CHAPITRE VI
DE l’opinion du GRAND NOMBRE CONSIDÉRÉ COMME AUTORITÉ.
Çae d'écbo$ eômpUi pour de» hommn!
LAHOTIt.
Si Ton considère l’opinion d’un seul individu pris dans la masse comme avant un certain dc(p‘cf d’autorité probante , la force de cette autorité doit s’accroître avec le nombre des individus qui ont la même opinion , et cet accroissement est indéfini comme celui de la multitude.
Mais si, dans la théorie, vous attribuez le plus petit de^é de force aui, monades élémentaires qui constituent ce corps d’autorité qu’on appelle opinion publique , ou si, en d'au* très termes, vous considérez le nombre de ceux qui entretiennent une opinion comme une preuve qui dispense de 1 examen, la consé* uence en devrait être une entière subversion e l'ordre établi.
I* S’il n'était pas bien entendu que la distance, en fait de temps y détruit la force probante de l’autorité du nombre , il s’ensuivrait que tontes les anciennes erreurs devraient être rétablies, parce qu’elles ont éti? universelles : il s'ensuivrait q\te la rcli{;ion catholique devrait être remise en vigueur dans les étau protestants, que les lois de tolérance devraient être abolies , et qu’on devrait prononcer un veto absolu contre tous les chaïq^ements ima^'inablcs.
a* Si la distance, en fait de lieu, n'était pas considérée comme détruisant la force probante
• Çue ne poavon»-noas voir ce qal »e paiiie dja« retprît des hominrs lorwju'iU clioisiment uoe opinion! Je suit »Ar que ti cela éluU , nous réduirions le suffrage d une tiifînité oc gens a rautorilé «le dciu nu trois personnes, qui ayant débité une doctrine que l'on supposait qu'ils avaient csaminée à fond , l'ont persuadée à plusieurs auto» par le pré* jugé de leur mérite, et «?ein*ci à plusieurs autres qui ont trouvé roieui leur compte, pour leur parasse naturelle, à croire loutd*un coup ce qu'on leur disait, qu'a l'esaniiner sérieusement. De sorte que le nombre de* sectateurs crédules et paresseux augmentant de jour en jour, a été un nouvel cn|>agement lus autres hommes, de sc délivrer de la peine d esaininer une opinion qu'ils voraienl si générale, et qu ils se persuadaient oonnonient n'élre devenue telle que par la wHdilé des misons desquelles on s'était servi «t'ibord pour l'établir. Kt enfin on s est vu twiuit à la nécessité de croire ec que tout le monde croyait, de peur de passer pour un factieux qui veut lui seul en savoir plut que tout les autres, et coulrolirc U vénérable antiquité :
de l’atitorité du nombre, il s'ensuivrait que la relt(vion mahomctanc devrait être su)>sti(uée à la reli{*ion chrétienne , ou la relqjion de la Chine à l'une et à l’autre.
L’autorité du nombre , en matière d'opinion, prise en elle-même , indépendamment de toute preuve, est donc un ar^piincnt sans aucune force. Si on voulait lui donner de la valeur dans quelque faible deçré que ce fût , un serait d’abord conduit à l’absurde *.
Je ne veux pas dire ^lar-là que le lé{vislatenr ne doive avoir C(*ard à I opinion du {p'and nombre, même indépendamment de toute raison.
S’il ne la consiaère pas comme bonne , il doit la respecter comme forte. Si elle n’est pas pour lui , elle sera contre lui. Si elle n'est pas son plus puissant auxiliaire , elle sera son plus formidanlc anta(*oniste.
Il doit faire le bonheur des hommes ; et on ne ferait pas leur bonheur, même avec de bonnes lois, quand elles blesseraient leurs opinions.
Si la mesure nroposée, toute bonne qu'elle soit , a contre elle 1 opinion du (^raiid nombre , ce n'est pas une raison pour y renoncer, mais c’en est une pour différer; c'en est une pour éclairer les esprits, pour employer tous les moyens légitimes de combattre l’erreur. Mieux fait douceur que violence. « Je suis fille du
•i bien qu'il y a ca ên mérite à n'examioer plu» rien cl i x'rn rapporter h la iradilion. Juger rou»-mème ai cciit millinna d'iKtmmet rngag«^ dans quelque aentiraeiil de U manière dont je viena de le repréarnter, peuvent le rendre probable. Souvcnei-vou* de rerlaiues opininna fabiilcuvea a qui l'on a donné la cha*»e dan* cet deniicn temps, de qaelque grand nombre de témoins qu elles fusaent appuréna, parce qu'on a fait voir que ces léninins s'clant copiés les uns les autres, ne diraient être comptés que pour un; et sur et pied-la , coiu luet qu' encore que plusieurs oalions et
tdusicurs sièclca s'accordent à accuser 1rs comètes de tout es désastre» qui arrivent daiu le monde aprè* leur apparitton, ce n'est pourtant pas un senliment d une plut grande probabilité que s'il n'y avait que sept ou buil peraonnea qui en fusaent, etc.
BnjU. Pensées diverse» sur les Comètes, tom. i , pag. 10. L'autenr t'attache en plusieurs rndroilt a eomballrc l’argument tiré du contentement général comme marque de U vérité.
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