrangers à nos affaires présentes, à nos liesoins actuels, que les habitants les plus reculés du globe.
Celte loi irrévocable, bonne ou mauvaise à l’époque où elle fut consacrée, devient-elle funeste dans la suite , il ii’y a plus de remède. Elle pèse sur toutes les générations qui se sucrèdent.
Le despotisme , fût-ce celui de Caiigula ou de Néron, ne saurait jamais produire des effets aussi pernicieux qu’une loi irrévocable. I.a crainte, la prudence, le caprice, la bienveillance même (car il n'y a point de tyran qui n'aît ses moments de bienveillance), peuvent engager le despote vivant à révoquer des luis oppressives. Mais le despote mort, que peut-il? et quel accès peut-on avoir dans sa toml>e.
Observez que ce sophisme, comme tous les autres insiruments de déception, ne peut jamais être employé que pour défendre de mauvaises lois; car si la lui même est lionne, c'est son utilité qui la soutient. Forte par clie-mêiiie, elle n’a pas besoin d'être appuyr^ par des erreurs et des mensonges. •
Mais est-il possible d'imposer la contrainte d’une loi perpétuelle à ilcs millions d’hommes vivants, au nom d’un souverain qui n'est plus, au nom d’une législation dont tous les membres ont disparu de la terre? Ln système de servitude où les vivants sont les esclaves, où les morts sont les tyrans, n'est-cc pas une trop grande invraisemblance?
Si un pareil système pexit se soutenir, il est clair que ce n’est pas par la contrainte , puisque les morts n’ont aucun pouvoir; c’est uniquement par la force de la persuasion, par la force de c^uelqnear(^mentqut égare la raison publique; c est en présentant aux hommes le fantôme de quelque mal imaginaire : c'est san.s doute aussi par le mélange de qiiel(|iie vérité, sans lequel il n'y aurait point d’illusion.
On peut réduire à deux chefs les moyens employés pour donner de la force à ce système.
1* Ijo loi sera nulle : voilà l'expression dont se servent ses antagoniste.^. La loi sera nulle, puisqu’elle est contraire à une loi «léclarée irrevocanle, à une loi que nous considérons comme fondamentale, à un droit que nous appelons imprescriptible ) etc. ’.
mince dniu les sopliismes anarcliiquci.